‹ histoire des EtatsUnisChapitre 5 sur 103 · T° LEÇON. — CONSTITUTIONS FRANÇAISES · texte numérisé non relu

T° LEÇON. — CONSTITUTIONS FRANÇAISES

lative, et nulle part la liberté mise à l'abri du despotisme des assemblées. Vous apercevez donc combien rétudedela constitution américaine nous intéresse, et combien de choses nous aurons à y apprendre.

Par exemple , comment les Américains peuvent-ils garantir leurs libertés des empiétements de leurs législatures? Le moyen est aussi simple qu'ingénieux. Quand la loi est faite, là-bas comme partout il faut y obéir. Mais les Américains ont un pouvoir judiciaire complètement indépendant qui est chargé de maintenir la constitution; c'est de cette façon qu'ils brident le pouvoir législatif. Ainsi, je suppose que le gouvernement veuille, par une loi, empêcher une réunion religieuse : vous allez devant la cour fédérale» et vous faites décider la question, non pas de façon générale, mais dans V espèce. Si la cour trouve que la loi viole la constitution, elle ne la frappe point de nullité, mais elle déclare que vous avez le droit de vous réunir à vos concitoyens. C'est ainsi que les Américains ont résolu ce grand problème d'avoir des députés qui dépendent du peuple et des libertés qui ne dépendent de personne.

« Quelle est l'utilité de ces études? diront certaines gens qui se croient pratiques en dédaignant les principes. A quoi peuvent-elles servir? qu'importent toutes les constitutions. Les hommes sont tout, les idées rien. Satisfaites les intérêts et ne vous inquiétez pas du reste. Une charte n'est qu'un morceau de papier. » Ce sont là des adages prétentieux que je rencontre souvent sur mon chemin ; je n'hésite pas à dire qu'ils sont faux. Si je les croyais vrais, je ne sais si je resterais professeur; je

ne voudrais pas occuper cette chaire pour la stérile satisfaction d'amuser mes auditeurs ; mais je pense que l'étude de ces questions est ce qu'il y a de plus nécessaire aux hommes, car elle donne des convictions fortes et une foi qui fait agir.

Regardez l'histoire. On dit toujours que ce sont les passions, les intérêts, qui seuls nous gouvernent. Cela n'est pas. Si vous regardez autour de vous, vous le croirez peut-être-, il y a tant de bruit, tant de clameurs; vous êtes au milieu de l'écume et des flots; mais montez plus haut, élevez-vous au-dessus des rumeurs du jour : regardez ce quelaFrance est devenue depuis 1789, depuis que nos pères ont écrit sur leur drapeau trois mots qui, suivant moi, sont sortis de l'Évangile : Liberté, Égalité, Fraternité ! Ce drapeau a été souillé, taché de sang, et cependant c'est autour de lui que la France se presse chaque jour davantage. Que sont devenues les conquêtes de l'Empire? des pages d'histoire ! Où sont ces agitations de la Restauration, que la plupart d'entre vous n'ont pas connues? Où sont ces émigrés qui rêvaient l'alliance du trône et de l'autel? tout cela est oublié, évanoui. Où est la pairie héréditaire? disparue ! En .un mot, tout ce que les hommes ont essayé, les quinze ou vingt mille lois faites depuis cette époque, tout s'est évanoui! Les principes seuls sont restés debout. Toujours la France a suivi le sillon ouvert en i 789.

C'est la vérité de ces idées que je veux défendre devant vous. Je sais que la vérité, pour bien des gens, n'a pas une grande importance. Quand on est jeune, quand les passions ont encore leur noblesse, on sent qu'il y a

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quelque chose de grand dans l'idée ; plus tard on méprise les hommes, on se méprise soi-même ; on se dit que ces mots de liberté , de vérité ne sont que des paroles sonores. Mais quand on est vieux, les sentiments ^ changent, à moins que le cœur ne se soit racorni. On regarde derrière soi : on songe à un avenir inconnu, et t alors on se rattache à la vérité toute seule ; on n'aime ] plus autre chose. La vérité dans l'histoire prend un ! autre caractère-, ce n'est plus quelque chose d'abstrait qu'on étudie, mais quelque chose de vivant qu'on sent et qu'on touche; il semble qu'on voit défiler devant soi les hommes marchant vers un but que la plupart ne connaissent pas, mais qui est visible pour l'observateur. Puis ce ne sont plus les hommes que l'on voit marcher, mais un bras puissant qui les guide et qui les pousse.

Ûescartes disait qu'il considérait la création comme durant toujours ; il ne comprenait pas que la main de Dieu cessât un instant de soutenir le monde ; partout, dans les flancs de l'ànimal comme sous l'écorce des végétaux, il voyait circuler une vie sans cesse renouvelée et en quelque façon recréée par le miracle perpétuel d'une éternelle bonté.

Cela est plus vrai encore quand on étudie le monde moral. On voit que l'homme a été créé libre, pour être responsable de ses actions, responsable du bien et du mal qu'il fait. On comprend que la liberté est la loi de J sa nature, qu'il ne lui est point permis d'y renoncer. } Il peut se laisser asservir par un maître, mais il ne sera \ jamais heureux dans la servitude; cela n'est pas pos- • sible. Le despotisme ne peut lui donner le bonheur;

\ l'homme est pour ainsi dire condamné par Dieu lui-

) même à être libre pour être heureux.

Messieurs, voilà l'esprit de mon enseignement, ou pour mieux dire, voilà mon âme tout entière. Défendre la liberté, vous pénétrer de ces sentiments, fortifiés chez moi par l'âge et par l'étude; vous donner la même foi, la même espérance et le même amour, c'est là toute mon ambition ; c'est ainsi que j'ai mérité l'estime de vos devanciers, c'est à ce titre que je vous demanderai votre confiance, et, quand nous nous connaîtrons mieux, votre amitié.

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