‹ Histoire des États-Unis (volume 2)Chapitre 35 sur 84 · KING, RÂNDOLPH, WILSON, MORRIS · texte numérisé non relu

KING, RÂNDOLPH, WILSON, MORRIS

tique, et il y joignait l'étude de l'antiquité, cette mattresse de la vie politique qui n'a point encore épuisé ses enseignements.

Wilson est oublié aujourd'hui, mais de son vivant il était apprécié par de bons juges; c'est sur lui que s'appuie Franklin, c'est lui qu'il charge de lire ses discours. Ainsi, en lui rendant justice, je ne peux pas me tromper de beaucoup, puisque Franklin, qui connaissait les hommes, avait pour lui une grande estime.

Quoique étranger de naissance, Wilson était profondément Américain de sentiments et d'idées. Dans la Convention, personne ne vit plus clairement les causes de la faiblesse inhérente au gouvernement de la Confédération. Pour lui les États s'étaient réunis et confondus dans la déclaration de guerre comme dans la déclaration d'indépendance ; il n'existait plus ni colonies ni souverainetés distinctes; il n'y avait plus qu'un seul peuple américain, localement partagé en États. n restait une distinction municipale ; il n'y avait plus de distinction politique. Aussi Wilson fut-il de ceux qui insistèrent le plus vivement sur la nécessité d'établir la représentation directe du peuple, comme principe fondamental de la Constitution fédérale. C'est là une des choses les plus importantes et les plus neuves de la constitution des États-Unis. C'est peut-être même une des plus grandes vérités politiques -qui aient été trouvées dans les temps modernes. Je m'explique. Jusqu'à la constitution américaine on avait vu des confédératioùs d'États, c'est-à-dire des États souverains, qui envoient un certain nombre d'ambassadeurs à une

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diète. Lorsqu'un de ces délégués est en présence d'une question embarrassante, il n'a pas le droit de se décider par lui-même, il faut qu'il en. réfère à son gouvernement , on arrive ainsi à l'impuissance. C'est ce qui fait la faiblesse de la diète germanique qui nous représente cet ancien système, c'est ce qui a fait la faiblesse de la Suisse jusqu'à ce qu'elle se soit décidée à suivre l'exemple de l'Amérique. Toutes ces petites souverainetés étouffent la nation. Il y a des princes ou des États, il n'y a pas de peuple. On le voit aujourd'hui en Allemagne; on l'avait senti en Amérique. Aussi les vrais politiques, Hamilton et ses amis, eurent-ils bientôt compris que, dans une constitution faite pour une république fédérale, il fallait sans doute donner une part aux États, mais réserver aussi une part au peuple ; et que, s'il pouvait y figurer en son nom, toutes les difficultés deviendraient faciles à résoudre, car on pourrait toujours en référer à ce juge suprême. En d'autres termes, supposez qu'aujourd'hui à Francfort il y ait deux chambres, dont l'une serait composée des députés des princes, et l'autre des députés directs du peuple allemand, soyez sûrs qu'au bout de huit jours on saurait ce que veut l'Allemagne.

Wilson fut un des grands défendeurs de cette idée, il soutint avec non moins d'énergie l'unité du pouvoir ^exécutif* II- parla )>eaucoup dans la Convention, et y fut écouté avec respect ; mm le grand service qu'il rendit & la constitution, ce fijU; la façon dont il la défendit dans la Convention de PeQ$yly49ie. Il parla durant six séances, et jusqu'à deux fois dans hmèWi^ journée. Ces dis-

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cours, qui rempliraient un volume, nous ont été conservés dan& les débats de cette Convention, qui ont été publiés par EUiot.

C'est, selon moi, le plus Remarquable travail qu'on ait fait sur la constitution américaine. Personne ne l'a mieux comprise, mieux expliquée, n'en a mieux connu l'esprit et prévu la grandeur. On peut rapprocher le Fédéraliste des discours de Wilson ; mais le Fédéraliste, fait pour le grand public, se met à la portée des esprits peu éclairés , il contient des discussions qui aujourd'hui nous semblent prolixes. Dans les discours de Wilson, au contraire, il n'y a que la substance, la moelle des idéeS; mais je ne connais point de travail sur la liberté politique qui leur soit supérieur.

Wilson commence par examiner l'idée favorite des esprits paresseux : on aurait dû conserver la coniédération en l'améliorant; il l'écarté par une anecdote charmante que je vous demande la permission de vous conter. J'aime beaucoup les anecdotes, et il me semble que vous êtes comme les Athéniens : elles ne vous déplaisent pas.

Pope, le poète anglais, était un petit homme bossu et contrefait ; c'était, de plus, un questionneur éternel. Un jour, qu'il était encore plus fatigant que de coutume, vous savez qu'il lui arriva de demander à son interlocuteur ce que c'était qu'un point d'interrogation, et que ce dernier, impatienté, lui répondit : ce C'est une petite iîgure bossue et tortue qui fait toujours des questions.» Or Pope avait l'habitude de s'écrier quand il lui arrivait quelque événement : a Godmcndme^^yxQ Dieu me '•e-

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dresse ; » ce qui , en anglais, s'entend aussi bien au moral qu'au physique.

Un jour qu'il revenait de soirée, il était accompagné d'un enfant qui portait devant lui la lanterne pour éclairer la route. L'enfant arrive à un large ruisseau et saute par dessus, laissant Pope de l'autre côté et fort en peine. Pope alors de s'écrier : a God mend me, que Dieu me redresse ! — Vous redresser, lui répondit le gamin, Dieu aurait plus tôt faitd'en créer une demi-douzaine de tout neufs I » Voilà l'histoire de Wilson. Revenons à son discours.

Il y avait, dit-il, dans la situation où se trouve l'Amérique, quatre partis à prendre. D'abord laisser les treize États séparés. L'Amérique alors ressemblerait à la vieille Europe , avec ses querelles de frontière. Ce serait la faiblesse et la division à l'intérieur, Timpuissance en face de l'étranger, la guerre universelle. Personne ne pouvait vouloir d'un tel état de choses. En second lieu, on pouvait faire un grand gouvernement, supprimer les États particuliers, eilacer toutes les nuances. Mais pour cela il faudrait un gouvernement fort, appuyé sur une administration énergique qui se fit sentir à tous les points de l'empire, jusqu'aux dernières limites du territoire. Wilson appelle cet état de choses d'un nom qui nous étonnera : le despotisme. On pouvait encore faire trois confédérations. Cela aurait l'avantage délaisser le Sud et le Nord s'organiser chacun de son côté, comme ils l'entendraient; et entre eux deux, au centre, il s'établirait sans doute une troisième confédération . Mais c'était retomber

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