DIVISION DU COURS
sont envisagés aux États-Unis d'un tout autre point de vue que le nôtre; et les résultats, il faut l'avouer, sont en faveur du nouveau monde, bien plus que de l'ancien.
Il y a donc là, pour qui veut s'instruire, une mine inépuisable d'études et de comparaisons.
Quant à l'utilité présente d'un semblable enseignement, elle saute aux yeux. Pour nous, qui depuis soixante ans avons changé dix fois de gouvernement et toujours sans succès, quelle leçon vaudrait celle que nous donne une constitution qui a fermé en Amérique l'ère des révolutions au moment même où elle s'ouvrait chez nous? Ces problèmes que nous soulevons depuis 1789 et qui, comme le rocher de Sisyphe, retombent toujours sur nos têtes, ces problèmes, les Américains les ont depuis longtemps résolus. On ne discute plus sur l'organisation du pouvoir législatif, sur l'indépendance et l'unité du pouvoir exécutif , sur le respect dû à la constitution, sur les conditions du droit de suffrage, sur l'uniformité des circonscriptions électorales 5 on s'occupe incessamment d'améliorations matérielles et intellectuelles qui nous étonnent par leur grandeur. Personne ne rêve de détruire la machine politique pour la reconstruire sur un nouveau plan qui ne vaudra pas mieux que l'ancien; cette machine, on la fait produire. En peu de mots, tandis que nous sommes comme un malade qui se retourne sur son lit de douleurs sans trouver le repos, et qui essaye de tous les remèdes sans que le changement fasse autre chose qu'aigrir sa souffrance^ l'Amérique jouit de son gouN^m^m^sa^»'! ^^^sssûa
un homme bien portant jouit de la santé et de la vie, elle en use au lieu d'y songer.
Que n'en sommes-nous là? le problème serait résolu et la France tranquille. Le but suprême de la politique, nous l'oublions toujours, ce n'est pas de changer la nature humaine, de poursuivre des chimères ou de fatiguer l'esprit et l'activité d'un peuple par ces débats constitutionnels aussi ridicules et aussi stériles que les querelles théologiques du Bas-Empire, c'est de donner à chaque citoyen le libre usage de ses forces, parce que ce libre usage est pour l'individu comme pour l'État la condition du bien-être et du progrès. Voilà ce que les Américains ont senti : ils n'ont demandé à l'État que ce que les formes politiques peuvent donner, une sérieuse garantie de la liberté. Rien de plus, rien de moins. Cette liberté, ils l'ont obtenue plus complète qu'aucun des peuples anciens et modernes ; c'est là ce qui rend si instructive l'étude de leurs institutions.
Cette importance, cette utilité reconnues, le principal objet de notre enseignement est donc de vous faire connaître, par une analyse fidèle, et dans son entier, la constitution des États-Unis, en y rattachant, par leurs ressemblances et leurs différences, les chartes des États particuliers. Mon but est de vous faire apprécier l'esprit de ces institutions, qui ont exercé, qui exercent encore une action si puissante sur les destinées de T Amérique, qui dès leur naissance ont ébranlé l'Europe, comme on en peut juger par Thisloire de notre révolulion, et qui aujoud'hui nous touchent d'autant plus gue les deux civilisatioas se ressemblent davantage et