‹ Histoire des États-Unis, racontée à la jeunesseChapitre 80 sur 96 · PRISE DE LA NOUVELLE-ORLEANS · texte numérisé non relu

PRISE DE LA NOUVELLE-ORLEANS

tions avec des pertes énormes, mais le second jour, soutenu par les renforts que lui amena le général Buell, l'armée de l'Union reconquit le terrain d'où elle avait été repousséc la veille. Plus de cent mille hommes prirent part à la bataille de Pittsburg Landing; il y eut environ dix mille tués et blessés de chaque côté.

L'un des exploits les plus mémorables de cette année 1862, fut la prise de la Nouvelle-Orléans par la force navale qu'avait, sous ses ordres le commodorc Farragut, appuyée par l'armée de terre que commandait le général Butler. La ville était fortement défendue : à soixante-quinze milles au-dessous se trouvaient deux forts considérables; devant ces forts, une chaîne barrait le fleuve, avec des terrassements à chaque bout ; entre les forts et la chaîne flottaient cinq radeaux chargés de matières inllammablcs, sans parler de treize chaloupes canonnières, d'uni' batterie flottante cuirassée et d'un vaisseau blindé. Le commodore Farragut canonna vainement les forts, mais il sauva sa flotte des brûlots en les prenant et en les éteignant l'un après l'autre. A la fin il résolut de passer entre les forts. En conséquence, il poussa en avant, le 24 avril 1862, et malgré le feu violent des forts, des vapeurs .et de la batterie, la flotte parvint enfin à remonter le fleuve. Un seul vaisseau unioniste, la Varuna, coula ou désempara six navires rebelles; le soir même, Farragut jetait l'ancre au delà du poste de quarantaine. Le lendemain matin, il atteignit la ville et en prit possession; les forts, ainsi que la flotte qui était sur le Missiseipi, se rendirent quelques jours après. Le I er mai, le générai Butler, avec une armée de terre, fit son entrée dans la Nouvelle-Orléans, et proclama la loi martiale. Farragut

continua ensuite à remonter le fleuve, et malgré la résistance prolongée de Vicksburg, la possession du bassin inférieur du Mississipi fut assurée dès lors au gouvernement de la République.

Mais l'événement le plus important de cette annéelà, fut à coup sur un événement politique : la proclamation du président Lincoln, relative à l'émancipation des esclaves. A l'origine, la guerre n'avait pas eu pour cause l'abolition de l'esclavage, mais purement et simplement la conservation de l'Union; même, lorsqu'à différentes reprises, et sur différents points, les généraux nordistes Frémout, Phelps et Hunier voulurent affranchir les esclaves appartenant à des maîtres sécessionnistes, le président eut soin d'annuler leurs actes ou de limiter l'affranchissement à ceux des esclaves que l'on employait contre le gouvernement. Mais enfin l'abolition de l'esclavage s'imposa comme une nécessité, et le 22 septembre 1862, le président Lincoln lança la proclamation suivante :

« Au premier janvier, l'an de Notre-Seigneur mil -,huil cent soixante-trois, tous les individus réduits à la condition d'esclaves dans la limite de quelqu'un des États ou dans une partie désignée de cet État, dont la population se trouvera alors en rébellion contre les États-Unis, seront, à partir de ce jour et pour jamais libres. Et le pouvoir exécutif des États-Unis, y compris le pouvoir militaire et le pouvoir maritime, reconnaîtront et maintiendront la liberté desdits individus, se gardant de réprimer aucun des efforts qu'ils pourront accomplir en vue de recouvrer leur liberté. »

Dans son message au Congrès, le président expliquait ainsi cet acte politique :

« En donnant la liberté à l'esclave, nous assurons

Ja liberté aux hommes libres, trouvant de la sorte égal honneur et égal profit à donner et à recevoir. Nous sauverons noblement ou nous perdrons honteusement la dernière et la meilleure espérance qui subsiste ici-bas. Le but est simple, pacifique, glorieux et juste. En le poursuivant, nous mériterons à tout jamais les applaudissements du monde et les bénédictions de Dieu. »

Presque dans le môme temps où parut cette proclamation, la mesure politique qui consistait à lever des troupes de couleur, commença d'être mise systématiquement en pratique par le gouvernement. Déjà au mois de mai 1862, le général David Hunier avait organisé dans la Caroline du Sud, sous sa propre responsabilité, un régiment de noirs; bien que ce régiment eût été licencié par ordre du gouvernement, une compagnie, conservée au service, devint le noyau du « Premier Volontaires de la Caroline du Sud », levé officiellement au mois d'octobre par le général llul'us Saxton.

Durant l'été de la même année, le « premier régiment de couleur du Kansas » fut enrôlé dans l'Etat de ce nom par le général Lanc. Ce furent là les premiers régiments composés d'esclaves affranchis.

Le général Butler avait également rencontré à la Nouvelle-Orléans quelques régiments d'hommes de couleur libres, à demi organisés pour le service des confédérés, et les avait incorporés dans les troupes de l'Union.

Le jour de l'an 1863, le président Lincoln lança une seconde proclamation, confirmant la précédente et déclarant une fois de plus l'abolition de l'esclavage. Bientôt après, le général Hooker succéda au général Burnside dans le commandement de l'armée du Poto-

mac, mais il fat défait par le général Lee à Chancellorsville (Virginie). Dans cette bataille tomba lo général Jackson, appelé « Stonewall » Jackson, autrement dit « Mur de pierre », le plus populaire des généraux confédérés. Une période de réaction et de découragement s'ensuivit. Les frais de la guerre pour l'Union s'élevaient à un chiffre énorme. Les grosses primes d'encouragement que l'on était réduit à payer aux soldats, avaient amené force drôles intitulés : « bounty jumpers », soulevewrs déprimes, qui s'enrôlaient à prix d'or, puis désertaient pour s'enrôler de nouveau. Dans la seule armée du Potomac se produisirent plus de deux cents désertions par jour. On décida alors que les citoyens seraient soumis à la conscription, mais une telle mesure était très impopulaire. Sur ces entrefaites, le général Lee résolut d'envahir les États-Unis du nord. Il descendit la vallée de Shenandoah, traversa le Potomac et marcha sur Chambersburg. Arrivé à Gettysburg, son avant-garde rencontra la cavalerie de l'Union. Une mêlée générale s'engagea à l'improviste. Les troupes de l'Union étaient commandées par le général George Meade. La bataille commença le 1" juillet et dura trois jours. Quatre-vingt mille hommes de chaque côté y prirent part et les pertes des deux partis s'élevèrent pour l'un comme pour l'autre à plus de vingt mille hommes. Elle se termina par la défaite et la retraite de Lee et mit fin pour jamais à toute tentative d'invasion dans les États du nord.

On peut regarder la bataille de Gettysburg comme l'acte décisif de la guerre. Au moment où la dernière charge était repoussée, le général Grant traitait pour la reddition de la place de Yicksburg, qui depuis longtemps entravait la navigation du Mississipi. C'était la

CAPITULATION DE VICKSBURG.

plus importante des places fortes du sud-ouest, placée qu'elle était sur une hauteur et protégée de tous côtés par des batteries d'artillerie. Elle succomba après un siège de quarante-sept jours et capitula le 4 juillet.

Une brillante expédition de cavalerie conduite par le colonel Grierson, coïncida avec ce siège. Le colonel, suivi d'un corps d'environ mille cavaliers, traversa comme un ouragan l'État de Mississipi, franchissant en une quinzaine de jours 400 milles de territoire, détruisant les ponts et interceptant les convois d'approvisionnements militaires. Le général confédéré Morgan tenta aussi une attaque hardie à travers le Kentucky jusque dans l'Indiana, avec trois mille hommes de cavalerie, mais fut battu et fait prisonnier.

Port-Hudson, que le général Banks avait assiégé pendant plusieurs semaines, fut obligé de se rendre peu après la capitulation de Vicksburg, et de nouveau les eaux du Mississipi se rouvriront aux navires de l'Union. On avait fait là un grand pas en avant, mais à mesure que le temps marchait, il devenait de plus en plus difficile de lever des soldats pour la guerre, et dans plusieurs localités il se manifesta une vive opposition contre le tirage au sort; à New-York, notamment, il y eut une grosse émeute dirigée en réalité contre la population de couleur et tous ceux qui la protégeaient, bien que la conscription en fût le prétexte. Cette émeute éclata le 13 juillet et dura trois jours, les miliciens étant absents pour la défense de la Pennsylvanie, et les agents de police tout à fait impuissants à maintenir l'ordre. Des maisons furent brûlées et parmi elles un orphelinat ; les nègres furent poursuivis et tués dans les rues.

Dans le courant de la même année, la général

Rosecrans, commandant un corps considérable de l'armée do l'Union, essuya une terrible défaite à Chickamauga, dans le Tennessee. Son armée, assiégée dans Chattanooga, faillit succomber à la famine. Elle fut secourue enfin par le général Grant, qui, grâce à une suite d'habiles manœuvres, et après un combat de trois jours, parvint à déloger l'armée confédérée des fortes positions qu'elle occupait sur les montagnes environnantes. Le premier mouvement d'attaque fut exécuté avec tant de régularité et de précision que les confédérés, campés sur les hauteurs, crurent qu'ils assistaient à un exercice de parade, à une revue. Le général Thomas prit OrchardKnob, le général Hooker escalada les hauteurs de Lookout Mountain et livra une bataille au-dessus des nuages pour ainsi dire ; le général Sherman attaqua Missionary-Ridge; enfin l'armée tout entière, gravissant le flanc de la montagne sous un feu meurtrier, chassa l'ennemi de ses retranchements situés à cinq cents pieds au-dessus. Ce fait d'armes prodigieux eut lieu le 25 novembre 1863. Dans les deux batailles, plus de vingt mille hommes tombèrent de chaque côté, mais les troupes confédérées furent chassées du Tennessee.

Pendant ce temps, on n'avait guère avancé dans la région du sud, bien que les monitors de l'amiral L'upont, soutenus à terre par les troupes du général Hunter, eussent attaqué avec succès Charlestown (Caroline du Sud).

Plusieurs expéditions avaient été entreprises aussi sur les rivières du sud, en deçà des lignes confédérées, mais rien de très important ne s'était produit néanmoins avant l'arrivée du général Gillmore qui forma le plan d'un véritable siège, conduit principalement de Folly et des îles Morris, contre Charlestown, au moyen

Page 1