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tion de l'Église à laquelle il appartient, et les femmes, qui dans notre pays ne comprennent rien à la politique, s'y trouvent habituées de bonne heure en s'occupant des affaires de leur Église, ce qui est quelque chose d'assez délicat, comme vous pouvez en juger si vous connaissez des dévotes.
A côté de l'Église parfaitement libre, qui est une organisation complète, il y a des écoles communes où tout le monde envoie ses enfants , où on leur donne une éducation solide et patriotique. Voilà donc tout un peuple qui sait lire, et à qui on apprend de bonne heure à aimer la patrie et à connaître la constitution. Ce peuple est habitué au self-government , c'est-à-dire à faire lui-même ses affaires dans la commune et dans l'État. Chacun est habitué à ne compter que sur soimême. Qu'il faille construire un hospice, bâtir un pont, fonder une école nouvelle, ce sont les citoyens qui font cela; ils ne vont pas demander au gouvernement de leur donner en aumône un peu de l'argent qu'ils ont versé dans le trésor public. Ils sont habitués à porter les armes, à se défendre eux-mêmes, et ne savent pas ce que c'est que des armées permanentes. L'Océan qui nous sépare nous divise moins que les institutions et les mœurs.
En France, nous ne sommes pas un peuple politique. Nous avons une armée admirable, mais l'esprit de l'armée c'est l'obéissance . Ce qui fait la noblesse du soldat, c'est qu'il sacrifie sa volonté pour être un instrument dans les mains du chef qui le dirige. Aussi les armées sont-elles habituées à trouver
que, quand ou a un bon général à la tête de l'État, on a un bon gouvernement; elles n'ont pas en grande estime les pouvoirs civils. 11 y a donc chez nous un esprit militaire, qui fait un contre-poids énorme à l'esprit de liberté. A côté de l'armée il y a une autre armée civile, une administration qui fait la cohésion du pays, et sans laquelle, a-t-on dit, il n'y aurait que des grains de sable dans le pays. C'est un personnage politique qui a dit cela. Eh bien, avec ces deux pyramides qui montent, et qui vont nécessairement aboutir à un chef unique, il est impossible d'avoir un président comme aux États-Unis; car le président, appuyé par l'armée, soutenu par l'administration, ne demanderait qu'à rester où il est, et, avec un pareil état de choses, vous auriezdes révolutions en Amérique comme ailleurs. Mais aux États-Unis la liberté étant partout, un coup d'État de la part du président serait une chimère, il n'aurait pas d'armée, et puis le lendemain de son coup d'État il n'aurait pas d'État , car, quand il sort de Washington, il est comme un évêque qui, une fois sorti de son diocèse, ne peut dire la messe qu'avec la permission de ses collègues.
C'est ainsi qu'il faut étudier l'Amérique, et non avec cet esprit d'imitation servile qui nous a toujours été funeste; il nous faut apprendre que la liberté politique repose nécessairement sur la liberté sociale. Étudier la constitution américaine est une bonne chose, étudier la société américaine en est une meilleure. En France, comme par toute l'Europe, on a le désir de jouir de la liberté, partout on cherche à poser le problème de la
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liberté. Eh bien , je crois que le plus grand service qu'on puisse rendre au pays, ce n'est pas de lui dire, comme en 1848, qu'avec une constitution on va changer la face des choses; c'est surtout de lui faire comprendre que c'est d'abord à chacun des citoyens à faire ses affaires; lorsque les citoyens sauront faire leurs affaires, celles de leur commune, de leur Église et de leur école, ils sauront faire celles de leur pays.
La liberté politique toute seule ressemble à nos arbres de liberté. C'est magnifique le premier jour; on les plante tout venus, mais il n'y a pas de racines, et cela ne dure pas. Il faut, au contraire, que la liberté pénètre dans nos institutions et s'enracine dans nos âmes; cela n'est l'œuvre ni d'un homme, ni d'un jour. Émanciper la commune , l'Église, l'école , la presse, habituer le pays à faire lui-même ses propres affaires, c'est une entreprise de longue haleine, et qui demande autant de résolution que de patience. Raison de plus pour nous mettre à l'œuvre et y travailler sans relâche , afin de laisser à nos enfants ce que nous n'avons pas trouvé dans l'héritage de nos pères : l'esprit de liberté.