Story, CoitattfMiton
sur l'intérêt général; et, par exemple, quand la Virginie fut envahie par Arnold, la Caroline du Nord garda ses milices, parce qu'elle pensai^ue charité bien ordonnée coitmence par soi-même. D se passait alors en Amérique, au point de vue militaire, quelque chose d'analogue à ce qu'on a vu si souvent en France, à propos de la circulation des grains. Dès qu'on avait une disette, les populations se précipitaient pour empêcher les blés d'aller au dehors ; la famine générale sortait des précautions prises par les particuliers. De la même façon la Confédération fut souvent mise en danger par les précautions des États.
Même impuissance en fait de finances : le congrès avait le droit de battre monnaie, mais il n'avait pas un dollar à sa disposition ; il pouvait émettre des assignats, mais quand il les avait émis, ce n'était pas lui qui était chargé de les rembourser ; or les États ne se souciaient pas davantage de le faire, et on marchait à la banqueroute. Le Congrès pouvait emprunter au nom des États- Unis, et il le fît en Hollande et en France, au grand profit de l'Amérique ; mais il ne pouvait lever un dollar pour payer l'intérêt ni le capital. Avec un pareil système on ne pouvait avoir un long crédit.
Au dehors, le pouvoir du congrès n'était pas plus réel. On voit le congrès traiter avec la France et avec la Hollande ; ;mais le jour où un État de la confédération ne veut pas exécuter le traité, il n'y a pas moyen de l'y <;ontraindre. Les États conservaient des droits de douane, établissaient des tarifs à l'intérieur : c'était une anarchie complète.
Tout d'abord on ne s'aperçut pas du danger. Dans ; les premiers jours d'une révolution, il y a un enthou- ^ siasme universel qui fait croire que les lois sont inutiles ; . mais il vient toujours un moment dans lés affaires humaines où le premier feu tombe, et alors une administration, un gouvernement sont des œuvres sérieuses qui ne peuvent durer qu'avec des ressources et un pouvoir qui manquait à la confédération.
Un autre effet de cette impuissance fut que le congrès lui-même perdit la plupart de ses membres. Ceux qui appartenaient à l'armée^ comme Washington, étaient allés s^ battre ; les autres , et ce n'étaient pas les moins distingués, étaient retenus dans leurs États particuliers. On faisait dans chaque État des constitutions locales, on organisait des gouvernements; il semblait beaucoup plus agréable et plus utile d'être gouverneur de son pays que délégué au congrès fédéral. C'est ainsi que Jefferson devint gouverneur de la Virginie et réforma toute la législation de son pays. Le congrès, vers la fin de i777 et au commencement de 1 778, se trouvait réduit à vingt-deux membres. 11 n'avait . aucune influence ; c'est Washington qui, à lui seul, représentait le gouvernement américain : il était le chef et l'organisateur de l'armée ; c'est lui qui avait en main tout le pouvoir militaire, et nous voyons dans ses lettres qu'il était constamment occupé à négocier avec les treize États, cherchant partout les secours dont il avait besoin.
Cette situation inquiétait les amis de la patrie, et surtout un homme dont le nom reviendra souvent dans os étudei?^ Alexandre Hamiiton,
Je ne veux pas faire aujourd'hui la biographie d'Hamilton ; je dirai seulement : c'était un de ces politiques qui, dès lé premier jour, voient le mal et le remède.
Les opinions d'Hamilton sont doublement intéressantes, car il fut non-seulement Tami, mais l'inspirateur de Washington. Je ne connais rien de plus touchant dans Thistoirè, que les rapports de ces deux hommes. Washington a pour lui l'âge, la sagesse, la position ; Hamilton, fils d'une Française, est Jin esprit vif et ardent ; il va au fond des choses, mais il lui manque l'autorité. Les deux amis se complètent l'un par l'autre. Presque toujours c'est Hamilton qui le premier voit ce qu'il y a ^ faire, et qui l'écrit au général. Washington, avec la solidité un peu lourde du caractère anglais, commence par être effrayé de ce que lui dit Hamilton t la première chose qui le frappe, c'est la dfficulté. Six mois après, le général revient à la charge ; et, après de longues réflexions, adopte ridée de son conseiller. C'est alors que Washington se montre dans toute sa candeur. Une fois qu'il a saisi la vérité, le héros se révèle^ C'est une des plus grandes volontés que le monde ait vues, c'est l'homme qui, une fois résolu, a le moins ireculé. Goniime il s'est décidé mûrement, après Un long et sincère examen, il sent que devant Dieu et devant sa conscience il ne lui reste plus qu'à a^r. Quel que soit le péril, il marche devant lui. C'est là ce qui rend si intéressante l'étude de ces deux personnages qu'on a jusqu'ici trop peu rapprochés l'un de l'autre : l'un est l'idée; l'autre est l'âme et le bras.
Dans une lettre à George Clinton, lettre datée du 13 février 1778, on voit Hamilton s'inquiéter de l'aban-
WASHINGTON £T LA GONFEDiRATION. 99
don du congres ; il se plaint que tous les hommes capables en sont sortis ; on se trouve dans une position étrange pour négocier en Europe. Le pays se décourage, la guerre ne va pas, l'étranger ne sait plus où prendre le gouvernement américain qui, en France, est tout entier dans la personne de Franklin; l'Amérique se perd par ses propres divisions*.
Quelque temps ap]?ès, h la fin de 1778, au moment où les articles de confédération venaient d'être votés, nous retrouvons l'écho de cette lettre d'Hamilton dans une fort belle lettre de Washington à Benjamin Harrison, président de la chambre de Virginie, le père du général Harrison qui, devenu président des Êtats-Ùnîs en 1841, mourut au bout d'un mois de présidence, 'et fut remplacé par John Tyler.
Aujourd'hui j'aurai une ou deux lettres de "Washington à vous lire ; j'aime mieux vous les lire que de vous en donner l'analyse, car rien n'est plus beau que l'éloquence de Washington, Le général n'est pas un écrivain de profession ; mais il y a en lui une telle puissance de bon sens, de patriotisme, de vertu, que véritablement on ne peut mieux faire que de lire les écrits de ce grand .homme. Frappé comme Hamilton de ces divisions qui épuisaient le pays, il faisait appel au patriotisme américain, appel qui, par malheur, n'était pas entendu.