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dès le début, malgré le zèle de ses deux chefs, sir John Popham, grand juge d'Angleterre, et sir Ferdinando Gorges, gouverneur de Plymouth, l'ami, le compagnon de Raleigh, deux hommes qui assurément eussent réussi, si la volonté seule faisait le succès.
Le premier vaisseau expédié par la compagnie fut pris parles Espagnols, qui s'attribuaient le monopole du nouvel hémisphère. En 1607^ on essaya d'un établissement à Sagahadoc (c'est aujourd'hui l'État du Maine); mais la rigueur du climat le fît abandonner, et pendant quelques années on se contenta de quelques expéditions de pêche au cap Cod * , ou de quelque misérable trafic d'huile et de pelleteries avec les naturels.
Mais en 1614, le capitaine Smith, dont ie nom nous est déjà connu par ses exploits en Virginie, et qui avait compris avec une rare çagacité et soutenu avec énergie que la colonisation de l'Amérique était la véritable por litique de l'Angleterre, le capitaine Smith équipa deux vaisseaux, en société avec quatre marchands de Londres. Il arriva sur la côte du Maine à la fin d'avril, et non content de trafiquer avec les Indiens, il reconnut la côte nord-est, depuis la rivière Penobscot jusqu'au cap Cod, et dressa la carte du pays, comme il avait fait pour la baie de la Cbesapeake.
Avec une exagération qu'on pardonne aux faiseurs de découvertes, et qui s'explique aussi par la beauté de la saison où il vit l'Amérique, Smith peignit ces con-
1. Le nom indique une situation favorable i Cod veut dire en anglab : morue.
trées nouvelles sous des couleurs si brillantes , que le jeune prince, qui fut depuis Charles P% déclara que le 1 pays dont Smith lui présentait la carte serait désormais appelé la Nouvelle-Angleterre, nom qui a effacé celui de Virginie, et qui est devenu cher au delà de. toute expression aux habitants de ce rude, mais salubre climat.
Ce nom de Nouvelle- Angleterre , qui reviendra souvent dans nos études, a depuis lors désigné tout le pays à l'est de New-York 5 c'est-à-dire qu'il comprend les États de Maine, New-Hampshire, Vermont, Massachusetts, Rhode-Island et Connecticut. C'est une dénomination arbitraire, car il n'y a jamais eu de province ou d'État de la Nouvelle- Angleterre ; mais c'est un titre commode qui embrasse sous une même désignation toute une classe de colonies, marquées d'une empreinte commune qui les distingue du reste de l'Amérique*.
Malgré le récit favorable de Smith et le succès de son voyage, la compagnie ne donna pas suite aux projets du capitaine; il fallait un motif plus puissant que l'intérêt pour décider des hommes à s'exiler dans un pays qui était loin d'offrir les séductions de la Virginie
1. La physionomie du colon de la Nouvelle-Angleterre s'eBlconserfé dans les provinces primitives, assez pure de tout mélange, pour qu'au joard'liui encore on distingue le Yankee des autres Américains. Le . Yanl(ee (corruption indienne du mot english ou anglais), c'est le colon de la Nouvelle-Angleterre^ avec toutes ses qualités comme avec tous ses défauts, c'est-à-dire avec ce caractère âpre et aventureux, mais religieux et moral, qui marque cette race républicaine d'une inejSÎBçabla originalité.
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OU les ressources de la patrie. Un climat rude, une terre peu fertile, couverte de forêts séculaires^ occupée pai des tribus sauvages, c'était là toute la Nouvelle- Angleterre.
Aussi, ce ne fut ni Tindustrie d'une corporation, ni les privilèges du roi Jacques qui peuplèrent le nord du continent : ce fut la religion. La foi exaltée par la persécution donna aux émigrants ce courage qui surmonte tous les obstacles , cette persévérance que les misères, la guerre et la mort même n'épuisent pas, cette énergie enfin qui rend capable d'efforts surhumains, parce qu'avec une confiance absolue dans l'assistance de Dieu, on ne doute point de ses propres forces et on n'attend rien d'autrui.
Pour comprendre quel fut l'esprit de ces émigrants qui ne ressemblaient guère aux colons de la Virginie , il nous faut entrer dans quelques détails sur leurs croyances et sur les persécutions qui les poussèrent dans le nouveau monde.
Ces détails ne sont point un hors-d'œuvre, car, s'il est une vérité évidente pour qui étudie la société américaine dans ses origines, c'est que la religion seule l'a faite ce qu'elle est. La liberté politique y est sortie de la liberté religieuse ; c'est parce que la discipline ecclésiastique des premiers colons était républicaine , que dès l'origine leur gouvernement a été républicain. En Angleterre, le puritanisme amena la république comme un fruit naturel. Elle ne tint pas, il est vrai, devant la résistance d'une société, dont la foi n'était point celle de Milton ; mais en Amérique il en fut autrement; on
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116 HISTOIRE DE LA FONDATION DES £tATS-1]NIS.
peut dire que dans la Nouvelle- Angleterre, où les puritains étaient seuls maîtres, c'était une loi de nécessité que les institutions et les moeurs fussent démocratiques; la religion le voulait ainsi. Cette religion, il faut donc Tétudier. Nous ne pourrions comprendre la révolution d'Angleterre et la mort de Charles I'* en laissant de côté la Réforme ; il serait tsassi impossible de comprendre la JNouvelle- Angleterre sans connaître les doctrines puritaines ; c'est de là qu'elle est sortie tout entière, c'est de cet esprit qu'elle vit encore aujourd'hui..
On sait quelle agitation suivit l'entreprise de Luther; alors, comme en toute révolution, on ne s'arrêta point aux idées du premier novateur , on renversa les bornes qu'il avait posées-, un logicien plus terrible et plus sévère, Calvin, réforma sans ménagements la doctrine, le culte, le gouvernement de l'Église. Tandis que Luther soumettait la religion aux princes qu'il constituait évoques extérieurs avec une autorité supérieure à celle que possédaient les princes catholiques, Calvin fondait une théocratie austère où la puissance séculière s'effaçait, où l'Église avait la direction suprême des actions humaines. Les idées de Calvin eurent un grand succès; la république de Genève, ordonnée, dirigée par lui, devint le type de gouvernement pour les Églises protestantes. La rigidité de ses institutions, qui contrastait bien plus fortement que la discipline luthérienne avec les cérémonies et les usages de Rome, fit adopter le calvinisme par tous les esprits ardents; Genève servit de modèle aux Églises de Hollande, d'Ecosse et de France.
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n en fut autrement en Angleterre, où la réforme était dirigée par un roi, ennemi de la papauté plutôt que des croyances catholiques. C'était à la suprématie et non pas à la foi que s'attaquait Henri VIII : il voulait être pape dans ses domaines , rien de plus. Aussi ce mauvais prince , repoussé des protestants comme étant resté catholique, et rejeté par les catholiques comme chef d'hérésie, conserva-t-il en grande partie et le fond et la forme du catholicisme., La hiérarchie fut respectée comme institution religieuse et civile tout ensemble; on laissa aux archevêques, aux évêques, aux pasteurs , leurs titres , leurs dignités et leur juridiction. On respecta également d'anciens usages auxquels le peuple était accoutumé et que le temps avait rendus vénérables, les vêtements du clergé officiant, le surplis, le bonnet carré , le salut au nom de Jésus, la génuflexion lors de la communion, le signe de la croix au baptême, l'usage de l'anneau dans le mariage, et quelques autres rites aussi innocecits. En deux mots, suivant la spirituelle expression de Jacques P', élevé dans les doctrines presbytériennes de l'Église écossaise qu'il proclamait la plus pure du monde : le service anglican ne fut rien autre chose qu'une messe moins bien chantée ^
Le parlement ordonna d'observer ces cérémonies sous des peines cruelles; mais quand l'avènement d'Elisabeth ouvrit l'Angleterre aux protestants qui avaient fui les persécutions de Marie Tudor, l'opinion demanda une réforme nouvelle et plus rigide. Tous les