Bancroft, U, It
HIPSir-HAHPSHIRE, HAINE. 191
gées ou annulées; et à Londres on fut longtemps avant de s'occuper des plantations. Leur obscurité même faisait leur liberté.
Je ne dis rien de la législation ni des usages du New- Hampshire ; le fonds de la population était puritain; c'était donc le même esprit, les mêmes coutumes, les mêmes institutions qu'au Massachusetts. Quand le pays devint province royale, le premier acte de l'assemblée nouvelle fut de voter des remercîments au Massachusetts , et de lui demander des prières pour des frères séparés de leurs frères ;\é second fut une déclaration de droits qui fut rejetée en Angleterre comme inconvenante et absurde , car le premier article portait cette assertion républicaine :
a Nul acte, loi ou ordonnance ne seront valides sinon qu'ils
soient faits par rassemblée et approuvés par le peuple. »
La seule différence qu'il y eût entre le Nevir-Hampshire et l'État dont il était sorti, fut tout à l'avantage de la colonie royale. La liberté de conscience y fut accordée à tous les habitants. On n'excepta que les catholiques ; c'étaient les moins redoutables de tous les dissidents , mais l'Église d'Angleterre les poursuivait de cette haine toute particulière qui anime l'usurpateur contre l'héritier légitime, et comme si elle redoutait un voisinage qui eût trahi la ressemblance des deux communions.
L'histoire du Maine est à peu près celle du New- Hampshire.
102 HISTOIRB BB LA FONDATION DÈS Elii^i^limS.
Tandis que, sur la demande du grand conseil de Plymouth, le roi concédait à Mason le territoire de la première colonie, il créait sir Ferdinando Gorges lord palatin de la province de Maine, avec tous les pouvoirs, juridiction et droits royaux appartenant à Tévéque da comté palatin de Durham. La charte était faite sur le modèle commun, mais elle réservait la suzeraineté de la couronne, et stipulait expressément en faveur de l'Église anglicane.
Sir Ferdinando Gorges envoya son neveu Thomas Gorges prendre la direction de la colonie ; et en 1640 on tint une cour générale à Saco, sous les auspices du lord propriétaire, qui avait dressé un plan de gouvernement complet sur papier, avec des députés et des conseillers, un trésorier, des chanceliers, tout Tappareil d'un empire pour une poignée de paysans ! La même année, un bourg de trois cents habitants devint la ville de Georgiana^, et. on lui donna toujours sur le papier Torganlsation de Londres : maire, aldermen, cour de chancellerie, sergents, huissiers, et le reste. Il eût fallu plus d'un siècle, et une émigration qui n'existait pas, pour donner un corps à cette fantaisie d'un vieillard. La guerre civile ruina bientôt les derniers projets de cet infatigable promoteur de la colonisation américaine. Fait prisonnier en 164S, à la reddition de Bristol aux troupes parlementaires, sir Ferdinand mourut peu après, ne laissant à son héritier que des procès sans nombre avec d'autres concessionnaires, et surtout avec un adversaire redoutable, le Massachusetts.
i. Aujourd'hui eUe m nomme York.
inSW-HAMPSHIRB, 1IAIRS« 193
En 1682, cette colonie réclama la plus grande partie du territoire du Maine, comme étant compris dans les Umites de sa p^atente, et elle établit son empire sur TÉtat naissant, malgré la protestation du gouverneur, et la résistance d'une partie des habitants.
En 1665, après la restauration, les commissaires envoyés par Charles II dans la Nouvelle-Angleterre déclarèrent que le roi prenait le Maine sous sa protection, et instituèrent une administration provisoire ; mais à peine avaient-ils quitté TÉtat, que les puritains du Massachusetts, soutenus dans la colonie par une minorité résolue, rétablirent leur autorité à main armée.
On fit alors revivre en Angleterre le droit du premier propriétaire, et à la requête de Ferdinando Gorges, petit-fils du fondateur de la colonie, la province de Massachusetts fut citée devant le roi. Les droits de Gorges furentformellementreconnus;mais]espuritainsn'entendaient point se dessaisir du Maine, leurs agents avaient reçu l'ordre de traiter avec sir Ferdinando dans le cas où la décision lui serait favorable. Ces agents saisirent habilement l'occasion, et achetèrent les droits du propriétaire pour la somme insignifiante de douze cent cinquante livres sterling (trente mille francs). Ce fut une vive contrariété pour les habitants du Maine ; ce ne fut pas un moins grand déplaisir pour le roi. Il avait rêvé qu'avec le Maine et le Nev^r-Hampshire on pourrait faire un apanage et presque un empire américain pour le duc de Monmouth, son fils naturel^ce prince qu'une folle ambition conduisit à Téchafaud.