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LES DEOX CAROLINES. 353
gloire, le souvenir de ses labeurs législatifs, et ses admirateurs, le mettant bien au-dessus de Penn, son contemporain . et son rival, le comparaient à ces anciens philosophes, à ces premiers législateurs, à qui le monde éleva des statues. La constitution fondamentale, signée en mars 1669 (vieux style), fut accueillie en Angleterre avec des acclamations universelles. On ne l'appela que le GRAND MODÈLE. (( Lcs cmpircs, disait un admirateur de Shaftesbury, se disputeront la gloire de se soumettre au noble gouvernement qu'une profonde sagesse a préparé pour la Caroline. » tjuant aux propriétaires, qui devaient bientôt récompenser Locke, en le nommant landgrave, ils étaient convaincus qu'en scellant ce grand acte, ils attachaient leur nom à une œuvre sainte, inaltérable, et qui, selon leur propres paroles, (levait durer à jamais ^*
La constitution adoptée, les propriétaires songèrent à organiser le gouvernement. Monk, le duc d'Albemarle, fut, comme le plus âgé, nommé palatin; jusque-là tout était facile ; mais à l'arrivée de la charte en Amérique, quand on voulut appliquer cette grande et complexe organisation à la simple société de quelques cultivateurs, on s'aperçut bientôt que les faits démentaient la théorie et la condamnaient sans retour. Où trouver en effet la cour d'un palatin, les manoirs d*un landgrave et d'un cacique dans cette forêt qu'on nommait la Caroline, pays sans villes, sans villages, où quelques émigrants avaient dispersé leurs cabanes de
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bois, OÙ Ton ne connaissait d'autres routes que le chemin d'une plantation àTautre, chemin non point même tracé, mais indiqué par des entailles faites aux arbres, cle distance en distance ? Les colons du Nord comme les colons du Sud, rejetèrent cette constitution inapraticable, qui ne tenait compte ni de leurs besoins, ni de leurs idées, ni de leurs droits. Maîtres du sol qu'ils avaient défriché et mis en valeur, ils ne voulurent d^autre régime que celui qu'on leur avait offert à l'origine : un gouvernement tel que celui des autres plantations, où toute distinction de naissance était inconnue, où chacun avait un droit égal à la terre et au vote, où toutes les affaires se traitaient par les représentants de la colonie. Après vingt-trois ans de luttes et de mécontentements perpétuels, les propriétaires, cédant à la demande expresse des planteurs, abrogèrent une constitution impraticable, et dont l'application incomplète avait été aussi désastreuse pour eux que pour les colons.
« Peut-être, dit Texcellent et profond jurisconsulte Story, peut-être dans les annales du monde ne trouverait-on pas un plus salutaire exemple de la parfaite folie de tous ces essais, qui ont pour but d'établir les formes d'un gouvernement suivant de pures théories; peut-être ne trouverait-on pas une preuve plus sensible du danger de ces lois faites sans consulter les habitudes, les mœurs, les sentiments, les opinions du peuple qu'elles doivent régira »
Ilien de phis judicieux que cette observation, oiais