‹ Histoire des États-UnisChapitre 68 sur 119 · Baneroft, H · texte numérisé non relu

Baneroft, H

nouvelles sans le consentement du peuple, qu'on ne ncMoame pas de fonctionnaires publics sans l'approbation du peuple , qu'on ne fasse point revivre des lois obscures et prescrites, b

Le gouverneur s'indigna de ces prétentions exorbitantes présentées par une colonie qui comptait à peine quelques milliers d'habitants ; il y reconnut les visions des hommes de la Nouvelle- Angleterre; ce n'était point là le vieil esprit hollandais. Les délégués insistèrent : « Nous ne voulons, disaient-ils, que le bien général da pays et le maintien de la liberté. La nature permet à tous les hommes de se constituer en société, et de s'assembler pour la protection de la liberté et de la propriété. » Stuyvesant à bout d'arguments répondit par un coup d'autorité en ordonnant la dissolution de l'assemblée. « Je tiens mon pouvoir, ajouta-t-il, de Dieu et de la Compagnie des Indes, et non point du bon plaisir d'un petit nombre d'ignorants. »

La Compagnie, de son côté, approuva le gouverneur ; elle déclara que la résistance à l'impôt arbitraire était contraire aux maiimes de tout gouvernement civilisé : ce Nous approuvons les taxes que vous proposez, écrivirent les directeurs à Stuyvesant, n'ayez aucun égard au consentement du peuple. Ne les laissez pas se complaire à ce rêve de visionnaire, que les taxes ne peuvent être imposées que de leur agrément, i^

Mais le peuple s'entêta dans son rêve; on ne put lever les taxes, et les planteurs commencèrent à nour^ rir avec complaisance l'espoir d'obtenir les libertés des colonies voisines, en se soumettant à la protection, à la juridiction de l'Angleterre,

NEW-TORK. 293

L'Angleterre n'avait jamais reconnu le droit de la Hollande; les Chartes des Compagnies du nord et du sud ne laissaient point de place à un établissement étranger, car elles comprenaient toute l'Amérique, de la Nouvelle-Ecosse aux Florides. Cromwell avait pensé à la conquête de la Nouvelle-Belgique ; Charles II aussitôt après son avènement, excité par une antipathie personnelle pour les Pays-Bas non moins que par l'intérêt de la couronne, ne voulut point reconnaître une possession paisible de plus de quarante ans. En mars 1664, il donna à son frère le duc d'York et d'Albany un privilège qui conférait au prince, sous le nom de territoire de Nevsr-York, toute la Nouvelle-Belgique, et qui empiétait même sur le Massachusetts et le Connecticut ^

La charte accordait au duc le droit de gouverner et de punir suivant les lois et ordonnances qu'il lui conviendrait d'établir, pourvu qu'elles fussent aussi près que possible des lois et des statuts du royaume d'Angleterre , réserve faite à la couronne du droit de recevoir et déterminer les cas d'appel *. C'était donner au propriétaire un pouvoir presque royal, en laissant aux colons les libertés de la patrie.

Avant qu'on eût prévenu les Hollandais des hostilités qui les menaçaient, une escadre anglaise se présenta, en septembre >I664, devant Manhattan pour qu'on y reconnût fe duc d'Yorl^. Le gouverneur était un vieux

1. Hildreth, History ofthe United States, 1. 1, p. 444. 3. Story,§ 111.

et brave soldat, mais il n'avait aucunes forces à sa disposition. Appeler les colons anglais, c'était, suivant Texpression même de Stuyvesant, introduire dans les murs le cheval de Troie : « Vous ne vous imaginez pas, écrivait-il, combien la Compagnie est maudite et méprisée; les habitants déclarent que les Hollandais n'ont jamais eu aucun droit sur ce pays. » Et non-seulement les Anglais ne se prêtèrent point à défendre la colonie hollandaise contre leurs compatriotes; mais les Hollandais eux-mêmes, jaloux de la Compagnie et du directeur, laissèrent tomber un gouvernement qui n'était même pas pour eux le gouvernement national. La reddition se fit sous les auspices de la corporatioa municipale de la Nouvelle-Amsterdam. Au:!^ termes de la capitulation *, les habitants conservèrent leurs propriétés, leurs libertés municipales et leur loi de succession qui établissait l'égalité de partage. Us se réservèrent aussi le libre commerce avec la Hollande. On confirma les privilèges de l'Église réformée hollandaise et la liberté religieuse des autres colons; enfin on promit que les taxes ne seraient levées que du consentement de l'assemblée générale.

En d'autres termes, l'organisation anglaise, plus large, plus libérale, remplaça l'étroit système de corporation introduit par la Hollande.. Les seules institutions qui restèrent furent le patronat, les substitutions et les rentes foncières : les premières se sont majin.teaues jusqu'en 1776, la dernière a duré jusqu'à nos jours.

J. Hi$t. de la Nouvelle^Torky p. 45.

La colonie gagnait assez à ce changement pour que la conquête ne lui fût point préjudiciable. Un très-petit nombre de planteurs retourna en Hollande ; le reste accepta la protection anglaise. Stuyvesant lui-même resta dans la plantation jusqu'à sa mort. C'est ainsi que la Nouvelle-Amsterdam devint la Nouvelle-York.

La paix de Breda, en 1667, confirma le titre des conquérants. En vertu de la règle : uti possidetis^ les Anglais gardèrent New-Tork et les Hollandais Surinam. Dans la guerre avec la Hollande qui se ralluma peu après^ la colonie fut reconquise ; mais on la rendit au duc d'York, à la paix de 1674, et dès lors toute la côte entre les AUeghanys et la mer resta aux mains des Anglais.

Au moment de reprendre possession de son domaine, le duc ayant quelque doute sur la validité de son privilège, obtint de son frère une nouvelle concession, datée de juin 1674 ; ce fut sous Fempire de cette charte qu'U gouverna la colonie jusqu'à son accession ait trônj^*

Maig \fd diAC d'York n'était rien moins que libéral, te» assemblées populaires lui plaisaient peu. La coloAiç mécontente insista auprès du gouverneur An4ros, dont nojus avons déjà prononcé le nom, p<Hir obtenir les lil^rtéj^ qu'on lui avait promises : le droit de voler les i99|k6ts et les lois de la province. La réponse de Jacques est caractéristique :

Je ae puis m'empôcher de supposer, ^e ces assemblées se-* ront de dangereuse conséquence; rien n*étant plus connu que la disposition de ces corps à s'attribuer quantité de pri->

viléges qui une fois accordés ne servent qu*à détruire ou troubler la paix des gouvernements. Je n'en vois pas d'ailleurs la nécessité. S'il y a des abus à redresser, on a la justice ordi« naire, les voies légales, et enfin l'appel à moi-môme. NéanmoinSy j'examinerai les propositions que vous me ferez à ce sujet.

Il fallut pourtant céder, car le peuple refusait obstinément de payer l'impôt qu'il ne votait pas, et en 1683 on voit les planteurs, convoqués en assemblée, voter une charte de libertés qui ne le cède en rien à celles de la Virginie ou du Massachusetts * .

Cette charte, la voici ; je ne crains pas de répéter ces déclarations de droit qui se copient les unes les autres, car elles indiquent le courant de l'opinion, et montrent quelles idées animaient dès lors la nation. En fait de liberté, ce peuple était plus avancé en 1683 que nous ne l'étions en 1789.

Le pouvoir législatif suprême résidera dans le gouverneur» le conseil et le peuple réunis en assemblée générale et leur appartiendra à jamais. Tout freeman votera sans distinction 'pour la représentation. Nul freeman ne sera arrêté que par le jugement de ses pairs, et tous les procès criminels se décideront par un jury de douze personnes. Nulle taxe ne sera imposée, sous quelque prétexte que ce soit, sinon du consentement de l'assemblée. Nui matelot» nul soldat ne sera logé chez les habitants contre leur volonté. La loi martiale est abolie et ne peut être rétablie. Nulle personne, faisant profession de croire en Dieu» par Jésus-Christ, ne sera» en aucune occasion» inquiétée pour différence d'opinion.

Ainsi, pour traduire cette déclaration en style de nos

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