TREIZIÈME LEÇON
C0L019XSS DU GSNTBBf
Messieurs,
L'histoire de la colonie de New-Tork nous met en présence d'une nation européenne que nous n^avons point encore rencontrée dans rAmérique du Nord. C'est la Hollande. La première population du Delaware fut aussi, nous le verrons bientôt, une colonie étrangère , une colonie suédoise. Enfin la Pensylvanie fut dès Torigine une patrie d'adoption pour Témigration allemande , si bien que l'Europe tout entière a contribué à peupler ce vaste empire; c'est de là que vient ce caractère particulier , plus facile à sentir qu'à définir exactement, qui distingue l'Américain de l'Anglais.
Sans doute c'est le type anglais qui l'emporte , nonseulement parce que les colons d'Angleterre ont été les plus nombreux, mais encore parce qu'ils ont montré dès le premier jour une énergie qui a dominé toutes les
1. Biêtoire de la HoweUê^Tork, iepuiê la décowvertê de cette prê' wmce jusqu'à notre iièclef pw K. Smilh; trad. da Ftafl., par M. U Loadrety 1767. Baneroft, eb. xt; Stoiy, ch. x«
différences, et que, comme les Romains, ils ont frappé de leur empreinte toutes les races qu'ils ont touchées. Cependant , et sans pousser trop loin cette observatioi^y il est vrai de dire que dans plusieurs États de l'Âmerique on peut encore reconnaître un certain caractère particulier, provincial si l'on veut, qui accuse des diyersités originaires que le temps n'a point effacées. C'est ainsi que dans la Pensylvanie Télément germanique a été trop considérable pour qu'il n'en reste point dans les mœurs et les idées une trace sensible; c'est ainsi que dans les États nouveaux de l'ouest, qui par leur nombre , leur population , leur richesse en progrès, sont appelés à exercer une influence si grande sur les destinées de l'Union, dans l'Ohio, l'Illinois, le Michigan , le Wisconsin , le flot de l'émigration allemande grossissant chaque jour balance rémigration qui vient des anciennes colonies , et qu'il en résulte nécessairement des États mi-partis où les idées, les mœurs, les croyances ne seront pas les mêmes que dans un pays de race pure comme est la Nouvdle- Angleterre.
C'est du reste ce qui est déjà visible aujourd'hui, pour ne parler que des idées politiques. Dans l'esprit démocratique de l'ouest on trouve quelque chose de l'inexpérience de la race allemande ; il n'y a pas encore cette possession de soi-même , cette sage mesure, cet esprit d'ordre qui caractérisent un peuple majeur et qui depuis longtemps pratique la liberté. Les grandes traditions de la sage révolution de 1776 sont vivantfiB à Boston; dans l'ouest, au contraire, on a pour la con-
hew-ïohk, 279
HutioD fédérale plutôt un respect religieux qu'une adliration raisonnée; elle courrait plus d'un danger si influence des colons de race anglaise n'arrêtait les
imocrates exagérés qu'envoie chaque année et par
iUiers rAllemagne.
Dans l'État de New- York l'esprit hollandais a laissé les traces visibles; non pas que la colonie hollandaise St jamais été nombreuse; mais , l'histoire le montre, [ y a certaines races si fortement trempées qu'elles ont inaltérables. Placées près d'un autre peuple, ou Ues le transfonnent, ou du moins, tout en s'alliant à ui, elles restent longtemps reconnaissables. Tandis que race germanique mise en contact avec les Américains tède à l'empire d'un génie plus énergique ; tandis qu'à ft seconde génération le fils de l'émigré allemand oublie
m origine et la langue de ses pères, on retrouve encore Iprès deux siècles, à New-York et à Albany, des habîudes hqllandaises , et peut-être est-ce à l'esprit probe , Iconome, régulier de la vieille Amsterdam que la Nou- Fclle-Arasterdam (New-York a été fondée aous ce nom) loit ce génie des affaires qui menace Londres mûme
,ns sa suprématie commerciale.
Peut-être encore est-ce à la Hollande que l'Amérique loit la première idée de cette fédération qui, en respec-
,nt l'indépendance locale et en permettant l'union des )rovinces devenues souveraines, a fondé la grandeur les Ëtats-Unis.
Il y a donc pour nous un intérêt véritable à étudier juelles idées, quelles habitudes de gouvernement apportaient sur le sol de l'Amérique les Hollandais, pro-
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testants comme les premiers colons de Plymouih, et de plus républicains , à ce titre objet d'admiration et d'envie pour les puritains émigrés.
Nous ne devons pas en ce point nous montrer phis ' indifférents que les Américains qui étudient toujours, et avec un amour croissant, ces origines qui sont pour eux, non pas l'histoire d'une colonie étrangère, mais l'histoire nationale. L'Amérique est comme un grand fleuve dont on ne comprend la puissance que lorsqu'on en reconnaît les affluents.
Vous savez quelle fut à la fin du seizième siècle la prospérité de la Hollande, et comment ce pays, à peine échappé aux mains sanglantes de l'Espagne, prit tout à coup en Europe, grâce au génie commercial de ses habitants, une position qui fut un moment sans ^ale. Les Hollandais, suivant l'expression du chevalier Temple, se firent les rouliers du monde entier; Amsterdam devint le centre, l'entrepôt du commerce de l'Europe et de l'Orient. Ce pays qui ne produisait pas de blé était le grenier du continent; ce pays où l'on ne trouvait ni lin, ni moutons, était le plus grand atelier d'Europe, la grande manufacture de la laine et de la toile ; cette terre sans forêts construisait plus de navires que le reste du monde. La Hollande, en un mot, était TAngleterre d'aujourd'hui, la liberté commerciale y faisait ses premiers miracles.
Il a fallu des siècles pour faire descendre au second rang cette nation économe , laborieuse , persévérante ; il a fallu une coalition de tous les pays producteurs, et la rivalité de l'Angleterre soutenue par des manu&o-
tures considérables , pour que la Hollande cessât d'être le premier marché du monde,^ et on peut prévoir, si les principes de liberté commerciale triomphent, une prospérité nouvelle pour la marine hollandaise, car nul peuple aujourd'hui, non pas même les Anglais, ne rivalise avec eux pour la navigation économique et sûre. Il y a là des qualités nationales, une vocation naturelle qui se développe aussitôt que les circonstances extérieures cessent de la comprimer.
Celte grandeur rapide d'Amsterdam rendue à la liberté n'a d'analogue dans l'histoire moderne que le progrès bien plus rapide encore de Nevsr-York qui , péniblement gênée par les lois prétendues protectrices de FAngleterre, n'avait en 1776 qu'une population de moins de vingt mille habitants, et qui aujourd'hui, en y comprenant Brooklyn qui n'est qu'un de ses faubourgs, compte plus de six cent mille âmes^ Telle est l'influence de la liberté sur la prospérité nationale !
Un pays comme la Hollande, où abondaient les hommes de mer et les capitaux , devait rêver de colo« nies, et de bonne heure nous y voyons fonder une grande Compagnie des Indes Occidentales. C'est sous cette forme, c'est par le régime des compagnies qu'en nollande surtout, dans une république tout aristocratique, ou pour mieux dire toute composée de corporations, on pouvait obtenir les capitaux et les moyens suffisants pour installer et gouverner un État.
1. Aiyonrd'hoi, en 1866» il y en a plus d'un million. Avant un itèele, New- York, suivant toute apparence^ sera la plus grande ville et le plus grard port du monde entier.
Toutefois ce ne fut point de propos délibéré que les Hollandais s'établirent dans l'Amérique du Nord. Ce fut une expédition au nord-ouest qui leur fit connaître le futur État de New- York.
Nous avons vu qu'au seizième siècle toutes les nations commerciales cherchaient au nord-ouest un passage qui, s'il existe, abrégerait singulièrement la navigation de l'Europe aux Indes. C'est un projet qui n'est point abandonné de nos jours, que M. de Chateaubriand arévé dans sa jeunesse, quand il partit pour l'Amérique, et à l'exécution duquel l'Angleterre a consacré des sommes immenses. Leâ noms de Parry, de Ross, de Franklin vous sont connus, surtout en ce moment où tout l'univers s'intéresse à la destinée de ce malheureux navigateur.
Au seizième siècle l'effort des nations commerçantes n^était pas moins énergique qu'aujourd'hui, car on avait d'autant plus d'espoir qu'on avait une connaissance moins exacte des obstacles que la nature oppose & la navigation dans ces mers enchaînées par des glaces perpétuelles. Parmi les hardis marins qui essayèrent ce dangereux voyage, l'un des plus résolus fut l'Anglais Henri Hudson. Après deux expéditions faites pour le compte de marchands anglais et dans lesquelles il avait pénétré plus près du pôle qu'aucun de ses devanciers, il obtint une commission de la Compagnie des Indes Orientales d'Amsterdam, et partit sur le navire le Croissant. Il toucha au cap Cod, puis, descendant au midi, il reconnut le fertile et beau pays compris entre le Delaware et le fleuve qui porte aujourd'hui son nom, et
appela Tun la rivière du Sud et Tautre la rivière du Nord.
C*est donc Hudson qui le premier découvrit Tlle de Manhattan. C'était alors un désert; c'est aujourd'hui Nevir-York, la Venise du nouveau monde, et qui, plus heureuse que l'ancienne , a derrière elle le plus beau réseau de navigation naturelle qui existe sur la terre, cette suite de lacs et de fleuves qui la mettent en communication avec le Canada, l'Ouest et la Nouvelle- Orléans.
Après avoir remonté la rivière du Nord pendant plus de cinquante lieues, Hudson rapporta une description brillante du pays qu'il avait découvert. C'était, disait-il, la plus belle terre que pût fouler le pied de Thomme : Het schoonste land dat mm met voeten betreden kon. Mais la Compagnie ne voulait point coloniser et elle renonça à chercher le passage nord-ouest. L'infatigable Hudson retourna en Angleterre, il y trouva une société qui le prit à son service. Dans cette nouvelle expédition, il reconnut la baie qui porte son nom ; mais, forcé de reculer devant les glaces qui le menaçaient de toutes parts, maudit et trahi par son équipage , on le jeta dans une chaloupe avec son fils et sept des siens, et ainsi abandonné au milieu de ces flots qui ne pardonnent pas , il disparut dans la mer qui a gardé son souvenir.
Suivant le droit des gens, le pays reconnu par Hudson, lorsqu'il était au service de la Compagnie hollandaise, appartenait aux Provinces-Unies, à moins d'une découverte antérieure (ce fut sur ce terrain que plus
tard les Anglais établirent leurs prétentions). Toutefois on ne songea d'abord à tirer parti de cette expédition que pour nouer des relations commerciales aTec les naturels , longtemps célèbres sous le nom des Cinq- Nations : les Mohawks, Sénécas, Onéidas, Onondagas et Cayugas^ C'est seulement en 1621 que fut établie, avec des privilèges souverains, la Compagnie des Indes Occidentales qui devait entreprendre la colonisation*; c'est depuis 1623 que le territoire compris entre k Delaware et le cap Cod fut connu sous le nom de Nouveaux Pays-Bas, ou, comme le traduisaient nos pères, de Nouvelle-Belgique. Le gouvernement fut composé d'un directeur général et d'un conseil auxquels appartenaient tous les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Il n'y eut pas, comme dans les plantations anglaises, une représentation coloniale.
Les premières années se passèrent à traiter avec les Indiens et à leur acheter quelques pelleteries. Fort Orange, aujourd'hui Albany, était le point avancé où se faisait le trafic avec les indigènes. C'est seulement eo 1629 qu'on trouve une charte qui confère des pritiléges aux patrons qui coloniseront le nouveau pays.
Cette charte a de l'intérêt, car il reste encore aujou^ d'hui des traces du système qu'elle institua. Dans ces dernières années il en est résulté des troubles dans l'État de New-York, et presque un soulèvement popn»
1. Plus tard les Tascaroras, chassés de Virginie, se Joignirent à II confédération i et formèrent une sixième nation.
2. Sur cette compagnie , Toyez l'ouTrage d'Âsher tité plus ^^ (pages 2B et saiv., 43 etsuiv.).
laîre dont il faut connaître le caractère pour ne pas se faire de fausses idées sur un sujet qui est à Tordre du jour et nous touche de près : la constitution de la propriété. Peut^tre avez-vous entendu parler des émeutes causées par les ahtirenters^ ou ennemis de la rente du : sol. Fenimore Cooper a consacré à ce sujet un de ses romans, je ne dis pas le plus intéressant, mais le plus curieux pour l'étude des mœurs locales. Ravensnest^ ou les Peaux-Rouges^ se rattache aux premières origines de la Nouvelle-Belgique.
La charte, comme celles de la même époque, constituait la société coloniale à l'image de la métropole. En Virginie comme au Massachusetts on essayait de faire une nouvelle Angleterre ; nous fondions au Canada une nouvelle France sur le modèle féodal et avec la coutume de Paris; les Hollandais établissaient aussi une colonie à leur image, et sur un plan tout national.
Comme en Hollande les paysans, les boers (c'est encore aujourd'hui leur nom au cap de Bonne-Espérance), n'avaient aucun droit politique, et qu'ils étaient dans cet état de dépendance féodale qui ôte à l'esprit l'énergie nécessaire aux grandes entreprises, c'était à de riches marchands, à de grands propriétaires qu'on s'en remettait du soin de la plantation. Quiconque, dans l'espace /de quatre ans, éteignait le titre indien, et installait une colonie de cinquante âmes, devenait seigneur de manoir ou patron , et possédait l'absolue propriété ou du moins le domaine éminent des terres qu'il mettait ou faisait mettre en culture. Il pouvait fonder un domaine de seize milles en longueur, et si une ville se formait
sur ce territoire, c'est au patron qu'il appartenait d'instituer l'administration et d'exercer le pouvoir judiciaire,, sauf appel. C'est en vertu de cet acte qu'un petit nombre de patiTons se partagèrent le sol de la colonie, et que notamment la famille Van Renselaér devint propriétaire du territoire qui entourait le fort Orange, territoire qui^ pour une grande part, est encore aujourd'hui entre ses mains, et en fait une des plus riches familles du monde *.
Il y avait loin de cette société , d'où la vie politique était absente, à l'énergique constitution de la Nouvelle- Angleterre, et il est aisé de comprendre comment les progrès de la colonie hollandaise furent lents à côté de ceux des puritains. Qu'était-ce que ces paysans, fermiers d'un patron dépendant lui-môme d'une compagnie, auprès de ces rudes propriétaires du Massachusetts ou du Connecticut, qui ne relevaient que d'eux-mêmes'?
Ces concessions, le patron les faisait à perpétuité, moyennant une redevance en nature assez légère , et que les progrès de la culture ont rendue plus légère encore. En outre, on exigeait quelques services personnels et un droit de lods et vente; enfin, suivant l'esprit de l'époque, cette redevance était perpétuelle comme la concession et non rachetable.
1. Sur cette colonisation hollandaise, Yoyeile curieux liTre deG.N. Asher s Bibliographical and kistorical Essay on the Duteh Books oui poiwpUtsrelaiing to New-Netherlanàf/ind to the Dutch Weu IndiaC^m' panjf. Amsterdam, 1854, livraisons 1-2.
î. Aslier, p. 6-10.
NEW-YORIU 28T
C'est contre cette rente foncière, c'est contre ces redevances^ dues à cause du fonds, que s'est formée la Kgue des antirenter$. C'est elle qui, par des excès déplorables, a obligé l'État de New-Tork à voter des lois qui eussent été justifiables si la violence ne les avait imposées.
Nous avons déclaré les rentes foncières rachetables, en haine de la féodalité plus encore que par intérêt pour la propriété, et on ne voit pas pourquoi rAmérique, où la féodalité fut de tout temps étrangère, n'aurait pas eu le droit de suivre une même politique. Ce n^est point là violer les contrats, car les contrats que la loi est tenue de respecter sont ceux d'homme à homme, et non pas les engagements par lesquels la génération présente pourrait asservir et gêner la génération à venir. Qu'il s'agisse de fondations pieuses, de mainmortes, de substitution ou de services fonciers calculés dans un intérêt de famille, il est évident que la société ne peut être engagée à perpétuité par l'individu ; elle aura toujours le droit, moyennant juste indemnité, de dénouer un lien qui Tétouffe. Autrement il faudrait soutenir qu'un individu est plus puissant que la société, et peut lui imposer sa volonté longtemps après qu'il n'existe plus. La terre appartient aux vivants, comme Ta démontré Turgot S et il est évident que des charges qui gênent la propriété, ou qui assujettissent inutilement le propriétaire, sont du ressort des lois, nonobstant toute stipulation contraire.
\» tnqfelopédie. art. Fonefr/fftNi. .^^
En 1846, la législation de New-York avait donc rai-|^ son de réformer la loi. D'une part, elle a mis un impôt sur les rentes à long terme, ce qui était taxer deux Im le i:evenu de la terre, de l'autre (la constitution lui défendant de toucher aux contrats, mais non pas aux successions), elle a décidé qu'à la mort du patron, le tenancier pourrait convertir la rente foncière en rente hypothécaire et posséder ainsi la terre en pleine propriété. Cette seconde mesure était juste et bonne; mais il est triste d'avouer qu'on a fait la réforme par défé« rence pour la jalousie populaire, et qu'il ressort du roman de Cooper un asservissement des magistrats à la popularité, qui édifie médiocrement sur les vertus civiques de New-York.
Si on insiste sur ce point, c'est qu'il ne tint pas croire que les doctrines communistes aient chance de succès aux États-Unis. Rien n'y est plus impopulaire, la haine qu'on y porte aux Mormons en est une preuve. Tout au contraire, c'est l'amour de l'indépendance qui porte le propriétaire à exiger la liberté absolue du sol. Dans un pays où l'individu est souverain, c'est un contre-sens qu'il y ait des terres assujetties. L'homme fait toujours la propriété à son image. C'est dans un État despotique, ou très-centralisé, là où le gouvernement est tout, où l'individu n'est qu'un rouage, c'est là que les doctrines communistes ont chance d'être accueillies; mais dans un État où tout se rapporte, où tout se subordonne à l'individu, comme en Amérique, de pareilles doctrines révoltent au lieu de séduire, car on y sent que la liberté du sol est tout à la fois efifotet cause
de la liberté iodiTiduelle. C'est là une des raisons qui font de la République une excellente forme de gouvernement; car, plus que tout autre système, elle aboutit à la décentralisation et à l'indépendance individuelle ; c'est l'organisation la plus fatale au communisme, rêve de quelques esprits ardents dont on exagère, je crois, le danger, dans un pays où la propriété se divise, c'està-dire, s'individualise cbaque jour davantage.
Revenons à la plantation hollandaise. Cette constitution féodale de la propriété était mauvaise pour une colonie naissante ; c'était s'en remettre à l'ambition de quelques hommes, au lieu de faire concourir à la prospérité commune l'énergie de tous les citoyens. Aussi la plantation resta-t-elle languissante et jjauvre, jusqu'au moment où une double émigration vint en changer l'esprit. La première se composa de protestants venus d'Europe ; ia seconde, plus nombreuse, vint de la Nouvelle-Angleterre.
Il se fit une émigration considérable d'Europe à la NouveUe-Belgique, parce que la Compagnie des Indes, Bdële aux maximes de tolérance qui avaient fait la fortune de la Hollande, transporta ses généreuses idées dans le nouveau monde. Le gouverneur ayant emprisonné des quakers en 1660, les directeurs de la Compagnie lui écrivirent pour l'en blâmer :
Que lout citoyen paisible, disent-ils, jouisse <le la liberté. Celte maxime a fait de noire ciLé d'Amsterdam l'asile des exilés de tout pajs. Marchez sur ces traces et tous ferei bien.
Dans sa générosité , Amsterdam o£&ait aux fugitifs,
290 niSTOIRE DE LU SOIVDIlTION DES ÉTATS-UNIS.
pour cause de religion, un libre passage à la Wonie et un accueil assuré -, aussi, quand les églises protestantes de la Rochelle furent rasées, les calvinistes émigrërentils en masse vers les nouveaux Pays-Bas, où ils fondèrent la Nouvelle-Rochelle, souvenir de la patrie qui les repoussait de son sein. Le nombre de ces éndgrants fut assez élevé pour que , pendant quelque temps, on rédigeât les actes publics en français en même temps qu'en anglais et en hollandais.
C'est là aussi qu'émigrèrent les Juifs, que repoussaient les autres colonies, et enfin un nombre considérable de proscrits de toutes races, venus de France, de Belgique, des bords du Rhin, de Bohême, ou depuis longtemps établis en Hollande, abri commun de toutes les consciences persécutées, de toutes les vies menacées.
Cette même tolérance et la fertilité du pays amenèrent aussi de nombreux puritains. Il y eut, dès le premier jour, assez d'Anglais à Manhattan pour que les lois et ordonnances fussent rédigées dans les deui langues. Des villes tout entières furent fondées par les Anglais, sou& la protection et avec le consentement des Hollandais. U y avait là un germe de révolution inévitable.
Dès 16S2, on voit la Nouvelle-Amsterdam en possession des privilèges municipaux des villes hollandaises; mais ce n'était rien moins que la Uberté telle qu'on l'entendait dans la Nouvelle-Angleterre,
La cité avait des bourgeois, mais non des citoyens Être bourgeoif , c'était prendre part au monopole com mercial jcomme dans nos anciennes villes de Fitoce
mais ce n'était rien de plus. C'était le gouverneur qui nommait le shérif; c'étaient les deux bourgmestres et les cinq échevins qui présentaient leurs successeurs sur une double liste dans laquelle le directeur choisissait lui-même le conseil ^ Le pouvoir législatif, la nominatien des officiers publics, le vote de l'impôt, tous ces droits des citoyens de la Nouvelle-Angleterre, appartenaient au directeur et au conseil nommés par la Compagnie.
Un tel système ne pouvait convenir à l'esprit libre des puritains; ils enseignèrent bientôt aux Hollandais à ne compter que sur eiut-mêmes en matière de gouvernement. En i6S3, ils organisèrent, malgré le directeur, une espèceide convention nationale qui demanda, pour les planteurs, une part dans le vote des lois et la nomination des magistrats.
Voici la pétition rédigée par George Baxter, dont le nom révèle l'origine anglaise, pétition adoptée à l'unanimité et présentée au gouverneur Stuyvesaut :
« Les États généraux des Provinces-Unies sont nos seigneurs liges; nous nous soumettons aux lois des Proyinces-Unies; mais nos droits et nos privilèges doivent être en harmonie avec ceux de la patrie , car nous sommes des membres de l'État et non pas un peuple conquis. Nous qui sommes venus ici des diiTér entes parties du monde et qui sommes une communauté formée de races diverses, nous qui avons, à nos propres frais, quitté notre ferre natale pour la protection des Provinces-Unies, nous qui avons transformé le désert en terres productives , nous demandons qu'on ne fasse Doint de lois