‹ histoire des EtatsUnisChapitre 24 sur 103 · Life of Madison, p · texte numérisé non relu

Life of Madison, p

quand ils savaient avoir si peu de chances de le revoir. C'étaient là les quatre catégories des créanciers américains.

C'est ici que nous allons voir quel est le danger de ne pas avoir un gouvernement constitué.

Individuellement, il n'y avait pas un Américain qui ne déclarât que cette dette était sacrée; mais quand on arrivait aux États, cette dette de tout le monde se trouvait n'être la dette de personne. Les États renvoyaient les créanciers au congrès, qui avait, disaientils, le droit d'emprunter. Mais quand on emprunte, il faut payer, et les créanciers de l'Amérique commençaient à comprendre qu'on leur empruntait toujours et qu'on ne les payait jamais. C'est précisément pour relever le crédit que le congrès demandait ce droit do douane, qui eût donné satisfaction aux créanciers hollandais et français, en procurant de l'argent.

Rien n'était donc plus sage que la proposition de Madison, cependant elle échoua; il fallait décider les États à voter, on ne put le faire, et c'est alors qu'on arriva à comprendre la nécessité de donner au gouvernement central un pouvoir financier.

C'est une remarque très-juste de Washington, que le peuple ne comprend pas les choses, ne les examine pas, mais qu'il les sent, et que, quand il les sent, alors tout gouvernement qui le gêne lui devient insupportable. Tant qu'on discute sur des théories bonnes ou mauvaises, le peuple écoute, et quand on a crié beaucoup des deux côtés, il ne sait où se tourner, et donnerait volontiers tort à tous les partis; mais, quand ce qu'on

lui a annoncé arrive, quand la banqueroute approche avec ses misères, alors le peuple sent la nécessité d'un bon gouvernement, et rougit d'avoir été trompé.

La proposition de Madison échoua devant la faiblesse du congrès , mais les événements en montrèrent bientôt la sagesse ; et c'est l'opinion commune aux États- Unis que cette proposition dédaignée fut le salut de l'Amérique, parce qu'elle fit comprendre la nécessité de l'Union, et qu'elle amena la Constitution.

On avait déjà fait sentir au peuple l'urgence et la nécessité de grandes réformes : d'une part, on avait décidé que l'armée serait créancière de l'Union; on venait de proposer de créer une dette de l'Union, une dette centrale; Robert Morris avait fondé une banque qui était la banque de l'Union, et qui tâchait de donner un moyen de circulation afin de rétablir le crédit de l'État. Tout cela n'était encore que des réformes sur le papier ; mais ces réformes menaient toutes à l'unité , à l'unité financière , à l'unité commerciale , à l'unité du gouvernement. New-York et Rhode-Island refusaient de consentir à l'établissement de droits de douane, mais ces deux États ne pouvaient plus cacher leur égoïsme sous le nom de l'intérêt général ou de la commune liberté. L'opinion demandait un sacrifice à la cause nationale. Ce sacrifice, Madison et Hamilton en avaient signalé la nécessité, et les événemnnts montrèrent combien leurs indications étaient justes. C est le grand service que ces patriotes rendirent au pays : on commença par s'inquiéter de leurs propositions, par les accuser d'intrigue et d'ambition ; mais ils

134 LIVRfc III. — CONSTITUTION.

avaient dit la vérité. Le temps les justifia, et le jour où le pays se sentit souffrant, il mit sa confiance dans ceux qui ne l'avaient pas trompé.

« Quand on a raison, a dit M. Guizot, on ne sait jamais assez combien on a raison. » Nous avons toujours peur de la vérité, de la justice, de la liberté. Par faiblesse, par crainte du bruit, on tâche de mêler un peu d'erreur avec beaucoup de vérité, ce qui fait un mélange détestable. On dit : je voudrais être juste, mais il y a tant de privilèges à ménager! On tâche de faire une demi- justice et de laisser les privilèges vivre à côté de la liberté. Transiger, c'est fort bien ; mais au bout de quelque temps, le privilège qui est personnel, intelligent, actif, écrase la liberté : tout est à recommencer. D'autres fois, si on se trouve en face d'une liberté réclamée par le vœu général, on dit : oui, cédons; mais cela fera peut-être de l'agitation. Il faut mettre un peu d'administration pour tempérer la liberté, pour la sauver de ses propres excès, et alors, avec ce peu d'administration qui grandit toujours, la

liberté disparaît.

Ce n'est pas ainsi qu'il faut agir; quand on a trouvé la liberté, il faut l'appliquer sincèrement, franchement, complètement. Quand on a trouvé la vérité , il faut la dire et aller de l'avant. On prétend qu'il y a des vérités dangereuses, je n'en connais point : • ce sont les demi- vérités qui sont dangereuses, car, sans cela, il faudrait dire qu'il y a des erreurs qui sont bonnes, ce qui équivaudrait à dire qu'il y a des maux qui sont des biens et des biens qui sont des maux. Il

Ve LEÇON. — LA CONFÉDÉRATION, 1781-1783. 135

faut donc marcher devant soi, et, comme dit un adage rural, il ne faut pas regarder derrière soi quand on herse son champ.

Soyez sûrs qu'en disant la vérité vous rendez un immense service au pays. Un proverbe assure que la vérité a le temps pour elle, mais s'il n'y a personne pour aider le temps, il ne fait rien; en d'autres termes, l'humanité marche par étapes, il faut qu'il y ait quelques hommes, non pas toujours les plus capables, mais les ' plus dévoués, qui marquent les étapes, et qui crient T En avant! hors de la vérité, de la justice, de la liberté, point de salut. Ces gens tenaces et désagréables à leur génération sont la force et la grandeur des nations. Heureux ceux qui, comme Hamilton, Madison et les deux Morris, ont pu servir ainsi leur pays, et l'engager dans la voie où il n'y a jamais de regrets, la voie de la justice et de la vérité!

Page 1