ARRIVEE DES NORMANDS
végiennes rapportent que les Normands, en naviguant vers l'ouest, atteignirent, à peu près vers l'an 1000 de notre ère, un pays inconnu situé au delà du Groenland. Voici comment ce fait est raconté dans les sagas ces curieux monuments historiques et littéraires du Nord :
Un prince nommé Leif le Fortuné, fils d'Erik le Rouge, fila sur mer à l'ouest du Groenland, avec trente-cinq hommes dont l'un était Allemand. Après avoir abordé sur une terre inconnue, cet Allemand, nommé Tyrker, s'éloigna du reste de la bande pendant une journée entière; on le crut perdu. Quand il revint, il s'exclamait en allemand, roulait des yeux hagards et semblait hors de lui; à la fin cependant il s'expliqua dans la langue de ses camarades :
« Je n'ai pas été loin, leur dit-il, mais j'ai trouve quelque chose de considérable, j'ai trouvé des vignes et du raisin.
— Dis-tu vrai? lui demanda Leif.
— Assurément, car, moi, je viens du pays de la vigne et du raisin! »
Ils dormirent cette nuit-là, continue la chronique, mais, le matin étant venu, Leif dit à ses hommes ': a Nous aurons désormais double besogne. Chaque jour nous cueillerons des raisins ou nous arracherons des vignes, ou nous abattrons des arbres, afin que je puisse en faire. une cargaison pour mon navire. » Ce qui fut accompli. La chronique dit que leur chaloupe fut remplie de raisins. Ils coupèrent et arrachèrent de quoi charger le navire, et, le printemps venu, ils se hâtèrent de mettre à -la voile pour partir. Leif donna un nom à la terre ainsi découverte et la nomma, d'aflrès la nature de ses produits, Yinland. Le navire gagna
ensuite la haute mer, et un vent favorable le poussa jusqu'en vue du Groenland.
Un an ou deux après, le frère de Leif, nommé Thorwald, eut le désir de visiter le Vinland à son tour, car il pensait que cette terre n'avait été qu'imparfaitement explorée. Suivi de ses compagnons, il chercha l'endroit où Leif avait bâti des huttes et y passa l'hiver. Au printemps, la nouvelle troupe commença d'explorer la côte vers l'ouest. Trois bateaux leur apparurent, trois bateaux de peaux de bêtes, montés chacun par trois hommes, trois Indiens, apparemment, que les légendes du Nord nomment « Skrselings ». Les Normands les attaquèrent et les tuèrent tous, à l'exception d'un seul. Alors la baie se couvrit d'innombrables bateaux semblables aux premiers, qui se dirigèrent contre eux. Thorwald dit à ses guerriers : « Nous lèverons nos boucliers de guerre et nous nous préserverons de notre mieux, mais sans engager de combat. » Ainsi firent-ils. Les Skrœlings tirèrent sur eux pendant un certain temps, mais bientôt prirent la fuite aussi vite qu'il leur fut possible. Thorwald, blessé d'une flèche, expira, et ses compagnons découragés regagnèrent le Groenland au printemps
suivant.
Néanmoins le Vinland était désormais bien connu; des troupes de Normands plus nombreuses y vinrent par la suite. Ils firent chez eux des récits enthousiastes de leur nouvelle demeure, parlant avec éloge des raisins, du saumon et du sol fertile, disant que le jour et la nuit étaient plus égaux dans ces régions qu'au Groenland et en Islande.
Les Indiens ou Sknulings revinrent dans leurs ba»aux de peaux de bêtes, mais avec des intentions Lacifiques celte fois, pour trafiquer. Un jour que
ces sauvages étaient occupés à échanger des fourrures contre du drap rouge, un taureau qui appartenait aux étrangers sortit du Lois en mugissant. Aussitôt les Skrtelings sautèrent clans leurs canots et s'enfuirent à la hâte. Quand ils revinrent, ce fut armés et combattants. Ils assaillirent les Normands à coups de flèches, et ceux-ci ne parvinrent qu'avec peine à les repousser. En somme, les étrangers du Nord ne menèrent pas une vie précisément tranquille pendant leur séjour dans le Vinland. Ils y passèrent pourtant plusieurs hivers, et une femme nommée Gudrid y mit au monde un fils que l'on appela Snorri, et qui fut peutêtre le premier enfant de race Manche né sur le continent américain.
Il existe encore un grand nombre de récits de ce genre dans les traditions Scandinaves, mais aucun n'est de nature à nous fournir des renseignements plus positifs. On ne peut guère douter que les Normands n'aient abordé sur les côtes de l'Amérique du Nord. Nous ne saurons peut-être jamais, toutefois si ce Amland dont il est question dans les sagas 'est Rhode-Island ou la Nouvelle-Ecosse, ou un autre point du continent. Pendant quelque temps on crut à Rhode- Island.
Gomme les récits en question mentionnent un climat doux et des raisins sauvages, l'idée vint que cette description pouvait se rapporter à Newport, où l'on trouve en abondance cette sorte de raisins dans les îles de la baie; mais les raisins sauvages croissent aussi dans la Nouvelle-Ecosse, et le climat de cette contrée peut avoir semblé doux à des R cns qui arrivaient d'Islande.
Voilà tout ce que nous pouvons dire à ce sujet II est possible que l'on trouve un jour sur les côtes de
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la Nouvelle-Angleterre des traces du passage des Normands ; en attendant, on aurait peine à croire, sans la preuve fournie par leurs propres légendes, qu ils y fussent jamais venus.