BMwrofl, ill
querelles religieuses, un obstacle nouveau qui gènft longtemps son développement. Après la révolution de 1688, l'Église anglicane, en minorité dans une province qui avait été peuplée par des dissidents de toute nation, voulut cependant imposer son autorité. Secondée par lord Granville , qui à cette époque était lord palatin, elle parvint à faire nommer une assemblée toute à sa dévotion , en établissant que désormais ks députés prêteraient le serment d'adhésion à TÉglise établie. C'était exclure de la représentation la majorité même de la colonie.
Repoussés par les propriétaires, les dissidents trouvèrent un défenseur dans lord Somers, qui porta leurs plaintes à la chambre des lords. En vain les propriétaires réclamèrent; la chambre déclara que les actes dont se plaignaient les coloùs n'étaient point autorisés parla charte. Sur l'adresse qu'on lui présenta, la reine | Anne, qui cependant n'avait point de veto sur les lords de la colonie, proclama, de l'avis des avocats de la couronne, que ces actes étaient nuls, et même qu'il fallait examiner si les propriétaires n'avaient pas forfait leui» droits (1707).
De son côté, l'assemblée coloniale annula ces actes malencontreux , et rétabUt la tolérance , tout en main- j tenant la supériorité et les avantages de l'Église établie; .: mais il n'en resta pas moins dans la plantation un levain d'irritation qui allait bientôt fermenter.
De là des dissentiments sans nombre , une agitation toujours croissante , et enfin une révolte de la (^ooie, mais une révolte d*uii caractère tout particulier, et qui
montre chez ce peuple, vraiment né pour se gouverner lui-même, ce bon sens, cette modération, cet esprit d'ordre qui sont les conditions premières de la liberté.
En 1719, le district du Sud, lassé de l'autorité des propriétaires, résolut de s'en délivrer. 11 y avait alors pour gouverneur un homme de mérite et justement populaire, Robert Johnson. L'assemblée, se formant en convention, rejeta un gouvernement oppressif et arbitraire ; elle déclara que la charte était forfaite ; mais aussilAt on témoigna à Johnson le désir qu'on avait de le conserver pour gouverneur, s'il voulait ne reconnaître d'autre supérieur que le roi.
Johnson refusa, et fut remplacé par un gouverneur que nomma L'assemblée. En même temps on dépêcha des agents en Angleterre pour soutenir, auprès du roi, les droits du peuple. La colonie trouva dans le ministère les dispositions les plus favorables. Depuis que la maison de Hanovre était montée sur le trône, et que la suprématie du parlement n'était plus contestée , il y avait à Londres un désir constant de détruire ces chartes coloniales qui gênaient le plein exercice de. l'autorité métropolitaine. Les discordes survenues entre les propriétaires et les planteurs de la Caroline étaient une excellente occasion pour se mêler des affaires de la province; aussi les prétentions des colons furent-elles accueillies avec une faveur qu'elles n'eussent pas rencontrée en d'autres moments. Dès l'année 1721 on envoya au nom du roi un gouverneur, qui fut reçu dans la colonie avec les plus vives acclamations.
;nO HISTOIRE DE LA FONDATION DES ÉTATS-UNIS.
Sans autorité dans leur domaine , et abandonnés par la jalousie du gouvernement, sept des concessionnaires vendirent à la couronne tous leurs droits pour la somme de 17,S00 livres sterling» et 8,000 livres en sus pour les quitrent échus; un seul, lord Carteret, en cédant ses droi;s de souverain, se réserva sa part de propriété qui lui fut assignée dans le nord de la Caroline. C'est ainsi que la patente fut abrogée en 1728, et le gouvernement conféré, aux acclamations de la colonie, à Robert Johnson , qui s'était montré si loyalement dévoué à la cause des propriétaires, et qui fut reçu, dit un contemporain , comme Cicéron au retour de son exil. La Caroline devint province royale, et, en 1732, fut officiellement partagée en deux États pour la commodité du gouvernement et des habitants.
Ce changement d'administration fut des plus favorables à la colonie, dont les progrès avaient été retardés par toutes ces querelles politiques et religieuses. Sous le règne des propriétaires , on, n'y comptait que quatorze mille âmes, quoiqu'il y fût venu d'Europe un nombre d'émigrants bien plus considérable. De 1728 à 1790, le nombre s'accrut jusqu'à six cent quarante mille habitants.
Vous connaissez le régime des provinces royales. Un gouverneur, un conseil^ nommés tous deux par la couronne, et une assemblée choisie par les planteurs, telles étaient les trois branches dont se composait la législature. Le gouverneur convoquait, prorogeait, oissolvait rassemblée, avait un veto sur les lois, et exerçait le pouvoir exécutif avec l'assistance du cou*
r£flexiohs sua l'esglài^age. 37 i
6eil.Il avait aussi une part de l'autorité judiciaire , et ' nommait les magistrats et les officiers des milices. Toutes les lois étaient soumises à Tapprobation du roi, mais elles restaient en vigueur jusqu'à ce qu'il en eût ordonné la révocation. C'était en somme un régime semblable à celui de la métropole ^ , Mais ce qui ne fut point emprunté de l'Angleterre , ce qui est resté dans la Caroline , et surtout dans la Caroline du Sud , comme une tache ineffaçable , c'est l'esclavage et sa triste législation.
Dès le début de l'entreprise sir John Yeamans, qui fut le premier planteur et le premier gouverneur du ' district de Clarendon, noyau de la Caroline du Sud, arriva des Barbades avec ses noirs. Ainsi l'institution de l'esclavage est de même data que le premier établissement. Des treize colonies, la Caroline du Sud est la seule qui, dans l'origine, ait été fondée par la culture servile. Dans le Maryland, dans la Virginie, l'usage d'employer des engagés prévalut longtemps, et la classe des travailleurs blancs y fut toujours nombreuse, car nul climat n'est plus favorable^ à l'ouvrier anglo- - saxon que celui de ces beaux pays.
Tout ail contraire on remarqua de bonne heure que l'air chaud et humide de la Caroline du âud convenait au nègre; il y vivait et s'y multipliait rapidement , tandis que la fièvre emportait l'ouvrier blanc ; aussi dès le premier jour l'ambition de l'émigrant fut d'acheter des noirs, sans lesquels^ dit un contempo-