‹ Histoire des États-Unis, racontée à la jeunesseChapitre 81 sur 96 · COMBATS DANS LE TENNESSEE · texte numérisé non relu

COMBATS DANS LE TENNESSEE

de canons d'une très longue portée. On attaqua rudement et on fut violemment repoussé au fort Wagner le 18 juillet 1863. Dans ce combat, les troupes de couleur furent placées en avant et leur jeune commandant, le brave colonel Shaw, perdit la vie. La prise du fort eut lieu en septembre et Charlostown fut dès lors serré de plus près. Bref, les chances de la guerre devinrent décidément favorables à la cause de l'Union, vers la lin de 1863.

« La paix, disait à cette époque le président Lincoln, n'est pas si éloignée qu'on pouvait le supposer naguère. J'ai l'espoir non seulement qu'elle se conclura bientôt, mais qu'elle sera durable et digne d'être gardée dans les temps à venir. »

Au commencement de 1864, quelques combats d'avant-garde vaillamment menés eurent lieu des deux côtés, mais sans résultat. Le général Kilpatrick conduisit sa cavalerie à trois milles do Richmond (Virginie). Le général Seymour occupa Jacksonville (Floride), qui avait été déjà prise et abandonnée deux fois; il avançait de plus en plus lorsque la sanglante bataille d'Olustee arrêta ses progrès (20 février). Le général Banks, qui conduisait dans le sud-ouesl une expédition sur la rivière Rouge, fut battu et repoussé, lui aussi. Ses canonnières faillirent être submergées dans la chute du fleuve et n'échappèrent à ce péril que grâce à l'habileté d'un officier volontaire, le colonel Bailey, qui établit des barrages en travers du courant, et fit redescendre la rivière aux navires. Tandis qu'avait lieu l'expédition de la rivière Rouge, le général confédéré Forrest poussa une pointe dans le Tennessee et le Kentucky, prit le port Pillow (12 avril) et massacra trois cents soldats de couleur qui formaient une partie de la garnison.

Cette année-là, le général Grant fut nommé au commandement en chef des armées de la République, avec le titre de lieutenant général (17 mars). 11 conçut le plan de deux grands mouvements stratégiques qui devaient être exécutés à la fois ; le premier, dirigé contre Richmond (Virginie) par l'armée du Potomac que commandait le général Meade, mais sous la surveillance immédiate du général Grant ; le second était confié exclusivement au général Sherman, qui entreprit de guider la marche d'une armée au sein des États rebelles, depuis les montagnes jusqu'à la mer.

En commençant son mouvement offensif en Virginie, le général Grant écrivit au président Lincoln :

« Je me propose d'en finir sur cette ligne, dussé-je y mettre tout l'été. »

En effet, bien qu'il se vît obligé plus d'une fois de changer de position, il persévéra quand même ; aux mois de mai et de juin, il essuya des pertes terribles dans les batailles de la Wilderness, de Pennsylvania et de Gold-Harbor, où il laissa en tout soixante-dix mille hommes. Il mit le siège inutilement devant Richmond ; en somme, malgré l'aide que lui apporta dans une brillante attaque le général Sheridan, toute la campagne de Grant en 1864 fut décourageante pour les nordistes. Le général confédéré Early, à la tête de vingt mille hommes, poussa une pointe en Pennsylvanie au mois de juillet et brûla la ville de Chambersburg. Une incursion fut également faite dans la ville de Saint-Alban (Vermont) par quelques confédérés venus du Canada qui surprirent les habitants, pillèrent les banques et se retirèrent ensuite. Le général Early fut poursuivi par Sheridan et battu à Cedar-Creek le 19 octobre. Cet événement est devenu depuis le

sujet d'une ballade par Buchanan Read, intitulée Sheridan's Ride, la Chevauchée de Sheiïdan. Voici comment il se produisit : Les troupes de Sheridan avaient été attaquées par Early pendant une absence momentanée de leur général, et refoulées à une distance de quatre milles avec des pertes sérieuses. Sheridan apprit que la bataille était engagée, tandis qu'il était encore à Winchester, à vingt milles de là. Il accourut aussitôt, bride abattue, rencontrant ses troupes qui fuyaient; il les rallia et changea la défaite en victoire. Cinquante pièces d'artillerie et un grand nombre de prisonniers tombèrent entre ses mains.

Sur mer, les corsaires confédérés avaient pendant un certain temps porté de graves préjudices aux vaisseaux marchands américains. Le Shenandoah, par exemple, avait détruit trente-quatre baleiniers dans les mers arctiques, et YAlabama avait pris soixantecinq navires. Les bateaux de commerce américains étaient chassés pour ainsi dire de l'Océan ou bien forcés de se mettre sous la protection du pavillon britannique. Les corsaires confédérés esquivèrent cependant la rencontre des vaisseaux de guerre du nord, jusqu'à ce que YAlabama eût été attaqué par le Kearsarge, capitaine Winslow, en vue de la côte de Cherbourg (France!, le 18 juin 1864. Pendant l'action, les deux vaisseaux naviguèrent à raison de sept milles à l'heure, tournant en cercle l'un autour de l'autre afin d'arriver à ce que leurs bordées portassent. Ayant décrit sept de ces circuits, ils n'étaient plus qu'à un quart de mille l'un de l'autre quand YAlabama coula. Le capitaine Sommes et son équipage furent recueillis par un yacht anglais.

Une autre brillante action navale fut accomplie dans la baie de Mobile par le capitaine Farragut

(5 août). Cette haie était un refuge pour les coureurs de blocus, elle était défendue par deux forts, par des torpilles placées à l'entrée du goulet et par un vais • seau blindé colossal de grande puissance, le Tennessee. Farragut devait franchir ces obstacles avec des vaisseaux en bois. 11 n'avait qu'un très petit nombre de iiiuitilors, dont l'un fut bientôt fracassé par une torpille et coulé bas avec son équipage. Alors il eut l'heureuse idée de munir ses vaisseaux en bois de bossoirs en fer, afin qu'ils pussent attaquer le vaisseau blindé. Le dangereux Tennessee fut enfin désemparé et se rendit en même temps que les forts.

Une autre rencontre qui peut passer pour l'action navale la plus audacieuse de toute cette guerre fut celle qui se termina par la destruction d'un puissant navire blindé, FAlbemarle, dans la nuit du 27 octobre 1864. On l'anéantit au moyen d'une torpille que lança un petit navire de guerre commandé par le lieutenant Gushing; celui-ci s'était dévoué volontairement pour accomplir cette dangereuse mission. Son propre esquif coula par le choc de la torpille. Lui seul et un homme de son équipage parvinrent à se sauver à la nage, sous le feu meurtrier du vaisseau blindé.

Mais le grand événement de l'année 1864 fut la campagne du général Sherman dans le Tennessee, et sa marche sur Savannah à travers la Géorgie. Son but était d'intercepter les approvisionnements des confédérés et de rompre leurs communications par voies ferrées. La campagne s'ouvrit au commencement de mai. Sherman avait à traverser avec son armée une suite de régions montagneuses cl de défilés hérissés de fortifications. Il prit l'importante ville d'Atlanta (Géorgie) et de là commença sa fameuse marche vers la mer. Cette marche avait lieu

MARCHE DE SIIEK M A N.

dans un pays fertile, où l'armée, forte de soixante mille hommes qui s'avançaient sur deux colonnes dirigées par les généraux Howard et Slocum, pouvait s'approvisionner largement de tout ce qui lui était nécessaire.

Après une marche de trois cents milles, elle atteignit la mer et ouvrit des communications tant avec les troupes du général Foster campées à Hilton-Head qu'avec la flotte de l'amiral Dahlgren.

Les confédérés ahandonnèrent Savannah, qui tomha aux mains des soldats de l'Union. Ce fut alors que Sherman écrivit au président Lincoln :

« Je demande la permission de vous offrir, comme présent de Noël, la ville de Savannah, avec cent cinquante canons, une quantité considérable de munitions et vingt-cinq mille halles de coton. »

Il n'avait perdu en route que soixante-trois hommes tués et deux cent quarante-cinq blessés.

En janvier 1865, le général Sherman continua sa grande marche de Savannah vers le nord. Il écrivit lui-même à ce sujet : « La Noël nous a trouvés à Savannah. Nous n'y avons séjourné que le temps nécessaire pour remplir nos fourgons , après quoi nous avons entrepris une autre marche qui, sous le rapport des périls, de la peine et des résultats, peut défier la comparaison avec aucune de celles qu'a jamais opérées une armée régulière. Les inondations de la Savannah, les marais du Gombahee et de l'Edisto, les montagnes et les rochers de la Santee, les fondrières des rivières Pedec et Cape Fear, tout cela a été franchi au milieu de l'hiver, en dépit des pluies et en face d'une armée toujours grossissante; à la suite des batailles d'Averysborough et de Bentonsville, nous sommes parvenus enfin à

sortir des solitudes pour rejoindre nos amis à Golds- Lorough. »

Les amis en question n'étaient autres que les troupes commandées par le général Schofield ; Sherman les rejoignit le 23 mars. Il avait prouvé par ce dernier exploit que la Confédération du sud n'était plus, selon sa propre expression qu' « une coquille vide », puisque les soldats avaient dû nécessairement abandonner l'intérieur des terres pour défendre les frontières. La marche triomphante de Sherman décida du dénouement de la guerre. Elle aida aussi à la prise deCharlestown, dont le siège durait depuis plus de cinq cents jours. La ville fut enfin abandonnée le 17 février par les confédérés, qui auparavant mirent le feu en différents quartiers. D'autres succès eurent lieu après celui-là, entre autres la prise, par le général Terry, du fort Fisher, qui protégeait Wilmington (Caroline du Nord). Mais ce ne lurent que les préludes du mouvement final de Grant contre Richmond.

Le 29 mars 1865, le mouvement de l'armée du général Grant commença. Ses observations personnelles et la réussite de la dernière expédition tentée par le général Sherman l'avaient convaincu de l'état d'épuisement des troupes confédérées. Encore un effort, et la guerre touchait à son terme. Il mit donc l'intrépide Sheridan à la tète de toute la cavalerie, avec ordre de harceler l'ennemi dès l'aube du jour et d'attaquer son arrière-garde. Le 1 er avril 1865, Sheridan, soutenu par Warren et Humphreys, gagna la bataille décisive de Five-Forks, en tournant le flanc de l'armée do Lee. Cinq mille prisonniers tombaient en son pouvoir. Deux joursaprès, Pelersburg et Richmond étaient occupés par les troupes de l'Union.

PRISli DE KICHMOND.

Le général Lee, comprenant qu'il ne pouvait plus garder ses positions à Petcrsburg, avait expédié à Jefferson Davis la dépêche télégraphique suivante :

« Mes lignes sont rompues en trois endroits. Il faut que Richmond soit évacué ce soir. »

C'était un dimanche : le télégramme fut remis à Jefferson Davis pendant qu'il était à l'église au milieu du profond silence de la congrégation. Il sortit en toute hâte, et le hruit se répandit avec la rapidité de l'éclair que la ville allait être évacuée. En effet peu d'heures après, on vit stationner, devant les bureaux du gouvernement, des chariots où l'on empilait dus coflres. Bientôt les rues s'emplirent d'une foule effarée qui se précipitait hors de la ville emportant avec elle des valeurs de toute espèce.

On offrit jusqu'à cent dollars d'or pour une voiture de transport; des approvisionnements considérables furent expédiés à l'armée en retraite et l'on dislribua libéralement tout ce qui en restait à la population noire et blanche sans distinction de couleur. Le conseil de ville donna l'ordre de détruire tous les spiritueux qui se trouvaient dans la cité aiin de prévenir l'ivresse. Mais les soldats en enlevèrent, malgré cette précaution, une grande partie, ce qui augmenta la confusion. Quatre grandes fabriques de tabac furent livrées aux flammes par les autorités militaires. On brûla ou l'on fit sauter les navires; les ponts furent incendiés; toute la nuit cette ville éperdue offrit le spectacle d'un bouleversement complet. Le lendemain, 3 avril, Richmond fut occupé par les troupes de couleur de l'armée de l'Union, sous le général Weitzcl. Dès lors la Confédération du sud n'eut plus de capitale. Lee fit de courageux efforts pour opérer une retraite en bon ordre, mais il fut suivi de près par Slicridan,

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