‹ Histoire des États-Unis (volume 2)Chapitre 36 sur 84 · KING, RÂNDOLPH, WILSON, MORRIS · texte numérisé non relu

KING, RÂNDOLPH, WILSON, MORRIS

dans tous les vices du système européen. Trois grands États sur un même continent, ce seraient trois rivaux en {)pésence, a:Vec tous les dangers des jalousies commerciales et des ambitions politiques.

Restait donc le système de la république confédérée, qui joint la vigueur et la décision d'une grande monarchie à la liberté et aux bienfaits d'une petite république. Et alors Wilson prononça cette parole remarquable : ce En Amérique, dit-il, le territoire est monarchique et le peuple républicain. »

Ce mot : le territoire est monarchique , étonne au premier abord ; mais en y réfléchissant, on en sent la profondeur. Ce n'est pas le hasard qui fait que la France est un pays unitaire. Strabon avait remarqué que la Gaule, par la façon dont elle est faite, avec ses vastes plaines et ses larges fleuves, était destinée à devenir le théâtre d'une grande civilisation. Au contraire, un pays coupé en petites vallées par de hautes montagnes peut, sans doute, être occupé par un peuple remarquable, '— les Grecs, dans les temps anciens, les Suisses, dans les temps modernes, ne le cèdent à personne, — mais un grand État ne peut s'y établir. La nature s'oppose à ce qu'il y ait là une grande nation.

Or, si vous considérez l'Amérique, vous trouvez qu'elle se compose de deux immenses vallées arrosées par le Mississipi d'un côté, le Saint-Laurent de l'autre, et réunies par les Lacs. Entre ces deux vallées, il n'y a même pas de séparation; la différence de niveau est si peu considérable, que quand les eaux du lac Michigan ' sont trop hautes, elles se déversent dans un affluent du

278 mSTOlRE DE Lk CONSTITUTION,

Mîssîssîpi, si bien qu'une barque pourrait remonter le Mi^sissîpi et rejoindre le Saint- Laurent sans quitter les cours d'eau. Dans un tel pays il n'y a pas de divi^on naturelle; l'unité est dans les choses; c'est ce que Wilson appelle un territoire monarchique.

Quant au peuple, il était républicain par son origine, par^a religion, par son gouvernement, par ses mœurs. Le problème était donc celui que posait Wilson : unir l^i monarchie et la démocratie. Ce problème, l'antiquité n'en avait eu qu'une vague notion, les temps modernes ne l'avaient pas résolu.

L'antiquité a remarqué qu'il y avait trois formes de gouvernement : la monarchie, qui est forte, mais qui dégénère en tyrannie; l'aristocratie, qui est forte aussi, mais qui écrase la majorité et ne pense qu'à elle ; enfin la démocratie, mobile comme le peuple, facile à entrsdner, facile à séduire, tantôt endormie et servile, tantôt violente et tyrannique, toujours prête à écraser les minorités. Tous ces gouvernements puissants, mais sans contre-poids et sans responsabilité, c'est le despotisme par en haut ou par en bas. La justice n'est pas là. Aussi Tacite, après Aristote et Cicéron, remarque-t-il que le meilleur de tous les gouvernements serait celui qui réunirait ces trois formes; mais l'antiquité a toujours déclaré que c'était là une chose impossible, un rêve trop beau pour être réalisé.

Les modernes, disait Wilson, ont fait un progrès sur l'antiquité, ils ont trouvé le système représentatif. Avec une représentation, l'aristocratie peut avoir sa place sans être tyrannique, la démocratie a la sienne sans

Page 1