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Li/e of Hamilton, t. Il, p

Ve LEÇON. — LA CONFÉDÉRATION, 1784-1783. 123

pas voté en 1780 sur la question des retraites, le nouveau congrès déclara qu'il n'était pas engagé. C'est aux États particuliers qu'on renvoya le 6oin de régler et de payer les pensions des officiers.

L'armée était peu satisfaite de cette décision du congrès, quand, à ce même moment, les préliminaires de la paix entre l'Angleterre et l'Amérique furent signés en novembre 1782. On ne désarmait pas, on fut encore près d'une année à s'observer; mais cependant on avait la certitude de la paix. L'armée s'inquiéta : il n'était pas douteux qu'une fois la paix signée, n'ayant plus besoin d'elle, on la licencierait. On allait renvoyer dans leurs foyers des officiers qui depuis sept ans combattaient et avaient lutté contre des misères et des difficultés de toute espèce ; on allait les renvoyer sans ressources et avec les dettes qu'ils avaient contractées au service. Probablement, comme le dit Hamilton, il y en avait un certain nombre que leurs créanciers attendaient au retour pour les jeter en prison.

Une armée ainsi menacée, et qui a le sentiment de sa force et de son droit, n'est pas facile à mener, même dans le pays où l'idée de liberté est la plus répandue. Ce que les hommes supportent le moins, c'est l'injustice, surtout quand elle est aussi éclatante. Effrayés de l'avenir, irrités de l'ingratitude du congrès, sans argent, sans crédit, sans avenir, les officiers envoyèrent à Philadelphie un certain nombre de délégués pour faire valoir les droits de tous.

Au congrès et dans le pays, l'opposition était si vive contre tout traitement annuel, que les officiers renon-

cèrent à cette prétention légitime; ils se contentèrent de demander cinq à six ans de solde, de manière à leur tenir lieu de retraite. Arrivés à Philadelphie, les délégués de l'armée trouvèrent là deux partis qui commençaient à se dessiner et qui devaient avoir une grande influence sur la formation de la constitution.

Il y avait dans le congrès de 1782 des hommes qui, jusque-là, n'étaient pas entrés dans la vie politique, comme Hamilton, Madison, Gouverneur Morris et quelques autres. C'était une nouvelle génération qui n'avait ni toutes les idées ni toutes les passions de ceux qui avaient fait la révolution. Comme les patriotes de 1775, Hamilton et ses amis avaient combattu pour affranchir l'Amérique; mais, une fois la paix faite, on ne s'entendait plus sur l'organisation du gouvernement. Les hommes qui avaient commencé la révolution étaient des colons qui avaient appartenu à des provinces parfaitement distinctes, des Virginieos, des gens de la Nouvelle-Angleterre, de la Pensylvanie, de la Caroline. Les hommes qui avaient grandi pendant la guerre n'avaient vu qu'une chose, la patrie. Depuis dix ans, l'idée coloniale avait faibli, l'idée d'union avait pris le dessus. Ces jeunes patriotes avaient ce qu'on a appelé plus tard l'esprit continental , tandis que ceux qui avaient déclaré l'indépendance étaieut animés de l'esprit colonial. Cette différence d'idées parut dans l'affaire des retraites. A cette pétition de l'armée, Hamilton et ses amis prêtèrent une oreille favorable; ils voyaient un intérêt très-grand à faire de l'armée le créancier de la confédération, et non de chaque État; car, disait Ha-

milton, si oq charge chaque État de payer la pension de ses officiers, il n'y aura plus de soldats de l'Union, il y aura des soldats de la Caroline, de la Virginie, et le fruit de la guerre sera perdu. Ces idées étaient trèsbien reçues dans l'armée, l'armée se considérait comme le ciment de l'Union ou comme les cerceaux de la barrique. Une fois ces cerceaux déliés, tout allait tomber. Il y avait donc chez Hamilton, Gouverneur Morris et Robert Morris, le surintendant des finances, une faveur pour l'armée qui plus tard fut injustement soupçonnée; on accusa les hommes de l'Union d'avoir été les excitateurs d'une révolte qu'ils avaient cherché à prévenir.

Sans égard aux services rendus, par jalousie provinciale, par haine des privilèges, le congrès repoussa la demande des officiers.

J'ai raconté, dans un précédent volume, comment ce refus injuste et impolitique produisit dans l'armée une agitation, qui, en tout autre pays et avec un tout autre chef, eût amené la fin de la république et enfanté la dictature. Je ne reviendrai pas sur ces événements qui montrèrent sous un si beau jour le patriotisme et la vertu de Washington. Je dirai seulement que ces événements, Hamilton les avait prévus avec sa sagacité ordinaire.

Aussi n'a-t-on pas manqué de dire qu'il en était l'auteur, car toutes les fois qu'on prévoit quelque chose en politique, il est rare que la foule n'accuse pas le prophète ; c'est tout aussi raisonnable que si on punissait le baromètre d'annoncer la pluie. Hamilton avait averti Washington, et lui avait recommandé de ne pas

t2() LIVRE III. — CONSTITUTION.

se mettre en travers d'un pareil mouvement, et, s'il était possible, d'en prendre la direction et de le modérer.

C'est ce que fit Washington, et vous savez avec quel succès.

Toutefois, Washington n'était pas un de ces hommes qui vivent de leurs rêves, et qui s'imaginent qu'avec un beau discours on satisfasse des intérêts pressants et légitimes. Les officiers , un moment soulevés par l'injustice du congrès et bientôt calmés par la prudence et le dévouement de leur chef, avaient déclaré qu'ils mettaient leur confiance dans la justice du congrès, et qu'ils repoussaient avec mépris les infâmes propositions qui les poussaient à la révolte. C'était bon pour un jour. Une armée maltraitée peut écouter le cri du patriotisme, mais le lendemain il lui faut vivre. Washington le savait mieux que personne, et, après avoir parlé sévèrement à l'armée, le lendemain il écrivit au congrès une des pages les plus nobles qui marquent dans cette correspondance où il y a tant à apprendre pour les amis de la liberté. J'ai déjà cité cette lettre admirable, je ne crains pas de me répéter.

« Assurez, disait-il au congrès, assurez aujourd'hui des fonds pour satisfaire aux justes demandes de l'armée... C'est le plus sûr moyen de conserver le crédit national et d'affermir la paix du continent.

a Si, après le payement si légitimement dû aux officiers, vous trouvez qu'ils n'ont pas droit à une indemnité, c'est moi qui suis dans l'erreur. Si toute l'armée n'a pas mérité la reconnaissance d'un peuple juste, c'est encore une erreur de ma

pari. Si, comme on l'a dit aux officiers pour exciter leur indignation, ils sont les seules victimes de la révolution , s'il faut qu'ils passent dans la honte, le mépris et l'indigence les restes d'une vie couverte de gloire, alors j'aurai connu l'ingratitude, et celte triste épreuve empoisonnera la fin de mes jours.

« Non, mon cœur ne connaît pas ces craintes. Une nation généreuse n'oubliera jamais les services de ceux qui tant de fois l'ont sauvée du danger1. »

Cette lettre de Washington fît une impression des plus vives sur le congrès. On se résolut à satisfaire des demandes trop légitimes, et, le 22 mars 1783, on décida qu'à la paix on donnerait aux officiers cinq années de solde qui devraient leur tenir heu de retraite. On n'osa pas aller plus loin, on avait peur de ces privilèges qui effrayaient les puritains politiques de la Nouvelle-Angleterre. Ce fut ainsi que fut réglée cette grande affaire. Puis il fallut penser à dissoudre l'armée. Là encore, le congrès hésita. Washington insista. Il fallait payer l'armée, on ne renvoie pas les soldats avec des dettes; c'était un devoir que de s'acquitter envers eux. On se décida enfin, grâce au concours de l'habile surintendant des finances, Robert Morris.

Le 4 juillet 1783, on régla les comptes de l'armée. On ne paya pas, car la caisse fédérale était vide ; mais on remit des certificats qui plus tard devaient se transformer en argent. Le 18 octobre une proclamation de Washington prononça la dissolution de l'armée, et, sans désordre ni plainte, tous les soldats et les officiers

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