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et à plus forte raison de s'établir sur ues rivages nouveaux. Autour d'eux n'apparaissait qu'un pays hideux et désolé, plein d'animaux et d'hommes sauvages, dont ils ignoraient le degré de férocité et le nombre. La terre était glacée; le sol était couvert de forêts et de buissons. Tout avait un aspect barbare. Derrière eux, ils n'apercevaient que l'immense Océan qui les séparait du monde civilisé. Pour trouver un peu de paix et d'espoir, ils ne pouvaient tourner leurs regards qu'au -ciel *• »
A tous ces maux du climat, l'imprévoyance joignit une cause de ruine qui faillit perdre la colonie. On imagina, comme en Yirginie, d'établir le travail en commun , la propriété commune. Le résultat de cette erreur ne fut pas moins désastreux au nord qu'au midi; peu s'en fallut que la première émigration ne périt de misère et de faim.
Quelle raison avait décidé les exilés à établir ce régime dur et stérile? Suivant Bancroft, c'était un engagement avec la compagnie de Londres, intéressée dans les bénéfices de la plantation. Si l'on en croit Robertson, c'était une pensée religieuse, le désir d'imiter les premiers chrétiens. Mais quel que fût le motif, et quelle que fût l'ardeur des colons, il devint bientôt évident à Nevir-Plymouth comme en Yirginie, que la communauté fait violence à la nature humaine, en lui demandant à la fois deux choses qui s'excluent : une abnégation complète de tout intérêt personnel et un zèle infatigable pour l'intérêt d'autrui.
Les philosophes peuvent imaginer des communautés
1. Tocqueville, I, 55. New Englands mémorial de Nathaniel Morton.
prospères, mais l'expérience et la raison démontrent qu'il n'y a là qu'un rêve , et non point un rêve trop beau pour notre pauvre nature humaine (ce serait déjà un grand défaut qu'une théorie sans application possible et faite pour des anges), mais une méconnaissance complète de l'homme et de la libellé qui fait sa grandeur. Sans la propriété individuelle, l'homme n a pas la pleine possession de lui-même; il n'est qu'une brute ou un esclave dans la dépendance de la main qui le nourrit, La propriété est la condition première de la liberté ; elle est tellement dans la nature de l'homme , que le pays le plus éclairé , le plus heureux , le mieux constitué est toujours celui qui compte le plus grand nombre de propriétaires. L'Amérique, au besoin, serait la démonstration éclatante de cette vérité.
Du reste, à New-Plymouth comme en Virginie, le partage du sol rendit aussitôt le courage aux émigrants et ranima leur activité. Dès qu'on cultiva pour soi, les femmes et les enfants même se mirent à l'œuvre , et en peu d'années la plantation , où , sous le régime de la communauté, on était mort de iaim, fit un conamerce de grains assez considérable pour nourrir ses voisins.
Revenons au gouvernement de la colonie. Ce gouvernement, établi entre quarante chefs de famille (c'est le nombre des signataires de l'acte), tous frères par la foi et la souffrance, égaux de condition et de fortune, que pouvait-il être, sinon une pure démocratie? Il n'y avait pas là un chef guerrier partageant la terre entre ses compagnons d'armes , suivant leur mérite et leurs exploits. Il n'y avait pas davantage un noble seigneur
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payant de ses deniers la terre qu'il distribue, à des conditions diverses , aux colons qu'il agrée. L'égalité était absolue entre les pèlerins ; ils l'avaient payée au prix de la persécution, de la pauvreté et des misères de Fexil. Nulle distinction de rang, d'origine, de richesse; presque tous sortaient de la classe moyenne. C'est ainsi que la démocratie s'échappait du milieu de la société féodale, et que la liberté politique triomphait à côté de la liberté religieuse. Ces deux grands principes des temps modernes étaient proclamés en même temps , et commençaient la prodigieuse fortune de l'Amérique.
Un gouverneur nommé par le suffrage universel, et assisté d'un conseil de cinq membres, une assemblée où se réunissaient tous les planteurs mâles et majeurs, telle fut la forme primitive de la constitution de Nev(r- Plymouth; la représentation n'y fut introduite que plus tard, en 1639, quand la^population fut disséminée sur un territoire trop étendu pour qu'on pût aisément la réunir. Alors des élections annuelles désignèrent les délégnés qui formeraient l'assemblée de la colonie.
Installés sur un sol qui ne leur appartenait à aucun titre, les émigrés sentirent le besoin de faire reconnaître leur établissement par les propriétaires du territoire et par la couronne. En 1629, ils obtinrent une patente du conseil de Plymouth, autorisant le concessionnaire William Bradford et ses associés à s'établir en corporation , sous un nom convenable , et à jouir de tous les privilèges des compagnies. C'était dans la forme une simple concession commerciale, au fond «'était le droit de libre gouvernement qu'on leur recoû-
naissait. Us Texercèrent sans contrainte et sans difficulté.
Cette patente, accordée par une compagnie à une autre et moindre société , et qui constituait un État, aurait eu besoin, ce semble, d'être au moins confirmée par le roi , car la souveraineté et la juridiction ne se délèguent pas ; mais il ne paraît point qu'on se soif occupé de la colonie naissante jusqu'à Charles II, qui contesta la validité de la concession. Les planteurs essayèrent alors d'obtenir l'agrément du roi; mais la question n'était point encore décidée, lorsqu'en 1684 Jacques II fit annuler les chartes coloniales. New-Plymouth fut soumis au gouvernement arbitraire jusqu'en 1690, où la colonie fut incorporée dans la province de Massachusetts par la charte de Guillaume et Marie. Dès ce moment elle cessa d'avoir une existence et une histoire particulière.
Il doit paraître singuher, qu'à l'exemple des historiens américains , nous attachions tant d'importance i l'établissement d'une poignée d'hommes qui ne joua jamais un rôle considérable; mais ce qui rend la mémoire des pèlerins impérissable , c'est moins leurs actions que l'esprit nouveau qu'ils apportèrent sur le continent, car c'est cet esprit qui a fait la grandeur des États-Unis.
« Les principes de la Nouvelle-Angleterre, a dit éloqnemment M. de Tocqueville ^, se sont d'abord répandus sur les États voisins; ils ont ensuite gagné de proche en proche les