‹ Histoire des États-UnisChapitre 35 sur 119 · reformation in England, book I · texte numérisé non relu

reformation in England, book I

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d'exception qui, pour la cruauté et la perfidie, ne le cédait en rien à l'inquisition d'Espagne, qu'on abhorrait en l'imitant.

Dans la chambre des communes, quelques voix s'élevèrent en faveur de la modération ; la reine leur imposa silence : c'était un sujet qui ne relevait que de la prérogative royale. Le parlement, toujours docile, vota une loi par laquelle toute personne qui s'absentait de l'église pendant un mois, était punissable de l'amende et de la prison. On avait le droit, comme l'inquisition, d'interroger sur serment un citoyen et de lui demander quelle était sa foi. Tout puritain ainsi reconnu, qui dans les trois mois ne renonçait pas à ses erreurs, était obligé de quitter le royaume; s'il n'abjurait pas ou s'il revenait de l'exil, il était puni de mort conune félon et sans le bénéfice de clergie.

L'avènement de Jacques I*% élevé par Buchanan dans les idées presbytériennes, n'amena point pour les puritains une position plus favorable : <t Je ne veux pas, disait-il, de cette liberté prétendue; je veux une doctrine et une discipline ; une religion en substance et en cérémonie. Ne touchez pas ce point davantage, je vous le défends. »

L'es puritains demandèrent au moins le droit de s'assembler et de discuter librement ; mais le roi, prompt à découvrir qu'une telle concession entraînerait la liberté politique, interrompit la pétition : <( Vous voulez le presbytérianisme d'Ecosse, qui s'accorde avec la monarchie comme Dieu avec le diable. Et alors Jack, et Tom , et Will , et Dick auront le droit de se réur

Dir, et à leur plaisir censureront et moi et mon con* seil, et toute notre conduite. Et Will se lèvera et dira : Cela doit être ainsi; et Dick répondra*: Non vraiment, nous le voulons de telle façon. Et moi je vous réitère ma première parole et je dis : le roi avisera^ le roi seul doit décider. » Puis, se tournant vers les évêques, il leur déclara que la hiérarchie était le plus ferrne appui du trône, a Quant aux puritains, ajouta-t-il, je les rendrai conformistes ou je les chasserai du pays et pis encore : qu'on les pende, tout sera dit. »

Ainsi on n'avait rien à attendre de Jacques, aussi jaloux de son autorité qu'Elisabeth, et qui, avec une sagacité toute royale, sentait la question politique qui brûlait sous la question religieuse ; et cependant, par une singulière fortune, ce fut l'intolérance du roi qui peupla l'Amérique et fit établir la première colonie de la Nouvelle-Angleterre. C'est à la persécution que la Grande-Bretagne doit ces établissements, qui aujourd'hui assurent la suprématie de la race anglaise, et lui donnent l'avenir.

Parmi ceux qui réduisirent en système les idées puritaines, un des plus hardis fut un certain Robert Brown, qui, en 1S80, fonda une secte, une église qui porta quelque temps son nom.

Brown allait plus loin que les premiers puritains. Ceux-ci considéraient l'Église anglicane comme le temple de Dieu; l'autel avait besoin de purification, mais on y pouvait adorer le Christ. Au contraire, Browo et ses disciples, qu'on nomma pour cette raison les séparatistes, repoussaient toute alliance. La part de vérité

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qui restait dans FÉglise d'Angleterre y était captive et souillée par le contact des infidèles; c'était l'arche du Seigneur entre les mains des Philistins.

Brown enseignait donc que l'Église d'Angleterre était corrompue et antichrétienne; ses ministres n'étaient point régulièrement ordonnés, ses lois et ses sacrements étaient sans valeur, et, en conséquence, il dé* fendait toute communion avec elle. En même temps il maintenait que la discipline était aussi invariable que la croyance, toutes deux reposant sur la parole de Dieu. Mais quelle était la discipline qu'il lisait dans la Bible?La voici :

Point d'évêques, point de hiérarchie, une forme toute répubUcaine. Toute société de chrétiens s'unissant ensemble pour honorer Dieu, constituait, suivant lui, une Église indépendante, parfaite en soi, possédant une juridiction complète pour la conduite de ses proprés affaires, et ne relevant d'aucun supérieur, ni laïque, ni ecclésiastique. De là le nom d'indépendants, donné souvent aux brov\mistes. La grande république chrétienne se composait ainsi d'une fédération de petites républiques souveraines, unies seulement par la foi^ Vous veyez là les premières origines de la démocratie moderne.

1. En 1619, Robinson publia à Leyde son Apologiapro exttUbus Angtis qui Brownistas vulgo appellantur ; il y définit très-clairement rindépendance de chaque Église : « Cœlum quemlîbet particularem, « esse loiam, iolegram etperfectam Ecclesiam, ex suis partibus con- « sianteiDy immédiate et independenter (quoad alias Ecclesias} spb ipso t Chrislo. » (iipo/o^ia, cap. v, p. 22, citée par ilanhelm, Bccles* hist.t vol.V, p. 388.)

Ce n'est pas tout; Brown ajoutait que la prêtrise n'était point un ordre distinct dans l'Église, et ne conférait pas un caractère indélébile : c'était une simple fonction. Tout homme capable et pieux pouvait être nommé ministre par l'élection des frères et l'imposition des mains ; et de la même façon, par la même autorité, il pouvait être déchargé de son office et réduit au rang de simple chrétien.

Ainsi, tout pouvoir était remis aux membres de l'Église, Seulement, pour être considéré comme tel, il fallait faire publiquement une profession de foi, et dér clarer qu'on se sentait en état de grâce avec Dieu; en deux mots , il y avait certaines conditions d'élection, mais une fois membre de l'Église, on était souverain, et tout se décidait /7ar le vote universel de la congrégation du Christ, J'emprunte les expressions de Milton.

Il est visible que la république était en germe dans cette doctrine des puritains. Il suffisait d'appliquer à la vie politique les règles de la vie religieuse pour cotistituer une démocratie pure; et, ne l'oublions pas, les idées gouvernent le monde, c'est toujours la croyance qui finit par l'emporter et par transformer la société et le gouvernement. Le passage de la religion aux affaires était si aisé, que les écrivains et les hommes d'action ne s'arrêtaient point sur cette pente. Ouvrez les traités de Milton, qui fut le grand pamphlétaire des puritains, vous y verrez qu'à chaque page, la république chrétienne mène à la démocratie politique; rien ne vous fera mieux comprendre quel germe la persécution allait porter sur le sol américain.

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La secte des browaistes, plus tranchée que les autres et surtout plus hostile à l'Église établie, appelait sur elle le dédain des beaux esprits * et l'effort de la persécution. On fit des lois particulières pour exagérer le châtiment : l'amende, la mort frappaient sans relâche ces indomptables adversaires. Brown, avec une légèreté et une faiblesse rares chez les fondateurs de secte, mais qu'on rencontre souvent chez les imaginations vives, Brown, qui avait résisté à la persécution et aux cachots, se lassa de l'exil et se réconcilia avec l'Église anglicane, jusqu'à en accepter un bénéfice. // abandonna le Seigneur et le Seigneur V abandonna^ dirent ses disciples; mais sa défection n'affaiblit point le parti, qui fit de nouveaux progrès parmi le peuple et la classe moyenne. Les Indépendants jouèrent un grand rôle au temps de Cromvs^ell, et aujourd'hui, sous ce nom d'Indépendants ou de Congrégationalistes, c'est encore une des communions les plus considérables des États-Unis.

Toutefois, l'ardeur avec laquelle les tribunaux civils et ecclésiastiques poursuivaient ces niveleurs, leur rendit intolérable la séjour de l'Angleterre, et en 1607, les plus ardents brownistes, conduits par leur pasteur John Robinson, homme de grand mérite, s'enfuirent sur le continent, à Leyde, en Hollande, « là où, suivant ce « qu'ils avaient ouï dire, la liberté de la religion apparie tenait à tous les hommes. »

Us y restèrent quelques années tranquilles et obscurs,

. 1. Bacon et Shakspeare ont raillé les puritains aYec une extrême amertnme. Everett, 5p«ecA«« and orations, t. II, p. 486.

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luttant contre la nécessité qui, dans un pays d'industrie, était extrême pour des hommes accoutumés au travail des champs. Mais chaque jour diminuait leur nombre, et le mariage des jeunes gens dans les familles hollandaises affaiblissait la petite Église, qui ne se recrutât plus en Angleterre et qui ne faisait point de prosélytes à Leyde. Décidés à rester Anglais et à propager une doctrine qu'ils regardaient comme la seule vraie, les exilés résolurent, pour ne point laisser perdre le trésor dont ils étaient dépositaires, de se transporter sur quelque terre anglaise, où il leur fût possible de trouver un abri contre la fureur des évoques, sans perdre leurs droits de xsitoyens. Leur ambition était de fonder une cité de refuge où il leur fût enfin permis d'enseigner et de propager leurs opinions avec une pleine liberté.

L'Amérique, où l'Angleterre tentait d'installer des colonies, s'offrit alors à leur pensée; déjà leurs frères, les calvinistes de France, avaient essayé, mais sans succès, de s'établir au Brésil, en Acadie, dans ce qui fut plus tard la Caroline ; les puritains voulurent suivre cet exemple. Les dangers de l'émigration, les périls de la mer n'effrayaient point des hommes habitués à l'exil, soutenus par la foi, éprouvés par la souffrance commune, et qui n'attendaient plus rien de cette patrie marâtre qui les rejetait de son sein.

« Il y a longtemps, disait Robinson, que nous sommes sevrés du lait délicat de notre mère patrie, et habitués aux difficultés d'une terre étrangère ; le peuple est industrieux et

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frugal. Nous sommes liés ensemble, en corps, par un contrat consacré par Dieu môme; ce serait conscience à nous de le violer, nous nous croyons étroitement engagés à nous occuper tous du bien d*autrui et du bien de la communauté. 11 n'en est pas de nous comme des hommes que les petites choses peuvent décourager *. »

Le premier soin des exilés de Leyde fut de s'assurer le libre exercice de leur religion. Jacques accueillit leur projet de colonisation avec une certaine faveur, remarquant avec son pédantisme ordinaire que a pécher était un honnête commerce, la vocation même des apôtres ; » mais il refusa de donner une promesse formelle de tolérance. Il parait cependant que les émigrants obtinrent l'assurance qu'on ne les inquiéterait pas ; ils se contentèrent de pette vague garantie, par une raison qui peint le siècle et son peu d'honnêteté. « Si plus tard, dirent-ils, on veut nous faire tort, eussions-nous un sceau aussi large que la porte d'une maison, on aura toujours assez de moyens pour le révoquer ou l'anéantir*. »

N'espérant rien de plus de ce côté, ils traitèrent avec la compagnie de Virginie ou du Sud, pour une concession de terres dans les limites de la patente, ce qu'ils obtinrent facilement d'une société désireuse d'encourager l'émigration dans cette vaste contrée, dont elle n'occupait que la moindre part.

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