‹ Histoire des États-UnisChapitre 97 sur 119 · Yoy. VHialoirede la Comtitiuion^ XIV« leçon, p · texte numérisé non relu

Yoy. VHialoirede la Comtitiuion^ XIV« leçon, p

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On ne fait pas une nation à l'image d'un homma , le législateur qui s'entêle à cette œuvre chimérique n'arrive qu'à l'impuissance et à la déception. L'histoire de la Révolution française porte en caractères sanglants cette incontestable vérité. Ce n'est pas qu'un homme, qu'une assemblée plus éclairée que le gros de la nation, ne puisse imaginer des institutions théoriquement plus parfaites que celles qui eiistent-, mais ce ne sont pas celles que comportent le degré de civilisation, la faiblesse ou les préjugés mêmes du pays. Vous m'offrez un vêtement magnifique, mais qui me gêne et n'est pas fait pour moi; il me faut violemment renoncer à mes idées, à mes sentiments pour adopter les vôtres, qui peut-être valent moins, et qui d'ailleurs me sont étrangers. Exiger d'un peuple qu'il change sa vie au gré du législateur (et depuis soixante ans combien de fois la France eût-elle cessé d'être elle-même!), c'est tout à la fois une folle prétention, et la plus insupportable comme la plus insolente des tyrannies, celle qui, par malheur, est la moins rare aujourd'hui. Nous ne sommes plus une race corvéable et qu'on taille à volonté, quoiqu'on en use assez largement en ce point; mais nous sommes une race qu'on réglemente, qu'on gouverne, qu'on constitue à merci et miséricorde, suivant les théories qu'imaginent les personnages importants que notre confiance met au pouvoir. Du jour où ils sont nos mandataires, ce sont leurs caprices el leurs chimères qu'ils nous imposent!

Ce n'est pas là le gouvernement républicain d'Amérique; là-bas, on essaye d'éclairer et de diriger la vo-

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lonté populaire» mais cette Tolonté on Taceepte; on ne prétend pas, au nom de la raison, au nom d*un but 1 suprême, imposer au peuple une loi, un régime qm fait i^iolence à toutes ses habitudes, et rompt blrùsquement ai^ec le passé. Nos législateurs sont tous plus ou moins disciples de Locke ; ils ont beaucoup à désapprendre avant d*étre de véritables représentants du peuple; et cependant, s'ils étaient plus modestes dans leurs prétentions législatives, leurs fonctions seraiait plus faciles ; et nous, pauvre foule. Ames viles, nous payerions moins cher les expériences de nos magnifiques souverains !

Où donc trouver le modèle du vrai législateur? TAmérigue nous Toffrira dans le fondateur de la Pensylvanie. Comparons Penn avec Locke; au premier coup d'œil tout l'avantage est pour le second. Ami d'an homme d'État, mêlé aux affaires, esprit sage et observateur, il en sait plus qu'un quaker fanatique ; et, sans doute, l'organisation qu'il a conçue est autrement forte et symétrique que celle de Penn. Locke a découvert que la société est un contrat, et que la fin principale de ce contrat est le maintien de la propriété ; il établit à rinstant même un gouvernement sur cette base. Penn, au contraire, tout souverain qu'il est, n'a aucune confiance dans la supériorité de ses lumières. Ce qu'il veut, c'est la liberté et le bonheur de ses sujets, il croit qu'en ce point nul n'est plus éclairé que la partie intéressée; aussi son système politique se résume*tril en ces simples paroles :

m Vous serez, dit-il à son peuple, youi> serez gouverné par

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la loi que tous ferez vous-même; — il ne faut pas que ma ▼olontéy la rolonté d'un homme, puisse empêcher le bouheur d'un pays. — • Dans la charte que je vous donne, gardez ce qui est bon, écartez ce qui est mauvais, ajoutez ce qui conviendra au bien générale »

Locke s'effiraye d'une démocratie trop nombreuse, et, en théoricien qu'il est, réservant tout le pouvoir à la propriété, il conmience par mettre hors de la constitution la part la plus considérable de la nation, sans douter de son droit quand il établit un si formidable ilotisme. Penn, dans une ambition plus noble, veut ouvrir sa colonie au monde entier ; il n'entend rien aux privilèges, aux exclusions, à Tinfériorité systématique du peuple. Comme Locke, il a connu les fureurs de la guerre civile, il a vu la démocratie se perdre par ses excès; mais il ne désespère point de la liberté, et par une suite naturelle de cette charité chrétienne qui, pour les quakers, comme pour les catholiques, forme l'es* sence de la religion et de la vie, il n'admet point l'inégalité politique, parce qu'une telle inégalité ne peut entrer dans les desseins de la Providence, qui a fait tous les hommes pour être amis, pour être frères.

Et maintenant, entre ces deux hommes, dont l'un assigne à la société pour fin dernière la propriété et donne tout aux propriétaires, et dont l'autre, devançant de si loin son siècle, a vu la fin de la société dans la liberté et le bonheur général, et s'en remet à tous du soin de défendre ce trésor commun, demandez-

1. J'emprunte à Bancroft ees paroles de Penn, t. Il, chap. xvi» paêdmm

VOUS, je ne dis point quel est l'esprit le plus fortement trempé, mais quel est le plus profond politique; leurs œuvres les jugeront. Locke le landgrave (je ne parle point du philosophe) n'a produit qu'une œuvre avortée ; au contraire, Penn le quaker a fondé un État riche, libre, florissant; un État dont le nom, par une juste récompense, immortalise ce génie bienfaisant, qui eut confiance dans la liberté, et qui comprit l'humanité mieux que de plus grands politiques, peut<êtro parce qu'il l'aimait davantage.

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