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XVI» LEÇON. — DES ATTRIBUTIONS DU CONGRES

tection de l'indépendance ; ils y attachent l'idée que nous attachons, nous, à l'armée. C'est ce qui explique comment, en Angleterre, la marine est plus populaire que l'armée. Le même esprit règne en Amérique. Le législateur, cependant, a compris qu'il fallait une armée pour la défense de l'Union, et il a admis que le congrès pourrait lever des troupes, non par conscription , niais par enrôlement volontaire, et que ces troupes seraient à sa disposition. Il n'y a pas de chiffre fixé, on n'a pas pensé qu'un congrès pût se trouver en désaccord avec le pays. D'ailleurs le congrès ne dure que deux ans, et la constitution décide qu'on ne pourra voter les fonds de l'armée que pour deux ans. Un congrès n'en peut jamais engager un autre.

Les Anglais ont poussé encore plus loin l'horreur des armées permanentes ; le Mutiny-Act est voté chaque année. L'armée est annuelle. Si un roi pouvait tourner l'armée contre le Parlement, à la fin de l'année cette année se débanderait sans qu'on pût trouver de juges qui condamnassent les soldats pour s'être révoltés contre leurs officiers.

Quant aux Américains, jusqu'en 1861 leur armée permanente était une heureuse fiction. En 1861, il y avait, je crois, seize mille hommes de troupes dans un pays de trente-un millions d'habitants, et ces seize mille hommes étaient répartis dans quarante ou cinquante postes-frontières. Ce qu'il y avait de plus difficile pour un Français arrivant en Amérique, c'était d'apercevoir des soldats. Aujourd'hui tout ceci est changé; on en voit partout.

A côté de cette armée invisible, rien n'était plus populaire que ce qu'on appelle les milices. C'est de la milice américaine que La Fayette a tiré la garde nationale. Vous savez qu'en Amérique, dans chaque comté, dans chaque ville, il y a des miliciens : ce sont des jeunes gens qu'on exerce, qui savent assez bien le maniement des armes. C'est la pépinière où l'on trouve des soldats au jour de danger. Chez nous, les gardes nationales ont toujours eu le privilège d'exciter le rire, parce que nous avons la comparaison de l'armée, et que des soldats, qui n'ont rien autre chose à faire du matin au soir que de se brosser et de s'astiquer, auront toujours meilleure tournure sous les armes que des bourgeois occupés. Mais, quand on voudra faire de la garde nationale une institution analogue à celle de l'Amérique, on l'exercera au maniement des armes et on lui permettra l'innocent plaisir de parader dans les rues avec un drapeau. On aura bientôt de bons tireurs et de bons marcheurs comme on en a en Suisse. En Amérique, on considère le port d'armes comme un privilège du citoyen. Tandis qu'en France c'est un délit, en Amérique c'est un droit; chacun tient à faire partie de la milice. C'est la milice qui a fourni les meilleurs soldats pendant les deux révolutions.

La seule question qui occupa les législateurs de 1787 fut d'introduire la régie et l'uniformité dans la milice. On sentait que c'était là la réserve où l'on trouverait des soldats ; qu'il fallait nécessairement qu'on eût des gens qui eussent la même discipline, des armes de

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même calibre, sans quoi on aurait la confusion. On a donc établi dans la constitution que c'était au congrès qu'il appartenait d'organiser, d'armer les milices et de faire les règlements de discipline ; mais on a laissé aux États la nomination des officiers. En général, les officiers sont élus par

grades supérieurs qui appartient au gouverneur général de l'État.

Une autre question était de savoir qui aurait le droit de convoquer les milices. Pendant la révolution , on voit qu'on ne peut rien faire sans le consentement des États. Ainsi, lors de l'invasion de la Caroline par lord Cornwallis, la Virginie ne veut pas laisser sortir ses soldats de son territoire.

En 1795, le congrès décida qu'il appartenait au président de convoquer les milices , et qu'on ne pouvait reconnaître aux gouverneurs d'État le droit de s'y opposer. Plusieurs fois la difficulté s'est présentée, plus d'une fois les gouverneurs ont voulu résister aux ordres du président; mais on peut dire que l'esprit public s'est rangé de plus en plus du côté du président. Dans la guerre actuelle c'est à l'appel du président que se sont levées ces milices qui se sont si bravement battues.

Venons maintenant à une clause qui ne s'explique que par la jalousie des États. En 1787, c'était une grosse question de savoir où se tiendrait le congrès, et quel serait son pouvoir dans le lieu où il siégerait.

Dans un pays tel que la France, des difficultés de ce genre ne peuvent se présenter ; mais, si demain la France, l'Espagne, l'Italie, la Suisse formaient une confédéra-

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tion, ce serait une question très-délicate de savoir où serait le siège de cette confédération ; car on aurait toujours à craindre que les passions populaires surexcitées dans la capitale du gouvernement ne remportassent sur la volonté générale. Si la France était découpée en quarante ou cinquante provinces, et que la capitale fédérale fût à Bordeaux, on pourrait craindre que les passions bordelaises ne remportassent sur la volonté française.

(Test ce qui arriva, en 1783, quand le congrès était à Philadelphie. Menacé par des mutins, il recourut aux au .orités de l'État pour obtenir protection, mais on mit tant de froideur à le défendre, qu'il se retira dans le New-Jersey. Il fallait donc avoir, pour y placer le siège du gouvernement, un lieu qui n'appartint à aucun État : car mettre le congrès dans un État, c'eût été mettre le congrès dans la dépendance de cet État.

Aux États-Unis, la capitale politique de chaque État est presque toujours une ville peu importante. Ce n'est pas New-York qui est la capitale de l'État de New-York ; c'est Àlbany, qui est une charmante ville, mais petite en comparaison de New-York. On a mis là la législature pour qu'elle soit à l'abri de la passion populaire. Pour le congrès, on voulut faire la même chose ; on déclara qu'on choisirait un district en dehors de tous les États pour être le siège de la législature de l'Union. Cet endroit fut choisi par Washington, au bord du Potomac. Ce fut le Maryland et la Virginie qui fournirent le territoire dont on fit le district de Colombie. Plus tard, lorsque le congrès voulut abolir l'esclavage dans ce district, il y eut des querelles. En 1846, on remit à la Vir-

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