‹ Histoire des États-UnisChapitre 116 sur 119 · RÉFLEXIOKS DE JOHN ADAMS · texte numérisé non relu

RÉFLEXIOKS DE JOHN ADAMS

Lm gazelles el Joumsui élrangsra ont annoncé aa monda entier que les Elala-Unls d'Amérique a'ëlalent adreBsé» à M. l'abbé de MaWy aân de lui demander eesB*te el see Bi>courB pour la rormalion d'an code deloU. Ei(-il beioin de dire qne n'est lï un de ces mensonges comme la postérité en trouiera, de boa comple, quelques millions d'imprlnét sur les alTairei aDifricaines, H. l'abbâ de Mably lul-rnSme a dil, duu ses Obaenialioitj, que j'avais exprimé le désir de connailre son opinion. Cfll^ est irai, mais il faut eonnatlre la forme do celte demande, aOn que ceux qui attachent à cela quelque imporlance comprennenl m quel sens elle fut faite. A mon arrliée à Paris, en oclobre 17Si, ï J'occoslon de la paix, le litre de H. l'abbé de Hablj, Sur la manitrt d'écrire l'hiiloire, me tomba dans les mains, A la Gn de cet ouvrage U déclare qu'il a l'Intention d'Écrire l'Iilstoire de la nivotution américaine. Ayant rencontré bicnlAl après l'abbé à dîner chei H. de Chfllut le fermier général, mes amis, les abbés de Chalut et Arnowe >, qui élalent de la partie, m'apprirent que leur ami se proposait d'écrire l'histoire de la réTolution américaine, et me serait fort obligé si Je lui communiquais les faits ou les pièces qui iraient à ma diapoeltlon. On demanda ï M. de Mably quelle partie de la réiolulton 11 se proposât d'écrire t — Toute la révolution. — Quels matériaux U avail recuellIliT — II présumait que les papiers publics et qnelques communications lui fourniraient des renseignements aulDaanls. J'opposai il cela quelque! dilScullés, et la convertatlou s'engagea. Comme on parlait en français, et qu'il se trouvait certaines ohoses que peut-ËIre je ne comprenait pai parfaitement, ces messieurs m'invilèrenl ï la un à écrire mes idéessur ce sujet. J'écrivis donc peu de jours après & M. l'abbé de Mably U lettre suivante, qu'un ami traduisit eu français. Vous lerrei par celte lettre que la demande faite à M, de MabI; d'écrire sur les alTaIres d'A* mérlque n'était qu'une simple politesse, et bien moins une invllallon formelle que le regret de le voir s'eiposer, en entreprenant une histoire il laquelle 11 n'était pas préparé.

Nous serons tans doute fort obligé k quiconque en Europe alignera nous faire pari de ses idées; mais en généial h théorie des gouïernemenls l'sI aussi bien entendue en Amérique qu'un Europe, el U l'J trouve un grand nombre d'Individus qui comprennent toutes les conditions d'un gouveraeinent libre iuQaiment mieux que l'abbé de

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Mably oa M. Torgot, quels qae soient d'ailleurs ramaMlité, U sdeimi et l'esprit de ces messieurs.

t A M. L'ÂBBÉ DE MABLY.

« C'est avec plaisir que j'ai appris votre dessein d'éerire sur la rtfvolution américaine^ parce que vos autres écrits, qui sont beaucoup admirés des Américains, contiennent . des principes de législation, de politique et de négociation qui sont parfaitement analogues aux leurs; de sorte que vous ne pourrez guère écrire sur ce sujet sans produire un ouvrage qui servira à Tinstruction du public, et surtout à celle de mes concitoyens. Mais j'espère que vous ne m'accuserez pas de présomption, d'affectation ou de singularité, si je hasarde de vous dire que je suis d'opinion qu'il est encore trop tôt pour entreprendre une histoire complète de ce grand événement, et qu'il n'y a personne, ni en Europe, ni en Amérique, qui, jusqu'à présent, soit en état de Is faire, et qui ait les matériaux requis ou nécessaires pour cela.

« Pour entreprendre un tel ouvrage, un écrivain devrait diviser l'histoire de l'Amérique en plusieurs périodes :

c t^ Depuis le premier établissement des colonies, en 1600, jus* qu'au commenceaient de leurs brouilleries avec la Grande-Bretagne, enlTCl;

c 2*^ Depuis ce commencement (occasionné par un ordre du barBBO de Commerce et des Plantations dans la Grande-Bretagne, donné aux officiers de la douane en Amérique , de faire exécuter d'une manière plus rigoureuse les actes du commerce, et d'avoir recours aux cours de justice pour avoir des décrets d'assistance à cette fin) jusqu'au commencement des hostilités^ le 19 avril 1775. Pendant cette période de quatorze ans, il n'y eut qu'une guerre de plume ;

« 30 Depuis la bataille de Lexington jusqu'à la signature du traité avec la France, le 6 février 1778. Durant cette période de trois ans, la guerre se fit uniquement entre la Grande-Bretagne et les Ëtats- Unis ;

« 40 Depuis le traité avec la France jusqu'aux hostilités avec la Grande-Bretagne et la France premièrement ; puis avec TEspagne ensuite, jusqu'au développement de la neutralité armée et à la guem contre la Hollande. Enûn , toutes ces scènes trouvent leur dénoûment dans les négociations de la paix.

tt Sans une connaissance distincte de l'histoire des colonies dans li première période, un écrivain se trouvera toujours embarrassé, depuis le commencement de son ouvrage jusqu'à la fin, pour rendre compte des événements et des caractères qui se présenteront à décrire à chaque

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ptï^f à mesure qu'il avance vers la seconde, la troisième et la quatrième péilode. Pour acquérir une connaissance suffisante de ia première période, il faudrait lire toutes les cliartes accordées aux colonies, et les Commissions et Instructions données aux gouverneurs, tous les Codes de iois des différentes colonies (et treize volumes in-folio de statuts secs et rebutants qui ne se lisent guère avec plaisir ni en peu de temps), tous les registres de la législature des différentes colonies, que l'on ne trou* ' vera qu'en manuscrit et en voyageant en personne, depuis New-Hampshire jusqu'à la Géorgie ; les registres des Bureaux de commerce et des plantations dans la Grande-Bretagne, depuis leur institution jusqu'à leur dissolution, comme aussi les papiers des bureaux de quelques-unes des secrétaireries d'État,

« 11 y a une autre branche de lecture dont l'on ne saurait se dispenser, quand l'on pourrait se passer des autres. Je parle de ces écrits qui ont paru en Amérique de temps à autre ; je ne prétends cependant ]jas, dans la place où je suis, éloigné de tous les livres et écrits, en faire une exacte énumération. — Les écrits des anciens gouverneur» Winthrop et Winslow, du docteur Mather, M, Prince; Neal, Histoire de la Nouvelle-Angleterre; Douglas, Sommaire sur les premières plantations; V Amélioration progressive des terres et V état présent des colonies hritanniques ; Hutchinson, Histoire de Massachusetts-Bay ; Smith ^ His» loire de New-York; Smith, Histoire de New- Jersey; les ouvrages de William Penn; DummerSy Défense des chartes de la Nouvelle-Angleterre, l'Histoire de Virginie, et plusieurs autres; tout cela était antérieur à la dispute présente, qui commença en 1761.

« Durant la seconde période, les écrits sont plus nombreux et plus difficiles à se procurer; il fut alors donné au public des ouvrages de grande importance : dans les débats entre ceux qui furent acteurs dans cette scène en qualité d'écrivains, il en est qui méritent d'être distingués. On compte parmi eux les gouverneurs du roi Pownal, Bernard, Hutchinson; le lieutenant gouverneur Oliver; M, Sewal, juge d'amirauté pour Halifax; Jonathan Mayhew, D, D. James Otis, Oxenbridge, Thatcher, Samuel Adams, Josiah Quincy, Joseph Warren; et peut-être les suivants n'ont pas été moins importants qu'aucun des autres, savoir: les écrits de M. Dickinson, de M. Wilson et du docteur Rush , de Philadelphie; de M. Livingston et de M. Dougal, de New-York; du colonel Bland et û* Arthur Lee, de Virginie, et de plusieurs autres ; les registres de la ville de Bps ton, et particulièrement d*un comité de correspondance ; du bureau des commissions de la douane ; de la chambre des représentants et du bureau du conseil de Massachusetts-Bay ; en outre, les gazettes de la ville de Boston dans les derniers temps, pour ne pas dire celles de New-York et de Philadelphie, doivent être ramassées et examinées depuis l'an 1760. Tout cela est nécessaire pour écrire avee

précision et en détail l'iiistoire des débats avant que les hostilitéi eussent commencé, compris la période de l'année 1761 jusqu'ta 19 avril 1775.

c Durant les troisième et quatrième périodes, les registres, pamphlets et gazettes des Treize-États doivent être recueillis, ainsi que les journaux du Congrès [dont cependant une pariie est encore secrète), et la collection des nouvelles constitutions des divers États, le Remembrancer et le Registre annuel, papiers périodiques publiés en Angleterre ; les affaires de V Angleterre et de l'Amérique, et le Mercure de France, publié à Paris, et le Politique Hollandais, imprimé à AmsteN dam, toute la suite de \sl correspondance du général Washington axecU Congrès, depuis le mois de juillet 1775 jusqu'à ce jour, qui n'a pas encore été publiée, et qui ne le sera pas non plus jusqu'à ce que le Congrès l'ait ordonné ou permis; et permettez-moi de vous dire qn'i moins que cette vaste source soit ouverte^ il ne sera guère possible à personne d'entreprendre une histoire de la guerre américaine. Il eit encore d'autres écrits d'importance dans les bureaux du comité secret, dans le comité du commerce^ dans le comité des affaires étrangères, dans le comité de la trésorerie^ dans le comité de la marine, dans le bureau de la guerre (autant qu'il subsiste) et du département de la guerre, de la marine, des finances et des affaires étrangères, depoii leur institution. Il y a aussi des lettres des ministres américains a France, Espagne, Hollande, et d'autres parties de l'Europe.

« La plupart des documents et matériaux étant encore secrets, e'esl une démarche prématurée que d'entreprendre une histoire générale de la révolution américaine ; mais l'on ne saurait mettre trop d'aetivité et de soins à faire la collection des matériaux. Il existe cependant, à la vérité, déjà deux ou trois histoires générales de la guerre et révélation américaines, publiées à Londres, et deux ou trois autres publiées à Paris; celles en langue anglaise ne sont que des matériaux informes et confus sans discernement, et toutes ces histoires, soit en anglais, soit en français, ne sont autre chose que des monuments de rignoranee complète de leurs auteurs sur ce sujet.

u 11 faudrait la vie entière et la plus longue, à commencer dès l'âge de vingt ans, pour assembler de toutes les nations et de toutes les parties du monde dans lesquelles ils sont déposés, les documents propres à former une histoire complète de la guerre américaine; parce qui c'est proprement l'histoire du genre humain dans toute cette époqiM. Il faut y réunir l'histoire de France, d'Espagne, de Hollande, d'Angle terre et des Puissances neutres, aussi bien que de l'Amérique. Les matériaux en devraient être assemblés de toutes ces nations, et les docoments les plus importants de tous, aussi bien que les caractères dsi

acleurs et les resiorts eecrela des actions, sont eDcore recSMt dans lei Cabiaels si en chiffres.

• Soit que TOUS, monsieur, entreprenlei de ilonnEr une hialotro générale ou Blmplemenl dea remarques et otiBertalioDa lefflblsblea fi cetlea que TOUS aiei données sur les Grecs ei tes Bomains, vouepraduireiun ouvrage exIrfimemeDt inléreeeanl el instructir pour la morale, la politique, la lâgtslation, et Je me Teraîa ud hanoear et un plslelr de vous fournir tona les petlls secours qui seront en mon pouvoir pour !a facl- Ulé de ros rechercbei. Il m'est Impossible de toos dire al le goutemement de ce pays souhaiterait de voir quelque onirage prorondimenl écrit, et par un auleur d'une grande célébrité, en langue française. Il est qneslion d'exposer des principe» de gouvernemenl si dillérenla de ce qu'on trouve en Europe, surtout en France, qu'on ne verrait peul- Ëtre pas une entreprise pareille d'un oeil indilTérent; c'est cependant une choie dont je ne me croîs paa le juge compétent.

D Permellei, monsieur, que je Dnidse cette lettre en vous donnanl une clef pour toute cette liistoire. Il y a une analogie générale dans les gouvernemenlsel les cararlires de tous les Treiie-Ëlals; mais ee ne futquB lorsque lasdébats cl la guerre commencËrcnl en Haseacbuseltt- Baj, la principale province delà Nouvelle -Angleterre, que les Iiialltiillons primitives Oront leur premier effet. Quatre de cea inslitulioDS devr^ent être blea éludiéea et amplement eiamlnées par quiconque voudrait écrire avec conn^sance de cause sur ce si^jet j car elles ont produit un effet décisif, non -seulement dans les premières déterminations des débals, dans les conseils publics, et les premières résolutïous do résister par les armes, mais aussi par l'IoQuenee qu'elles eurent sur les esprits des autres colonisa , en leur donnant l'exemple d'adopter plus ou cnoini les mêmes InstitutioDi et des mesures semblables,

• Les quatre Institutions mentionnées sont > 1 1° Les villes ou districts';

u B" Leségllaea;

0 3° Les écoles;

B A' La milice.

u 1° Les villes sont de eerlaioes étendues de pays , ou districts de territoire, dans leaquelBétalent divisés le Uassachusetla-Bay, le Connsellcul, le New-Hanipshire et le Hhode-lsland. Chaque ville contient, l'une dans l'autre, sii milles ou deux lieues carrées. Les habitants qui vivent dans ces limites doivent former, en vertu de la loi, des corporations ou corps politiques, et sont Investis de certains pouvoirs el privilèges i comme, par exempl réparer les grands chemins, d'enlre-

.' Ce lopi 'es Toicitshipi na'i

as déiigae par ri

tenir les pauvres, de choisir les élas*, les consfables, les eolleetears des taxes et d'autres officiers^ et surtout leurs représentants dans la législature ; comme aussi du droit de s'assembler^ toutes les fois qu'ils pnnt avertis par leurs élus, dans les assemblées de villes, aûn de délibérer sur les affaires publiques de la ville, ou de donner des instructions à leurs représentants. Les conséquences de cette institution ont été que, tous les habitants ayant acquis dès leur enfance une habitude de discuter, de délibérer et déjuger des affaires publiques, ç*a été dans cette étendue de villes ou districts que les sentiments du peuple se sont formés premièrement, et que leurs résolutions ont été prises depuis le eommencement Jusqu'à la fin des débats et de la guerre.

<f 2* Les églises sont des sociétés- religieuses qui comprennent le peuple entier. Chaque district contient une paroisse r:! une église. La plupart n'en ont qu'une, et quelques-uns en ont plusieurs. Chaque paroisse a une maison d'assemblée et un ministre entretenu à ses propres dépens. Les constitutions des églises sont extrêmement populaires, et le clergé a peu d'influence ou d'autorité, à l'exception de celles que leur propre piété, leur vertu, leurs lumières leur donnent naturellement, lis sont choisis par le peuple de leur paroisse et reçoivent leur ordination du clergé voisin. Ils sont tous mariés, ont des familles et vivent avec leurs paroissiens dans nne parfaite amitié et intimité. Ili vont voir les malades, exercent la charité envers les pauvres, assistent à tous les mariages et enterrements , et prêchent deux fois chaque dimanche; le moindre reproche fait à leur caractère moral leur fait perJre leur influence et leur nuirait à jamais. De sorte que ce sont des hommes sages, vertueux et pieux. Leurs sentiments sont en général adaptés à ceu}^ du peuple, et ils sont amis jaloux de la liberté.

a 3° Il y a des écoles dans chaque ville; elles sont établies par une loi expresse de la colonie ; chaque ville consistant en soixante familles est obligée, sous peine d'amende, de maintenir constamment une école et un maître qui enseigne à lire, à écrire, l'arithmétique et les principes des langues latine et grecque. Tous les enfants des habitants, ceux des riches comme des pauvres, ont le droit d'aller dans cette école publique. On y forme les étudiants pour les collèges de Cambridge, de New-Haven, de Warwich et de Darthmouth, et dans ces collèges on élève des maîtres pour ces écoles, des ministres pour l'église, des docteurs en droit et en médecine, et des magistnts et officiers pour le gouvernement du pays.

« 4° La milice comprend tout le peuple. En vertu des lois du pays, chaque habitant mâle entre seize et soixante ans est enrôlé dans une compagnie et régiment de milice complètement poorvu de tous sei

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