ARRIVÉE DES NORMANDS
jamais et que toute la construction semble complète sauf qu'elle est sans toiture. La première mention qui ait été faite de ce bâtiment est dans un testament du gouverneur Benoît Arnold à la date de 1677. Il Tappelle « mon moulin à vent bâti en pierre ». Mais il est^ si différent des moulins à vent ordinaires, tels qu'on les rencontre en Amérique, qu'on a longtemps douté que cette tour eût été bâtie en vue d'une semblable destination.
U y a environ trente-cinq ans, le professeur Rafn
membre de la Société royale des antiquaires du Nord
à Copenhague, publia un ouvrage d'où il ressort que
les Normands ou Scandinaves ont évidemment visité
les parages de l'Amérique du Nord, vers l'an ] 000 de
notre ère, et qu'ils abordèrent probablement dans la
baie de Narragansett. De là quelques antiquaires
américains ont conclu que la vieille tour de Newport
pourrait bien avoir été construite par ces premiers
voyageurs. On examina aussi, à peu près à la même
époque, une inscription trouvée sur le rocher de
Dighton dans le Massachusetts, et l'on jugea que
quelques mots de celte inscription étaient en langue
Scandinave. On se rappela, en outre, qu'un squelette
revêtu d une cuirasse de cuivre aurait été retiré du
sol à Fall River, ville du Massachusetts située entre
JUighton et Newport, et l'on pensa que ce pouvait bien
être celui d'un « vikmg » ou pirate normand. Le
poète Longfellow a écrit une ballade sur ce «squelette
armé ». Le squelette fut malheureusement anéanti'
quelque temps après, de sorte (pie nous ne savons
que peu de chose à son sujet. Mais il est aujourd'hui
reconnu que les Normands ne portaient pas d'armures
de cuivre, tandis que les Indiens d'Amérique se
servaient parfois, en guise de cuirasses, des débris de
Bi
chaudières qu'ils achetaient aux colons anglais. L'inscription de Dighton fut probablement tracée par les Indiens, car ce rocher rappelle beaucoup d'autres roches sculptées de l'intérieur du continent, et le squelette est peut-être celui d'un guerrier indien. Quant au Vieux Moulin de pierre, on a constaté une grande analogie entre lui et les moulins qui existent encore dans le comté d'Angleterre d'où sortait le gouverneur Arnold. Nous ne pouvons donc raisonnablement admettre que ces divers vestiges remontent aux temps reculés des Normands, bien qu'il y ait lieu de croire que les Normands aient visité jadis le continent américain.
N'oublions pas que les Normands étaient de hardis navigateurs, comme le sont encore leurs descendants les Danois, les Norvégiens et les Suédois. Il est rare que dans un équipage considérable il ne se trouve pas quelque marin qui appartienne à l'une de ces nations. Leurs ancêtres avaient le même amour passionné de la mer; or, quand nous regardons la carte, nous voyons qu'il n'y a pas très loin de la Norvège à l'Islande et du Groenland au Labrador. Un navigateur arrivé au Labrador devait nécessairement être tenté de descendre plus bas en suivant la côte de l'Amérique du Nord. Très certainement les Normands s'établirent en Islande il y a un millier d'années, et les annales islandaises nous apprennent qu'une colonie fut envoyée de là au Groenland où elle demeura longtemps. Quelques-uns de ces émigrants ont pu très facilement continuer leur route jusqu'au Labrador, ou bien encore quelque vaisseau parti pour le Groenland aura couru des bordées vers l'ouest et touché de cette façon, sans le vouloir, le continent même. Quoi qu'il en soit, les vieilles; traditions nor-