‹ Histoire des États-UnisChapitre 13 sur 119 · Voy. '*nistoire de la Constitution, Wlll^ leçon · texte numérisé non relu

Voy. '*nistoire de la Constitution, Wlll^ leçon

'États-Unis, une pareille pensée est loin de moi. On ne prend à un pays ni ses mœurs, ni ses institutions ; les unes sont la conséquence des autres, et ce qui con* vient à T Amérique peut être nuisible à la France. Mais, d'un autre côté, ne rejetons pas l'expérience parce qu'elle n'a point été acquise sur notre sol; sachons distinguer le particulier du général, ce qui est de l'essence d'un gouvernement libre de ce qui est purement américain; en deux mots, ne copions pas la constitua tion des États-Unis, mais profitons des leçons qu'elle renferme, et, tout en restant Français, ne rougissons pas de suivre les exemples et d'écouter les conseils qu'a donnés un Washington!

Ainsi, comprenez-le bien, ce que je veux vous faire connaître, ce n'est point lë mécanisme de quelques ressorts politiques , mécanisme qui change d'effets en changeant de pays, et amène souvent des résultats tout opposés à* ceux qu'on en attendait, comme fit la charte de 1814 au grand étonnement de ses auteurs; ce que je vous propose pour exemple, c'est l'esprit qui a produit les institutions américaines, c'est Tidée qui les a inspirées ; car cette idée, elle est vôtre dès que vous en sentez l'utilité ; car cet esprit est à vous dès que vous en comprenez la puissance; et peu importe- ensuite la façon dont cette idée s'incorpore dans nos lois ; ce n'est plus qu'un détail d'exécution sans grande valeur. Ce ne sont pas les formes d'une constitution qui donnent ou conservent la liberté, c'est l'esprit qui l'anime et qu'elle communique au pays.

Ce que je voudrais encore vous faire comçïe,\wlt^ ^

c'est comment les Américains, qui ont hérité du sens pratique de leurs aïeux, ont rendu leur constitution d'une exécution facile, en renfermant la question politique dans ses justes limites, en ne demandant à la constitution que ce qu'une constitution peut donner.

En France, nous réduisons tous les besoins de la société en problèmes politiques. Socialistes ou non, nous nous ressemblons tous en ce point, que nous demandons à l'État, aux chartes, une solution qu'aucun gouvernement, aucune charte ne peuvent donner. Mais nous aurons beau entasser la république sur la monarchie et le socialisme sur la république , nous n'arriverons jamais qu'à un avortement. Les institutions politiques ne sont qu'une part de la vie sociale , une forme, un moyen pour assurer le libre* développement des individus, la satisfaction légitime des besoins généraux. Mais l'État n'est pas la société; il n'est ni la religion , ni la morale , ni l'éducation , ni l'industrie , ni le commerce; son rôle est d'assurer le libre jeu de ces sphères diverses, et non pas de les faire marcher à son profit. Pour peu qu'il entre trop avant dans cette organisation délicate , il empêche , il gêne , il détruit ce qu'il croit protéger. C'est ce que les Américains ont senti ; ils ont réduit le gouvernement à sa plus simple expression , ils l'ont débarrassé de tout ce qui lui est étranger, et ils ont ainsi tranché une difficulté que ne résoudront jamais les divisions de pouvoir, quelque ingénieuses qu'on les suppose; car elles seront toujours à côté de la question.

Marche en avant (go ahead) ! ne f attends qv!à toi

CONSTITUTION AMÉRICAINE, tTILlTÉ DE SON ^TUDE. 25

seul (help yourself)! telle est la devise de l'Américain; cette devise explique sa vie politique non moins que sa vie privée. En ne demandant à l'État que ce qu'on en peut attendre, en empêchant son intervention là où elle est inutile ou dangereuse , on rend le gouvernement acceptable, facile et bienfaisant ; ce problème compliqué, dont nous poursuivons en vain le secret, oiule résout eh le simplifiant.

C'est ainsi que la constitution américaine n'est pas moins remarquable, parce qu'elle refuse aux pouvoirs politiques que parce qu'elle leur accorde; c'est pour cela qu'il en faut étudier non pas les formes, mais l'esprit, étude plus difficile sans doute, mais riche en résultats ; sujet précieux d'instruction quand on le féconde par la comparaison.

Cette étude, ces comparaisons, Messieurs, je les accepte sans me faire illusion sur les dangers d'un enseignement qui entre dans le vif de la politique. En des temps plus calmes, je considérerais comme un devoir de détourner vos yeux des débats du jour et des querelles stériles de quelques ambitieux. L'enseignement supérieur est fait pour élever la pensée vers ces régions sereines oi!i n'atteignent point les passions du moment» J'aurais donc voulu qu'il me fût permis de vous conduire à la source inépuisable et pure de l'antiquité, de vous faire connaître cette Rome qui sera toujours pour la jurisprudence ce que la Grèce est pour les beauxarts, l'éternel modèle, l'éternel idéal; j'aurais été heureux de vous faire descendre dans cette mine du moyen &ge, si curieuse, si variée, si riche ; mais aujourd'hui

quand la France inquiète appelle à son aide toutes les lumières, tous les dévouements, quand ce sont les principes mêmes de Tordre social qui sont en jeu, je n'ai pas le choix du sujet; il est de mon devoir d'appeler toute votre attention sur des questions qui contiennent la fortune même de la patrie.

Dans une position pareille, vous et moi, nous ne pouvons avoir qu'un but, la vérité. Je vous parlerai donc comme un homme qui ne s'adresse qu'à votre raison, qui a une confiance absolue dans votre impartialité, et qui croit qu'on peut compter sur la sienne; Xè sais combien il est difficile que l'esprit reste tout à fait impartial en un pareil sujet ; mais , demeuré toute ma vie étranger aux partis par caractère et par conviction, alors même que cette indépendance n'était pas pour moi un devoir, j'ose an moins vous promettre d'apporter ici un désintéressement complet des passions du jour.

D'ailleurs, mes erreurs mêmes sont limitées dans un cUamp trop étroit pour être dangereuses; c'est dans la comparaison seule des institutions américaines et des nôtres que je puis me tromper, et sur ce point, il Vous sera toujours aisé de redressa mes jugements. Quant à Tesprif dé là constitution américaine , nous avons assez de documents et de mémoires, pour que toute méprise soit impossible. J'ai recueilli, autant que je l'ai pu, les pièces de ce grand événement; j'essayerai de rétablir la scène, de faire revivre devant vous ces nobles et sereines figures; je conserverai leurs opinions, et, autant que je le pourrai, leurs paroles, trop heureux de

GONSTITCTION ÂHEHIGAINE, UTILITE DE SON ETUDE. 27

in^e£Pâcer derrière ces noms yénérés , et de laisser aux leçons qu'ils nous donnent la sanction et Tautorité de leur langage.

Ainsi , Messieurs , vous jugerez du système américain par vous-mêmes, en pleine connaissance de cause, après avoir entendu les partis opposés, et sans que je prétende en rien vous imposer, même indirectement, mon opinion. Mon rôle est celui de rapporteur; je n'ai qu'une ambition, celle de vous instruire en vous forçant à réfléchir sur un sujet qui nous intéresse tous, et de mériter ainsi la plus précieuse récompense de mes soins et de mes travaux, votre estime, et plus encore peut-être, votre amitié.

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