‹ Histoire des États-Unis (volume 2)Chapitre 38 sur 84 · KING, RÂNDOLPH9 WILSON, MORRIS. S · texte numérisé non relu

KING, RÂNDOLPH9 WILSON, MORRIS. S

hors ligne. Il finit même par quitter New-York, et s'éiaUil; à Philadelphie j&a 1783. Là il fut bientôt distàngWf rentifa au (Congrès, et 7 joua un assez grand rôle comme financier, comme diplomate et comme homme politique.

Ce fut lui qui proposa d'établir le système décimal pour les monnaies américaines, bien avant que nous n'ayons pensé à notre réforme. Ce projet fut appliqué par JeiTerson quelques années plus tard, en 179S. Le dollar, vous le savez, est divisé en cent parties.

Comme politique , il joua un rôle assez important dans la Convention fédérale. C'était aussi un jeune homme , et il disait avec 6a vivacité habituelle qu'il voyait encore dans l'assemblée des restes d'opinions coloniales, mais qu'il espérait que dans la génération nouvelle il ne resterait plus que des Américains, ce Nous ne pouvons pas tuer le vieux dragon, disait-il, mais il faut lui arracher les dents ; i» en d'autres termes , il voulait fonder l'union américaine et affaiblir les souverainetés locales. Par ses idées politiques, c'était ce qu'on appelle , dans le bon sens du mot, un aristocrate ; il se défiait de la démocratie ; il croyait que, si l'on donnait toute l'autorité aux masses, la propriété elle-même serait menacée, et que la condition des honunes qui travaillent et qui pensent ne serait pas bonne. Il voulait donc un sénat viager^ un pouvoir exécutif également viager, des conditions de cens dans l'électorat et même dans la représentation. CSies idées le rapprochaient beaucoup d'Hamilton, let oelui-ci avait voulu se l'associer quand il publia les lettres du Fédéraliste. Gouverneur fat dâ

cette nuance mal jugée et un peu calomniée, parce que le pouvoir est passé aux mains d^hommes d'une autre couleur. Les démocraties sont sans pitié pour ceux qui né les ont pas adorées, Jefferson et ses amis n*ont pas eu toute la justice désirable pour Hamilton et Morris.

Quand on lit les écrits de ces politiques, on voit qu^ils étaient tout aussi patriotes que Jefferson, et tout aussi républicains, mais d'une autre façon. C'étaient des Anglais établis dans le Nouveau-Monde, bien convaincus qu'il n'y avait de possible que la république, mais voulant lui donner des conditions de stabilité et de sécurité qui rapprochassent la constitution américaine de la constitution anglaise. En quoi je pense qu'ils allaient trop loin. Dans ce pays nouveau, il était nécessaire que la démocratie eût une place plus large ; mais ce n'en était pas moins une pensée très-juste qu'il fallait pencher du côté de la sécurité et de l'unité, sans quoi un beau jour la liberté serait menacée, et l'union avec elle.

Gouverneur Morris reçut dans la Convention un hommage à son talent d'écrivain ; ce fut lui qu'on chargea de rédiger la constitution. On lui doit cette justice qu'elle est écrite en très-bon style, et avec une netteté toute française qui fait un heureux contraste ^vec le langage embrouillé des lois anglaises. U n'y a dans la Constitution américaine que ce qu'on doit dire, et cela est dit en style de législateur.

Voilà ce que j'avais à vous dire de Gouverneur Morris, comme homme politique. Parlons maintenant du diplomate. En 1789, Gouverneur Morris vint en France après

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un terrible accident. Il s'était brisé la jambe en tombant de voiture ; un médecin, trop pressé de faire une opération, la lui avait coupée quand il pouvait la lui conserver. Il vint donc en France avec sa jambe de bois qui le faisait considérer comme un héros de la guerre d'Amérique. Ily amya àla veille de la Révolution. Plus tard, en 1792, Washington le nomma ambassadeur auprès de la cour de France. C'est même une chose très-extraordinaire que la lettre dans laquelle il lui annonce sa nomination. Personne, je crois, n'a jamais vu rire Washington; mais Gouverneur Morris, avec son esprit, avec sa familiarité, avait tellement déteint sur le général, que la lettre de celui-ci s'en ressent : c'est la lettre la plus enjouée qu'il ait écrite.

Nous avons le journal de Gouverneur Morris ; et quand on voudra faire une histoire de la Révolution qui ne soit pas écrite au point de vue du progrès fatal qui justifie le crime par le crime, quand on voudra écrire une histoire impartiale, on fera bien de recourir à Morris, qui, étranger et sans passion, mais avec l'expérience des révolutions, suivait d'un œil inquiet les premiers pas de l'assemblée constituante. 11 n'était pas à Paris depuis quelques jours , que remarquant .le mouvement des esprits avant la réunion des trois ordres, il commença à douter du succès. II voit bien, dit-il^ que les meneurs veulent établir en France une liberté à l'américaine, mais ils oublient une chose essentielle : c'est que, pour réussir dans ce projet, il leur faudrait un peuple américain. Les observations fines abondent : ce Vous réduisez le pouvoir monarchique à n'avoir que le veto suspensif.

HISTOIRS DB Lk GONSTITUTIOR.

c'est une absurdité ; vous voulez une chambre unique, vous aurez la tyrannie. » Ces paroles étonnaient singulièrement. On n'était pas habitué à entendre parler avec cette vivacité un Américain, un homme qu'on avait prôné àl'avance comme un soutien futur de La Fayette. Lui-même nous raconte qu'allant à Versailles, il resta à dîner chez madame de Tessé^ la tante de La Fayette, et son amie intime. C'est à elle que le général a écrit ses plus charmantes lettres.

« A dîner, dit Gouverneur Morrisj'e suis près de La Fayette; il me dit que je fais tort à la cause, que mes sentiments sont continuellement cités contre le bon parti.

« Je saisis cette occasion de lui dire que je suis Fennemi de la démocratie parce que je suis l'ami de la liberté. Je vois 4U*il8 Tont tête baissée à l'abîme^ et je voudrais les arrêter si je pouvais. J'ajoute que leurs vues sur la nation ne s'accordent nullement avec les matériaux dont cette nation est faite, et que la chose la plus malheureuse qui pourrait arriver, c'est qu'on leur accordât ce qu'ils désirent.

« La Fayette me dit qu'il sent bien que son parti est fou, et qu'il le lui dît; mais qu'il n'en est pas moins décidé à mowir avec ses amis.

« Je lui réponds qu'il vaudrait mieux les ramener au bon sens, et vivre avec eux... Si le tiers est modéré, il réussira; mais, s'il est violent, tl se perdra fatalement. »

Nous avons les lettres d'Américains de toutes muoiees, qui ont suivi la Révolution française. Wa^ington, Hamilton l'ont jugée à distance; lefferson, le chef du parti démocratique , Ta jugée à Paris ; Gouverneur Morris, l'aristocrate, Ta examinée sur place. Il n'y en a pas un seul 0ui ait cru au succès de la Révolution. Au mois

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