‹ Histoire des États-Unis (volume 3)Chapitre 17 sur 107 · IV® LEÇON. — WASHINGTON ET LA CONFÉDÉRATION · texte numérisé non relu

IV® LEÇON. — WASHINGTON ET LA CONFÉDÉRATION

« Il ne m'appartient point de dire jusqu'à quel point cettenégligence a été poussée; mais comme il ne peut y avoir aucun mal à former un vœu pour le bien de sa patrie, j'émettrai celui-ci. C'est que chaque État, non-seulement choisisse ses hommes les plus capables, mais qu'il les oblige à se rendre au congrès, et qu'il leur recommar.de de rechercher avec soin les causes de tout ce qu'ont souffert l'armée et le pays. En un mot, je voudrais que les abus publics fussent réformés. Si cela n'a pas lieu, il n'est pas besoin d'être prophète pour prédire ce qui attend le régime actuel, et pour annoncer que tout le travail que font les États en rédigeant des constitutions particulières, en faisant des lois pour eux, en confiant leurs emplois à leurs plus habiles citoyens, n'aboutira pas à grand'chose. Si le grand ensemble est mal conduit, tous les détails seront emportés par le naufrage général; nous aurons le remords de nous être perdus par notre propre folie et par notre négligence, ou peut-être par le désir de vivre à l'aise et tranquilles en attendant le succès d'une si grande révolution, tandis que ce succès devrait être le souci et l'œuvre des hommes les plus capables et les plus vertueux de notre monde américain.

« Il est fort à craindre, cher monsieur, qu'enfermés dans leur sphère, les Étals n'aient des idées très-inexactes du danger présent. Beaucoup de personnes éloignées du théâtre de l'action ne voient et n'écoutent que les écrits qui flattent leurs désirs; elles pensent que la lutte tire à sa fin, et que tout ce qui reste à faire, c'est de régler le gouvernement et la police de leur État; on doit désirer ardemment qu'un triste revers ne vienne pas les surprendre comme un coup de foudre. Je ne désigne aucun État en particulier, je n'en veux blâmer aucun. Le public croit (et si on le croit, le fait pourrait bien être vrai) qu'en ce moment les États sont mal représentés, et que les intérêts les plus grands, les plus importants de la nation sont très-mal défendus, soit par défaut d'habileté, ^oil par défaut d'assiduité chez les membres du Congrès, soit en

raison des dissidences et des passions politiques chez quelques individus. Un tel état de choses est plus que jamais déplorable; car nous sommes trés-avancés dans la lutte, et, suivant l'opinion de beaucoup de gens, nous approchons d'un heureux dénouement. Les yeux de l'Europe sont fixés sur nous, et je suis convaincu que plus d'un espion politique est occupé à nous surveiller pour découvrir notre situation et donner avis de notre faiblesse. »

C'est la lettre d'un patriote dont les inquiétudes ne sont que trop justifiées. En effet, l'année 1779 et l'année 1780 se passèrent pour l'armée américaine dans des souffrances inouïes. Au commencement de 1779, on avait à peu près la certitude d'avoir le secours de la France; il sembla alors que, dès que cette grande momarchie allait se prononcer pour l'Amérique, il n'y avait plus rien à faire ; les secours envoyés à l'armée furent au-dessous de tous les besoins. On voit, par exemple, dès 1779, l'armée rester sans manger pendant deux jours, et les troupes du Connecticut se révolter parce qu'elles n'ont ni habits, ni souliers, ni nourriture.

En même temps la dépression du papier-monnaie faisait des progrès rapides. En 1777, pour cent francs en argent, on avait cinq cents francs en papier ; en 1780, pour la même somme, on avait quatre mille francs. J'ai trouvé fe compte d'un membre du congrès, Elbridge Gerry, qui servit quatre ans dans cette assemblée; on lui devait quarante mille livres sterling (un million de francs en papier), ils furent liquidés par vingt-deux mille francs en argent.

C'était une souffrance pour le particulier; mais pour

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les malheureux soldats, c'était une misère à mourir de faim : lesjmmsior^ il fallait \ivre

de réquisitions. C'était occasionner des vexations sans nombre aux habitants et exciter l'armée au pillage. On s'indignait de toutes parts : Washington plus que personne souffrait de cette situation terrible. Ne pas prendre des vivres que peut-être on ne payerait jamais, c'était condamner l'armée à mourir de faim; lesprendre, c'était ruiner lescitoyens. Il n'y avaitdonc qu'à force de prières que Washington obtenait quelque chose. C'étaient des particuliers, des marchands de Boston qui en souscrivant des sommes considérables sauvaient l'honneur et la liberté du pays.

La guerre se faisait ainsi plus par le concours des particuliers que par celui des États. Les États étaient moins dévoués que les particuliers, et le congrès moins que les États. Dans cette situation, tout le monde attendait une catastrophe ; ce n'est pas seulement la grande âme de Washington qui est ébranlée. Hamilton, Madison ' s'écrient qu'il n'y a plus d'armée ; elle est poussée à bout, on ne peut plus compjer sur elle, il tTy a plus ni ardeur patriotique, ni discipline sous les armes; les habitantsméprisent le^ojg grcs, les soldats ne yeulent pas l'écouter davantage :J1 y a une misère et un désespoir universels. C'est à ce moment qu'arrive l'armée française, le 10 juillet 1780.

La position de Washington était telle que l'arrivée de l'armée française le mettait dans l'embarras de savoir

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