III* LEÇON. — COMMENT S'EST FAITE LA CONSTITUTION
unité, où on laisse aux communes, aux corporations, aux individus le droit de vivre à leur gré, il y a une floraison admirable , un épanouissement de liberté, de richesse et de prospérité. L'unité n'est donc pas tout, il faut une unité qui se concilie avec la liberté, une liberté qui permette l'unité.
Il y a un point milieu , un point où le pendule qui oscille entre le despotisme et l'anarchie doit s'arrêter. Fixer ce point est une question capitale. Affaiblir l'unité nationale, personne n'y songe ; affaiblir le gouvernement qui représente l'unité nationale au dehors, personne ne le veut; mais chercher ce que, sans affaiblir le gouvernement au dehors, on peut introduire de liberté au dedans, faire cette part que la centralisation chez nous a trop diminuée, c'est là aujourd'hui un des grands problèmes de la politique. A ce point de vue vous sentez combien nous intéresse l'histoire des tentatives faites par l'Amérique avant d'arriver à trouver sa constitution, car sous une autre forme le problème est celui qui nous touche : laisser à l'indépendance locale tout ce qu'on peut lui laisser sans nuire à l'unité nationale. Est-ce là seulement une théorie qui n'a plus qu'un intérêt historique? Non; nous sommes dans le vif de la question.
Quand l'Amérique voulut se constituer, elle fit ce que font les peuples civilisés, chaque fois qu'ils se trouvent dans une situation nouvelle, elle regarda autour d'elle, elle examina comment s'étaient tirés d'embarras, comment s'étaient organisés les États qui avaient traversé des crises semblables.
L'Amérique chercha donc des exemples en Europe. Elle y trouva une confédération qui faisait l'admiration des politiques. Cette confédération dont la gloire est effacée aujourd'hui par la gloire plus haute de l'Union américaine, c'est celle des Pays-Bas, la Hollande de nos pères.
Les Pays-Bas sont un petit État qui vit fort heureux, et qui, avec ses deux millions d'habitants, en gouverne quarante ou cinquante millions dans les îles indiennes; nous ne nous en occupons guère : c'est un peuple qui a conquis ses libertés et qui, au lieu d'en parler, en jouit paisiblement. Mais la Hollande a été la mère de la liberté moderne; l'Angleterre s'est mise à son école quand elle a voulu constituer son gouvernement.
Au dernier siècle, la Hollande, qui n'avait pas perdu sa suprématie maritime, est encore comptée par Montesquieu au nombre des trois grandes puissances, qui sont pour lui l'Angleterre, la Hollande et la France. Il était naturel que F Amérique tournât les yeux vers cette confédération dont Montesquieu fait un grand éloge *. Or, la confédération des Pays-Bas était composée de sept provinces indépendantes qui avaient seulement un point d'union par leur diète , leur armée et le chef de leur armée , le stathouder. Quand il s'agissait de discuter une question d'intérêt commun , chaque province envoyait ses députés à la diète, et chacune d'elles avait une voix. Mais comme l'indépendance provinciale était complète, la diète n'était en réalité qu'une