‹ histoire des EtatsUnisChapitre 29 sur 103 · VII* LEÇON. — TRAITÉS, TERRITOIRES · texte numérisé non relu

VII* LEÇON. — TRAITÉS, TERRITOIRES

toire de la constitution américaine. Aujourd'hui je ne peux m'empêcher de réfléchir au bonheur de l'Amérique, qui, dans une situation aussi grave, trouve aussitôt des hommes qui savent ce qu'il faut pour arriver au noble but qu'ils poursuivent. En France nous avons passé par les mêmes phases que l'Amérique, nous avons connu cette situation révolutionnaire, cette agitation dans les esprits, ce mécontentement universel, cette espèce de malaise du malade, qui change sans cesse de côté et ne peut se reposer. Mais des hommes qui se présentent et disent au pays : « Voilà ce qu'il faut faire, et nous le faisons, » c'est ce que nous n'avons jamais vu. Nous sortons d'une révolution par une autre, et nous marchons ainsi, de révolution en révolution, à la ruine de la liberté. A quoi cela tient-il? A deux causes qui se tiennent étroitement : l'ignorance et l'absence d'esprit politique.

Notre ignorance politique n'est pas notre faute, quoique nous ayons fait beaucoup d'expériences depuis soixante-dix ans. Ce que j'appelle l'ignorance politique, ce n'est pas l'absence de cette science qu'on apprend dans les livres, mais de cette science qu'on apprend dans la vie.

En Amérique, un homme commence par être un des agents de sa commune. Membre du comité des écoles, marguillier de son église, inspecteur des routes ou des ponts, curateur d'un hospice, etc., il est toujours occupé à faire deux parts de sa vie, l'une pour ses affaires, l'autre pour la chose publique; l'une pour soi, l'autre pour ses concitoyens. Et de même qu'on ne se sépare

pas de son voisin dans une question municipale, plus tard on sera fidèle à son parti politique, on aura des principes arrêtés, et on sera habitué à y rester fidèle. En France, au contraire, il n'y a jamais que deux grandes catégories, ceux qui sont pour le pouvoir, et ceux qui sont pour l'opposition.

Une révolution arrive ; il semble que les choses vont changer : pas du tout. Ceux qui défendaient l'ancien pouvoir se mettent à défendre le nouveau ; il ne faut pas leur en vouloir, ils comprennent ainsi le salut de la société ! Quant à ceux qui étaient dans l'opposition la veille de la révolution, ils y sont encore le lendemain. Il y a bien quelques hommes intelligents qui passent d'un camp dans l'autre , mais ce n'est pas le grand nombre , et vous pouvez remarquer qu'en France les hommes d'opposition et les hommes de gouvernement sont toujours les mêmes. Les uns veulent tout renverser, les autres tout conserver. Avec de pareilles idées, comment pourrait-on avoir un caractère? S'il faut soutenir le pouvoir quel qu'il soit, si le pouvoir n'a jamais tort, à quoi bon une conscience et un jugement? De même, si l'opposition a toujours raison, s'il suffit d'être toujours d'un avis contraire au gouvernement pour être populaire, à quoi bon s'instruire et se faire une opinion? Voilà le mal dont nous souffrons. Nous ne pouvons sortir de là que par la vie politique, par la pratique de l'association, de la vie communale, de tout ce qui fera de nous des hommes habitués à vivre ensemble, à discuter et à soutenir leurs opinions.

Nous avons eu en France un homme qui avait été

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