‹ Histoire des États-Unis (volume 3)Chapitre 21 sur 107 · Elle est datée du 31 janvier · texte numérisé non relu

Elle est datée du 31 janvier

Ve LEÇON. — LA CONFÉDÉRATION, 1781-1783. 121

Les recomman dations de Washington n'eurent guère plus d'effet que les prières du congrès ; c'est à peine si à la fin de 1782 on obtenait les dix mille hommes demandés. Dans cette année 1782, l'armée périssait faute de secours. Depuis sept ans qu'elle faisait la guerre, on ne l'avait pour ainsi dire jamais payée; on lui avait de temps en temps donné des dollars en papier qu'on comptait aux soldats comme valant cinq francs et qui valaient quelques sous ; ils n'avaient pas reçu le cinquième de leurs rations. Il y avait donc dans les camps de grandes souffrances auxquelles on avait remédié tant bien que mal par quelques réquisitions. Triste exemple de l'indifférence d'un grand pays !

Qui le croirait? Après sept ans de guerre, ni les États, ni le congrès n'avaient pu s'entendre sur la position qu'on ferait aux officiers. Quand ils s'étaient engagés, on leur avait promis de leur donner des terres, c'est la seule promesse qu'on leur avait faite ; mais, dans un pays où le service est libre, les officiers s'étaient lassés de souffrir, de combattre pour un pays qui, pour prix de leurs fatigues et de leurs blessures, ne leur montrait en perspective que la misère. Us avaient demandé qu'on leur assurât, ce qui existe dans tous les pays du monde, une retraite; et cette retraite, ils l'évaluaient à peu près à la demi-solde.

Faire adopter cette mesure de justice par le congrès de la confédération était impossible. Cela tenait à une idée fort répandue en Amérique, et que les colons avaient importée d'Angleterre : c'est qu'il n'y a rien de plus dangereux que les armées permanentes, et qu'on

ne doit encourager d'aucune façon l'esprit militaire. Donner des pensions de retraite, c'était, disait-on, créer un corps militaire ayant des souvenirs, des tendances, des intérêts particuliers ; c'était établir le privilège sur une terre de liberté et constituer une aristocratie.

Ainsi, d'une part, l'horreur des armées permanentes, de l'autre la haine de toute espèce de privilèges , faisaient que dans certaines provinces les gens qui étaient à la tête du mouvement, comme Samuel Adams, s'opposaient de toutes leurs forces à l'établissement des retraites pour les officiers *. C'était une injustice flagrante. La garantie de la liberté n'est pas dans l'absence des armées permanentes, mais dans l'esprit des citoyens, nous en voyons l'exemple en Angleterre; et, quant à l'horreur du privilège, encore faut-il qu'elle soit fondée et ne dégénère pas en mépris d'un titre sacré. Celui qui verse son sang pour la patrie a droit d'espérer que la patrie ne le laissera pas mourir de faim. L'ingratitude n'est pas une vertu républicaine, la justice n'a jamais nui à la liberté.

Dès 1778, Washington s'était occupé de faire régler cette question. En 1780, il avait obtenu une décision du congrès qui accordait aux officiers la demi-solde pour toute leur vie; mais, en 1782, quand le congrès de la confédération remplaça le congrès de la révolution, on se demanda si on était lié par cette décision. Suivant les articles de la confédération , il fallait neuf États pour engager une dépense; neuf États n'avaient

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