‹ Histoire des États-UnisChapitre 10 sur 119 · Montesqoiea, Esprit des loiSy liv. XI, cbap« v · texte numérisé non relu

Montesqoiea, Esprit des loiSy liv. XI, cbap« v

4 HISTOIRE DE lA FONDATION DES ÉTATS-UNIS.

du monde la révolution américaine est un événement plus marquant que n*est la nôtre. Moins saisissante moins dramatique, moins passionnée , je dirais presque moins grande par le développement des caractères, si je n'y rencontrais un "Washington, il n'en est pas moins vrai qu'elle l'emporte de beaucoup par l'importance des résultats présents et surtout des résultats futurs; le jour approche, s'il n'est déjà venu, où l'histoire l'enregistrera comme le fait le plus considérable qui ait terminé le dix-huitième siècle et commencé l'ère des sociétés modernes.

c< On nous cite TAmérique, écrivait, en 1796, un homme qui aimait peu les républiques et qui avait plus de confiance dans le passé que dans l'avenir, le comte Joseph de Maistre^ je ne connais rien de si impatientant que les louanges décernées à un enfant en maillot; laissez-le grandir ! »

L'enfant a grandi avec une rapidité qui tient du miracle, on peut compter le petit nombre d'années après lesquelles les États-Unis, si quelque vice intérieur n'arrête leur progrès, seront le plus puissant empire du monde.

La. population des treize colonies ne s'élevait pas à

trois milUons d'âmes en 1790; en 1810, elle dépassait -

\sept millions; on en comptait plus de douze, en 1830;

plus de dix-sept, en 1840*; en d'autres termes, elle

^puble en moins de trente ans. Ainsi, selon le calcul

1 • Considérations sur la France.

2. Le recensement de 1850 donne le chifiRre de 23,000,000; celui de JSâO dépasse 30,000|000.

le plus modéré et sans tenir compte de l'émigration qui croît chaque jour, avant la fin du siècle l'Amérique du Nord, qui sera loin d'être à demi peuplée, contiendra plus de quatre-vingts millions d'hommes*, unis par la race, la langue, le génie, le gouvernement, la configuration même du territoire, le développement du commerce, de l'industrie, des voies de communication; un peuple qui, vous le verrez, a fait depuis 1776 des progrès immenses dans la voie de l'union ; que chaque jour mêle et confond davantage ; un peuple enfin qui a trop le sentiment de ce que lui réserve l'avenir pour rêver de séparation avant d'avoir accompli sa destinée, c'est-à-dire avant un jour qu'il n'appartient pas à l'homme de fixer.

Je le répète, avant cinquante ans, les États-Unis seront la république la plus considérable , la plus puissante, la plus homogène qui ait jamais paru sur le globe, et pour la première fois il faudra que l'Europe compte avec ce peuple nouveau qui viendra, qui vient déjà partager avec elle l'empire des mers.

Vous voyez quelles proportions aura prises, avant la fin du siècle, cet événement glorieux de la révolution américaine ; vous voyez comme chaque jour le grandit;

1. Ceat le calcul modéré de M* Tnoker, professeur d'économie politique à rUniversité de Virginie. En 1843, il évaluait ainsi le progrès de la population :22|400, 000 en 1850 (calcul justifié par révénement), 29,000,000 en 1860, 38,000,000 en 1870, 49,000,000 en 1880, 63,000,000 en 1890, et 80,000,000 en 1900. M. Tucker écrivait avant la conquête de la Californie (Progress of the United States in pO" pulation and wealth infifty years^ by Georget Tucker •î^««-\wtV^\^V^^ p. 106).

ce sera dans l'histoire, au point de vue politique, un fait non moins considérable que la découverte même du continent ; c'est aussi Tavénement d'un monde nouveau qui vient se placer à côté de l'ancien.

Que peut-il donc y avoir de plus curieux que d'étudier les causes de ce développement qui ne s'est point arrêté d'un jour; que de rechercher la part qui appartient aux institutions dans ce grand établissement?

Mais, sans anticiper sur cet avenir prochain, sur cet avenir qui déjà se laisse toucher, et qu'il est bon de prévoir si nous ne voulons pas remettre aux mains de l'Amérique le flambeau de la civilisation, quel précieux sujet d'observation politique , quels exemples , quelles leçons nous offrent dès aujourd'hui les États-Unis !

Ce n'est pas seulement une république qui domine de l'autre côté de l'Atlantique; ce nom de république est une désignation vague et qui couvre d'un même nom les gouvernements les plus opposés; c'est une DiÉiiiOGRATiE, la plus vastc, la plus complète qui ait paru dans les temps modernes; j'ajoute, la seule qui ait duré.

/ Ce n'est pas un gouvernement fait de main d'homme, contre-épreuve moulée sur l'antique par des révolutionnaires érudits, élèves de Montesquieu ou de Mably: c'est le produit naturel de deux siècles de travail et de liberté; c'est, comme le sentait Washington, le seul gouvernement qui pouvait convenir à cette forte race d*émigrants, à ce peuple de puritains, qui, laissant à ime patrie marâtre sa noblesse féodale et son clergé diistocratiqae , ayait emporté avec lui^ comme deux

trésors, sa religion essentiellement républicaine, et toutes les libertés de la vieille Angleterre.

De là ce cachet particulier qui distingue la république américaine de toutes celles de l'antiquité, de toutes celles qu'ont imaginées les modernes qui ne détachaient point leurs yeux des anciens, et parmi ces modernes , je comprends la plupart de nos constituants révolutionnaires.

Les États-Unis ont résolu le problème, déclaré insoluble par les publicistes, d'une république établie sur un vaste territoire avec une population nombreuse; d'un État où l'égalité est complète, absolue, et dans les lois, et dans les mœurs. En peu de mots, c'est une république , non pas imaginaire , mais réelle , mais vivante, faite par des hommes de notre temps et de notre race, où chaqije anûée deux cent mille Européens, Anglais, Allemands, Français, vont se mêler au courant sans qu'il en soit altéré ^ ; une république enfin dont la constitution est assez large, assez élastique pour s*être prêtée depuis un demi-siècle , et sans vieit- Kr, à tout le développement d'une nation qui grandit, à tous les progrès du commerce, de l'industrie, de la civilisation.

A une époque où la force de l'opinion emporte toutes les autres , où son véritable titre est celui que toi reconnaissait Pascal, la reine du monde, les États-Unis

1. En 1848, 229,492 piersonnes, dont 148,212 Anglais et Iilindais, 58,018 Allemands, et 7,743 Français (imertcan almanach^ 1850^ p. 247). En 1849, il y a en 299,840 émlgrantft ^American almanacU 1851, p* 20p;.

s'offrent à nous comme un empire depuis longtemps fondé sur l'égalité politique la plus entière, sur la souveraineté du peuple la plus large et la plus active qu'on puisse imaginer.

Et, en effet, la souveraineté du peuple n'est pas, en Amérique, une théorie abstraite et démentie dans la pratique; une force dont on se sert pour fonder un gouvernement, et qu'ensuite on comprime comme un danger, jusqu'à ce qu'elle se révèle de nouveau par des explosions et des désastres. La souveraineté, aux États- Unis, est le grand ressort du gouvernement, et comme un régulateur qui ne s'arrête jamais * ; c'est le peuple qui gouverne et qui administre par des délégués librement et directement choisis, délégués doublement maintenus dans le respect de la souveraineté popu« laire, par une responsabilité toujours présente et par la fréquence des élections.

La constitution américaine n'est point démagogique* H y a des moyens légaux pour éprouver la volonté populaire, l'épurer et la refroidir ; mais cette volonté, réguUèrement manifestée, est prise comme la règle absolue du gouvernement. C'est un devoir de s'y soumettre, c'est un crime de s'y soustraire, et les décisions de la majorité sont adoptées sans résistance par une nation depuis longtemps habituée à respecter le jugement et la volonté du plus grand nombre. Le gouvernement est ainsi complètement démocratique ; par son organisation il est nécessairement identifié avec les in-

/• Voy, la dernière leçon.

térêts du peuple ; sa durée n'a d'autre garantie que l'attachement du pays aux institutions.

Cette forme de gouvernement qui nous étonne, en qui nous avons peu de confiance, car, en France, elle a souvent tourné à la démagogie et perdu la république en ruinant la liberté, d'où vient cependant qu'elle n'a donné en Amérique que de bons résultats? Est-ce à des circonstances naturelles ; est-ce, au contraire, comme j'espère vous le montrer, au mérite et à la sagesse de sa constitution que l'Amérique doit la stabilité d'un régime qui de sa nature semble des plus instables, et qui cependant a duré dans le nouveau monde, quand tant de fois, en France, s'est abîmée la monarchie? C'est là, sans doute, un sujet d'études digne de tout homme qui aime son pays.

La sagesse de leur constitution n'est point le seul exemple, la seule leçon que les États-Unis puissent ofiFrir à la vieille Europe.

Quoi de plus remarquable qu'un pays qui a pris pour base, de sa politique et de sa diplomatie, la paix, la nonintervention?

En Amérique , on ne connaît pas ce système militaire qui nous prend par année quatre cents millions et tient dans l'oisiveté quatre cent mille hommes, la fleur de la jeunesse, l'élite des travailleurs ; aussi est-on assez heureux pour ignorer ce lourd fardeau de la dette publique, conséquence d'un établissement disproportionné avec la richesse du pays et tout à la fois coûteux et stérile; cette dette, qui se traduit en uYivax^(A.^\a\&^

propriété et l'industrie, et, en renchérissant la production, la diminue.

Les Américains ont apporté avec eux d'Angleterre la (haine des troupes permanentes , haine des plus yi- ¥aces au dix-septième siècle dans la métropole, et qui aujourd'hui, dans le nouveau monde, n'a rien perdu de son énergie. Il n'y a qu'un petit nombre de troupes soldées, moins de dix mille hommes, placés le long des frontières pour maintenir en respect les Indiens. Je n'ai pas besoin de dire qu'en Amérique, comme en Angleterre, la conscription est inconnue; l'enrôlement volontaire est le seul système qu'ait accepté un peuple jaloux de sa liberté.

. Je n'examine pas en ce moment si la France peut adopter, et dans quelles proportions elle peut adopter ce système héroïque qui confie aux citoyens la défense du territoire et le maintien de la paix», je dis seulement qu'à une époque comme la nôtre, où l'industrie, l'agriculture et le commerce, en un mot le travail joue le grand rôle dans la vie des peuples, il n'est pas possible que la France et le continent, avec d'énormes budgets militaires qui grèvent et stérilisent la production , souttenneût longtemps la concurrence d'un pays tel que 'l'Attlérique, pour qui la nature a tant fait, et qui de plus •fio^s combat avec des armes aussi inégales. Forcément 'lïtirdpe, si elle ne veut pas baisser en richesse et en ci- Vflisàtion, sera obligée d^adopter le principe américain, 'M de prendre la paix pour base de sa politique. On le '^««rt aujourd'hui; mais Washington l'a proclamé il y a iBàixante ans; c'est sur ce -principe que, igrâceà la sa-

CONSTITUTION AMÉRICAINE, UTILITE B£ SON ÉTUDE, il

gesse, et à Texpérieuce da sénat, on a fondé cette diplo* matîe qui se vante et avec raison de ne connaître que des succès.

\ Son secret est simple, et cependant infaillible: c*est la paix, c'est la neutralitéj c'est la non-intervention. Débarrassée des luttes d'influence, ne soulevant ni méfiances, ni jalousies, tout l'effort de la diplomatie aoBiéricaine se borne à élargir le marché, à faciliter l'échange, en d'autres termes à enrichir également les deux pays qui sont parties au contrat. Dans de pareilles condi^ tiens, la diplomatie est facUe; elle n'en est pas ntoin^ le moyen d'enchaîner les peuples par un lien plus sûr que l'ambition ou la reconnaissance, instruments or^ dinaires de nos diplomaties d'Occident, je veux dire, par le lien d'un commun intérêt et d'une prospérité commune.

Si de la sphère du droit public nous passons dans celle du droit privé, nous jouirons d'un spectacle non moins intéressant, les sujets d'instruction s'offriront en foule.

La liberté individuelle est garantie en Amérique, .comme en Angleterre» de la façon la plus efficace. L'^beas-corpus^ ce boulevard, cette ^seconde grande charta de la liberté britannique, est en pleine vigueur aux États-Unis. Sur la simple réclamation qui lui estpré* sentée, tout magistrat est tenu de décerner un mandat d'amener contre quiconque détient une personne illé^ gaiement arrêtée ; il faut qu'on la produise sans délai. Une amende considérable > assure l'obéissance immét

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