KING, RANDOLPII, WILSON, MORRIS
que le nombre soit tout. On peut associer ces forces diverses pour le bonheur commun, et limiter Tune par Tautre la monarchie, Faristocratie et la démocratie, qui elle-même a besoin d'être modérée pour ne pas se ruiner par ses propres excès. Ce système, remarquait "Wilson, n'a été appliqué sincèrement nulle part. En Angleterre on a un roi, mais ce roi prétend ne représenter que lui-même, il y a encore des théories de droit divin ; l'aristocratie anglaise prétend aussi se représenter ellemême, ce n'est pas une représentation nationale, le pair d'Angleterre agit tellement de son chef qu'il peut voter par procuration.
Mais aujourd'hui, disait Wilson, nous entrons dans la vérité des choses. Le pouvoir exécutif aura son action, mais il sera une délégation ; l'aristocratie aura la sienne, et sera également une délégation du peuple, de même que la chambre des représentants; nous seuls aurpns pour la première fois appliqué fidèlement le principe de la représentation. Ainsi, notre gouvernement sera comme une pyramide, avec cette différence que, dans la pyramide politique, habituellement le sommet écrase la base, tandis que chez nofts, un courant de vie populaire circulera de la base au*8ommet ; il partira du peuple et il y retournera.
4[ Adoptons ce système^ 8*écriait Wilson en finissant, et je pense que nous pouvons promettre la sécurité, la stabilité^ la tranquillité aux gouvernements des États particuliers. Ils ne seront pas exposés aux querelles de territoire, ou à toute autre cause d'agitation et de guerre. Nous aurons un tribunal qui prononcera justement et pacifiquement sur toutes les pUi\;^tA&*
Noos aurons accompli le rêve d'un grand roi de France, Henri IV, nous aurons fondé un système politique embrassant un vaste ensemble de territoirfvs^ unis en paix, sous un chef qui peut accommoder tous les différends^ sans détruire la race humaine.
« Les États ne peuvent se faire la guerre; le gouvernement général est le suprême arbitre de leurs querelles; toute la force de TUnion est conjurée po^ir ramener Taggresseur à la raison. Quel bienfait donné en échange de la souveraineté vacillante et querelleuse des États!
a Pour moi^ en contemplant ce système^ je me perds dans l'admiration de sa grandeur. En adoptant ce gouvernement, nous élevons des temples à la liberté par toute la terre. Du succès de TAmérique, dans ce combat pour la liberté, dépendent les efforts de tout ce qu*il y a d'hommes courageux et éclairés dans les autres pays. Les avantages ne seront pas limités aux États-Unis, ils tireront de TEurope les nobles cœurs qui soupirent après la liberté. Pour garder leurs sujets, les princes seront obligés de leur rendre une partie des droits qu'ils leur ont ravis depuis des siècles. Nous servirons ainsi leâ grands desseins de la Providence, en favorisant la multiplication des hommes, leur progrès en intelligence et en bonheur ^ »
Magnifiques espérances qu'on a pu croire réalisées chez nous au lendemain de 1789, mais qui restent, vraies, malgré nos fautes. Oui, le monde est solidaire, et rien de ce qui se passe chez les autres peuples ne nous est étranger. Cette solidarité des nations est une des choses qui me frappent le plus à mesure que j'étudie la politique. On ne peut afTranchir un peuple, ou
]• Elliot, Debateê of the Convention^ X. Il, p. 397 et ralr.
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Tasservir, sans que rhumaDité entière n'en profite ou n*en.souffre.
Les économistes ont reconnu que les richesses du Toisin étaient notre propre richesse, et que la ruine de rétranger était notre propre ruine. La crise du coton est une cruelle démonstration de cette vérité trop longtemps méconnue. Des milliers d'ouvriers en Angleterre et en France ont été victimes de la guerre civile des États-Unis. Mais cela n'est pas seulement vrai en économie politique. La liberté aussi est le profit commun. Il est impossible d'empêcher que tous les peuples ne profitent de leur expérience mutuelle , et que le profit de l'un ne soit le profit de l'aiitre. S'il y a un progrès de la Uberté en Angleterre, ce progrès n'y peut rester confiné. L'abus supprimé en France paraîtra plus visible en Italie, et c'est ainsi que les peuples arrivent à alléger le poids de la vie, et à marcher ensemble vers un meilleur et plus grand avenir. Le bien de l'un est le bien de tous ; le mal de l'un est le mal de tous. C'est là une des grandes vérités qui ressortent de l'Évangile, et que la science moderne commence à signaler.
Voilà, je crois, ce qui m'autorise à rendre justice à un homme de mérite oublié, et injustement oublié. Avoir signalé cette vérité féconde, c'est assez pour tenir sa place dans la science et dans l'histoire-
Le dernier des hommes d'État dont j'ai à vous parler nous tient de plus près, car, quoiqu'il n'eut pas de sang français dans les veines, il avait beaucoup de français ^ dans l'esprit. C'est Gouverneur Morris. Ce nom de Gouverneur est assez bizarre , mais vous savez qu'en Aa-
382 HI8T0IRS m Lk GONSnTUTION.
gleterre il est d'usage de donner aux enfants des noms qui rappellent des souvenirs; j'ai y a de charmanteB de* moiselles américaines qui s'appelaient Lafayette.
Morris avait reçu ce nom de Gouverneur, pan» qcie son père avait été gouverneur de la Nouvelle-Jerscfy. Il était né en 1752 dans TËtat de New-York, sur le manoir paternel qui s'appelait Morisiana.
Les Morris étaient une vieille famille de l'État de New- Tork.
De bonne heure il se destina au barreau, et nous le trouvons, en 1775, à vingt*trois ans, membre du congrès provincial de New-York.Enl778, il fut envoyé au congrès continental. Il n'y resta que deux ans, fort suspect et fort jalousé. Il y eut deux raisons pour cela : une que son historien indique, et une qu'il ne dit pas. La raison donnée est que Morris appartenait à une vieille famille de loyalistes. Toute sa famille était trèsattachée à TAngleterre. Gouverneur Morris, qui aimait beaucoup sa mère, ne craignait pas de passer les lignes anglaises pour aller la voir. Cela le compromit singulièrement auprès des patriotes. Mais il y a une autre raisoû qui est bien plus sensible. C'est que c'était un homme d'infiniment d'esprit, et qui, au lieu de cacher son esprit, en usait pour se moquer de tout le monde. Or, quand on montre son esprit de cette façon, on blesse deux sortes de personnes qui composent l'humanité tout entière : les gens d'esprit, qui n'^ment pas qu'on se moque d'c^u, et les médiocrités, ^ui l'aiment encore moins. Il en résulte que Gouvernaur Morris n'eut pas toute l'influence que devaient lui assurer ses talents