‹ Histoire des États-UnisChapitre 16 sur 119 · DIVISION DU COURS · texte numérisé non relu

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que la démocratie a pris pleine possession de la société française et sans retour.

Mais, vous ne l'ignorez pas, on ne peut comprendre et juger une constitution sans connaître les idées, les mœurs, le génie du peuple qui Ta faite, en d'autres termes, ians connaître l'histoire de ce peuple. Nous ne sommes plus au teinps où Ton s'imaginait qu'une constitution sort de la tête d'un homme, comme la Minerve s'élançant tout armée du cerveau de Jupiter, au temps où Thomas Paine prétendait qu'une constitution n'existait pas tant qu'on ne pouvait la mettre dans sa poche.

Ces constitutions de papier ne durent guère, nous en avons fait la rude expérience. Poi^ir qu'une charte soit viable, il faut que le gouvernement qu'elle établit réponde aux idées, aux besoins, aux préjugés mêmes de la nation; son mérite n'est point absolu, mais relatif. Les lois les plus parfaites pour Athènes, disait Selon, sont celles qu'Athènes peut supporter ; et, si je ne craignais l'apparence du paradoxe, je dirais qu'une* constitution est d'autant meilleure qu'elle est plus nationale, c'est-à-dire qu'elle convient plus exclusivement au peuple qui vit sous son empire ; en d'autres termes, la plus parfaite est celle qui, dans son ensemble, serait déplacée dans un autre pays.

La constitution de TAngleterre est profondément anglaise. C'est la loi non écrite d'un peuple qui chérit la tradition, et qui, alors même qu'il poursuit une réforme, se tourne avec confiance vers le passé et deauuodedes leçons à l'histoire plutôt qu'èi k^^bSio^^^^^

elle résume toute la vie de la nation. Transportée sur le continent, c'est un arbre détaché du sol natal et qui, malgré sa sève originaire, dans un terrain et sous un climat étrangers, donne des fruits avortés, se dessèche et meurt.

Il en est de même de la constitution américaine. Son esprit est plus général que celui de la loi anglaise, et se prête mieux à l'emprunt et à l'imitation; elle est plus près de nous, comme la société américaine est plus près de notre société démocratique que ne peut Fôtre l'aristocratique Angleterre; mais néanmoins c'est un fruit du génie américain, et ce serait s'exposer aux plus étranges méprises que de la juger ou de rimiter avant d'en connaître l'histoire et la généalogie.

Il nous faut donc étudier sommairement la situation politique des différents États de l'Union en 1789, an moment où ils adoptèrent la constitution fédéralej

Ceci nous mène naturellement à placer avant Tezposé de la constitution l'histoire de la révolution de 1776. Il nous faut connaître quelles épreuves traversa la confédération jusqu'au jour où la faiblesse du gouvernement en vint à mettre le pays en péril, où, l'excès du mal amenant enfin le remède, les États abdiquèrent une indépendance illimitée pour accepter les institutions modératrices auxquelles TAmérique doit sa grandeur et sa prospérité.

Il y a, du reste, une leçon sérieuse pour nous dans l'histoire de la révolution et dans les essais tentés par l'Amérique pour asseoir son gouvernement sur des hases durables ; nous y verrons au vif les difficultés

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inséparables d'un établissement nouveau ^ ce qu'il a fallu de prudence et d'énergie, de patience et de résolution pour fonder ce grand édifice. Cette histoire sera comme un miroir dans lequel nous pourrons nous reconnaître ; la comparaison des moyens qu'employèrent les législateurs américains pour fermer la révolution, et de ceux auxquels nous avons eu recours en France, ne sera pas la partie la moins curieuse ni la moins utile de nos études.

Mais nous ne pouvons même pas en rester là, et je n'étonnerai point ceux qui sont familiers avec les études historiques en disant qu'il faudra remonter plus haut que la révolution de 1776, si nous voulons la comprendre.

Accepter cette révolution comme un accident qui n'aurait pas eu de raison d'être, comme une émeute fortuitement excitée par l'avidité fiscale du gouvernement anglais, et supposer qu'après la victoire les Américains, étonnés de posséder la liberté à laquelle rien ne les avait préparés, se seraient, comme des esclaves subitement affranchis, donné une constitution toute nouvelle, une œuvre d'art créée, improvisée par les politiques du moment, œuvre sans passé et sans racines, ce serait nous condamner par avance à ignorer l'esprit des institutions que nous voulons étudier.

Il suffit de connaître sommairement les causes de la révolution américaine pour toucher du doigt cette er-

reur ^

1. Gonf. Ed. Everétt» Oraftont and Speeches. Boston, 1850, 1. 1» p. 105.

Pourquoi s'est faite la révolution de 1776 ? Est-ce la TÎolence ou la tyrannie de TAngleterre qui l'a causée? Non; l'administration de la métropole n'était rien moins que despotique ; elle gênait sans doute le commerce et l'industrie des colonies par un faux système ; mais elle n'opprimait point les individus; la prospérité toujours croissante des plantations en était la preuve évidente.

La cause yéritable de la révolution fut que le peuple américain, maître de ses destinées en fait, voulut l'être tle droit, ou du moins ne voulut reconnaître à l'Angleterre qu'une suprématie nominale, et qui, s'y fût-elle résignée, n'aurait sans doute pas duré longtemps. La révolution se fit pour un principe, et ce principe, c'est une question de souveraineté. L'Angleterre prétendait que le parlement anglais, représentant l'empire britannique tout entier, avait droit de taxer les cdonies ; les Américains, au contraire, affirmaient que taxation et représentation sont deux termes inséparables ; que, les colonies n'étant pas représentées dans le parlement, 'Celui-ci ne pouvait disposer de leurs biens sous le nom d'impôt, et que, par conséquent, c'était aux seules assemblées coloniales qu'il appartenait de voter les taxes.

dette indication de la cause principale de la révolution vous montre combien ce peuple était avancé dans la pratique de la liberté, et combien il est nécessaire de connaître son histoire pour saisir le génie de sa législation.

Ainsi donc, il nous faut remonter à l'histoire des colonies depuis leur fondation, dans le dix-septième et le

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dix-huitième siècle, et suivre ce récit jusqu'au moment de la i^volution. Cette histoire ne sera pas très-longue, UQ iastant de réflexion nous en montrera l'utilité.

Quand on parle des États-Unis, on est bous l'empire d'une illusion concevable, mais contre laquelle il faut se mettre en garde. Ce nom d'Américain nous trompe par sa date récente; et, comme le pays est nouveaa, nous supposons aisément que les institutions sont nouvelles; c'est une grande erreur; il ne faut jamais oublier que ce sont les Anglais qui ont émigré en Amérique, laissant dans rUe natale le clergé et la noblesse , double débris des temps féodaux. Les institultoas de l'Amérique ont donc une raciue des plus profondes , une origine qui se perd dans la nuit de^^ temps. Elles datent non pas de 1776, mais de la grande charte du loi Jean ; ce soat les vieilles libertés de l'Angleterre, naturalisées sur un sol vierge, et qui, n'étant plus gênées parl'ombre de la féodalité, ont poussé avec une rare énergie. Les États-Unis sont un empire nouveau , mais c'est un peuple ancien; c'est une nation européenne, dont la cifilisation compte non par années, mais par siècles. Ce que nous nommons la jeunesse de la nation en est au contraire la virilité.

L'amour de la liberté n'est pas né subitemeoten 1770 sur le sol de la Yii^inie, les pellts-lils des puritains de la Nouvelle-Angleterre n'ont point inventé la démocratie. La démocratie , ils l'avaient appoirtée de la mère patrie ; et, avant que Locke eût écrit le Gouvernement âvii et Rousseau le Contrat social, les émigrants de Plymouth avaient ftmdé une vraie répul}Ucyi& î.a^i* t**

rude climat, où la liberté seule pouvait \ivre. Le gouyernement qu'ils avaient organisé pour leurs besoins était autrement démocratique que tout ce qu'imaginèrent les beaux esprits d'Angleterre. Nous en aurons ua curieux exemple quand nous parlerons de la Caroline, pour laquelle Locke écrivit une constitution. Nous verrons combien, en fait de politique, l'expérience est un maître sûr, et combien les planteurs de l'Amérique étaient en ce point supérieurs au philosophe dont ils admiraient le génie^ mais dont ils repoussaient les ingénieuses utopies ^

L'histoire poUtique des colonies sous la domination anglaise, histoire à peu près inconnue en France, mais qui ne sera pas sans intérêt, ne fût-ce que par sa nou» veauté, vous montrera à chaque pas combien la liberté est vieille en Amérique, combien ces principes, qui font la substance même de la constitution et que nous avons tant de peine à implanter en France, le gouvernement parlementaire, le vote de l'impôt, le jury*, la miUce, la liberté civile, religieuse, administrative, étaient depuis longtemps des privilèges incontestés^ des droits acquis, quand les fondateurs de l'Union, réunissant ces libertés, les déposèrent toutes ensemble dans Farche sainte de la constitution.

Au lendemain de la victoire il n'y eut rien de changé dans les institutions politiques; tout se réduisit à la création d'un pouvoir central qui réunit en faisceau les colonies, et de treize États indépendants fit une

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