‹ Histoire des États-UnisChapitre 101 sur 119 · Ramsay» South-Carolhuit eh.i · texte numérisé non relu

Ramsay» South-Carolhuit eh.i

rain , un planteur ne peut rien faire. On essaya de rindien et du nègre ; mais on reconnut bientôt que le premier était indomptable , tandis que le second se pliait à la servitude. Il y avait entre eux, remarquait-on, la même différence qu'entre les animaux sauvages et les animaux domestiques , dont les uns acceptent sans répugnance la domination de l'homme, tandis que les autres meurent en captivité.

Ce qui contribua surtout à augmenter le nombre de ces misérables, ce fut l'introduction du riz dans la colonie. Un sac de riz apporté par hasard, en 1698, par un vaisseau de Madagascar, distribué aux planteurs, et semé par curiosité plus que par utilité, devint bientôt, avec l'indigo, la culture principale de la Caroline*. Cette culture inondée , qui demande à la fois l'humidité et la chaleur, est de toutes la plus malsaine, et cependant , de l'aveu général , la santé des nègres n'en est point altérée.

Nous retrouvons ici cette influence du climat qui joue un si grand rôle dans la question de Tesclavage. A Torigine, toutes les colonies de l'Amérique recevaifflt des esclaves; c'est de nos jours, c'est en 1826, que les derniers ont été affranchis à Nev(r-York. Rien donc n'eût gêné la servitude dans le Nord , si le travailleur blanc ne l'emportait de beaucoup sur le nègre, quand le climat ne combat pas contre lui.

Mais tandis qu'à Nev^-York le nègre n*était que le

1 « Le coton est de date récente ; c'est depuis la réToIvttoBaMdMMDi que cafte culture a pris un développement considérable.

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plus coûteux et le plus mauvais des ouvriers, au Sud on croyait impossible de se passer de lui. Aussi la race Doire s'y accrul-elle si vite par l'importation, qu'en peu d'années les esclaves furent deui fois plus nombreux que les blancs, proportion qu'au nord des Antilies on n'eût trouvée nulle autre part.

En un temps où les idées de fraternité, qui nous sont aujourd'hui familières, n'étaient pas très-répandues, où le nom d'humanité était un mot inconnu , dit la traite des noirs était considérée comme une œuvre" pieuse, parce qu'elle enlevait des malheureux à l'idolâtrie pour les baptiser, on comprend que la Caroline ne se soit pas montrée pins scrupuleuse que les autres colonies. Aussi eut-elle son Gode noir, arsenal de lois cruelles qui subsiste encore aujourd'hui. C'est là, n'en déplaise à tous les sophismes, la plus sanglante condamnation de l'esclavage. Si le nègre est un être inférieur, une espèce d'animal domestique pour qui la servitude est un bienfait, pourquoi faut-il tout cet attirail de supplices, afin de le maintenir dans un état qui, dit-on, lui est favorable? Si c'est uo homme fait à l'image de Dieu, comment des lois sacrilèges osentelles déclarer qu'il n'est qu'une chose, et comment d'un être immortel ose-t-on faire le jouet et l'instrument d'autrui?

La cruauté des lois qui régissent l'esclavage étonne ceux même que ne révolte pas la servitude, et qui s'y voient que la tutelle d'une race éternellement mineure. On ne comprend pas qu'un fait de cette espèce, un fait contre nature, porte le trouble dans tous

374 msTonus de la fondation des États-Unis.

les rapports humains. Déclarer que rhomme est- un animal ou un outil , c'est s'engager dans un système qui ramène forcément les horreurs de la loi romaine. Sans doute Tapplication est moins rigoureuse, parce que les Américains, éclairés par le christianisme, n'ont ni la férocité, ni la corruption des Romains; mais le principe est le même. Une bête de somme appartient à son maître et ne peut rien posséder ; elle n'a ni famille, ni femme, ni enfants; son travail n'est pas à elle non plus que sa personne ; la battre, la tuer, c'est un droit, et si la loi américaine recule aujourd'hui devant cette dernière atrocité , c'est par une heureuse inconséquence. Mais que de fois la loi reste désarmée devant la cruauté et même devant le crime du maître ; et que de fois aussi le juge est aveugle et complice ! L'esclave n'a pas d'action pour demander justice, l'homme libre a peu de pitié pour des maux qu'il ne connaît ni ne redoute!

Est-il nécessaire d'énumérer les lois qui réglaient l'esclavage dans la Caroline? Ces lois sont partout et forcément les mêmes. En même temps qu'elles traitent l'esclave comme une brute , elles ne peuvent oublier qu'il y a en lui un esprit qui pourrait s'éveiller, une flme qui pourrait aspirer à la liberté; aussi ne se contentent-elles pas de châtier le nègre , elles s'en défient comme d'un ennemi , et avant tout elles cherchent à étouffer en lui l'intelligence, à en faire un animal craintif et obéissant.

Trouvait-on un esclave hors de la plantation sans une passe donnée par le maître , c'était un devoir de

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l'arrêter, et de le châtier sur place -, s'il résistait, il était permis de le tuer. La loi est la même aujourd'hui, la raison de cette rigueur est toute simple ; le nègre marron est l'ennemi commun'.

Au reçu de toute plainte portée contre un esclave , depuis le vol d'un poulet jusqu'à la révolte et au meurtre, tout juge de paix avait droit d'arrêter aussitôt l'accusé, et de le traduire devant un jury composé de quelques propriétaires du voisinage. C'est à ce tribunal, composé d'ennemis naturels , * que la loi remettait la vie de l'esclave ; il suffisait de la simple majorité pour prononcer la peine de mort. Toute punition moindre était laissée à l'arbitraire du jury; à lui d'en fixer la forme et la durée. C'est également ce tribunal qui, en cas de mort , déterminait le genre du supplice et faisait aussitôt procéder à l'exécution, à la seule condition d'indemniser le propriétaire aux dépens du public.

Telle est la procéJlure sommaire qui encore aujourd'hui met l'esclave entre les mains de ses bourreaux. C'est ainsi que ceè républicains, si jaloux de leur liberté et si fiers de leur jury, protègent la vie d'un homme et d'un chrétien, coupable, il est vrai, de la couleur de sa peau.

Après avoir puni la révolte , il fallait aussi prévenir et frapper le plus étrange des crimes, la fuite, c'est-àdire le vol que l'esclave fait de sa propre personne, en reprenant cette liberté que Dieu lui a donnée, et que les hommes lui ont ravie. La mort pour l'esclave qui

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