AUDIN
L;.i kl
Audin, qu'on appelle aussi Ouen ou Audocnus, Aldoëus, Oynus» et même quelquefois Odoii ou Eude, était originaire de Bayeux, frère de Turstin, archevêque d'York, et lui-même chapelain de Henri I^% roi d'Angleterre. En 1113, il succéda à Gilbert IL « C'était, dit Orderic Vital, un homme fort instruit et bien capable de montrer exactement la voie de Dieu aux troupeaux qui lui seraient confiés. » (l).
En 1118, Amaury de Monlfort, fils de Simon et d'Agnès, sœur de Guillaume, comte d'Evreux, ayant demandé l'investiture du comté d'Evreux, Henri, roi d'Angleterre et duc de Normandie, lui refusa cette investiture par le conseil de Févèque Audin. Amaury s'empara de la ville; ses troupes pillèrent les maisons, les églises, le palais épis-
(1) Voir dans le Gallia Chrîsliana, t. Il, p. 572, deux fragments de lettres adressées par Yves, évéquc de Chartres, à Audin, élu évêque d'Evreux.
copal; Tévèque s'enfuit avec tout son clergé el il se passa une année sans qu'on célébrât à Evreux l'office divin.
Le roi d'Angleterre vint ensuite mettre le siège devant la ville, et, ne pouvant s'en rendre maître, il résolut de l'incendier, du consentement et sur l'avis même d'Audin. Mais les Anglais s'étaient engagés solennellement à rebâtir ensuite, avec plus de magnificence, la cathédrale et Tévéché. Le roi et ses grands officiers tinrent parole et Guillaume de Jumièges atteste qu'il n'y avait guère, dans toute la Normandie, de monument aussi beau que la nouvelle cathédrale d'Evreux.
Quand la paix fut rétablie, Audin revint à Evreux et consacra l'église de Saint- Sauveur rebâtie depuis l'embrasement de la ville. De même, en 1135, il fit la dédicace de l'église du Désert, dans la forêt de Breteuil.
En 1 139, dans la semaine de Pâques, Audin s'embarqua pour l'Angleterre, où l'appelait le roi de ce pays, qui désirait employer l'influence de Tévêque à s'attacher le comté d'Evreux ; il y tomba malade et mourut au mois de juillet dans un couvent de chanoines , où il fut inhumé avec beaucoup de pompe. Audin fut évèque d'Evreux pendant 25 ans accomplis.
ROTRODUS (ROTROU)
(de warwick).
Rotrodus ou Rotrocus (Rotrou) était fils de Henri de Beaumont, comte deWarwick, et de Marguerite, fille de Geoffroy de Mortagne. 11 puisa les premières notions de la religion et des connaissances humaines dans le couvent de la Charité-sur- Loire et reçut les leçons de Gilbert de Ja Porée. D'archidiacre de Rouen, il devint évêque d'Evreux à la place d'Audin, et fut sacré par Hugues, archevêque de Rouen. Robert-du-Mont disait de lui, en 113^,
que c'était un homme religieux, de bonnes mœurs et cher à tout le monde.
En 1147, en l'absence d'Arnould, évèque de Lisieux, parti pour la Croisade, Rotrodus administra le diocèse de Lisieux en même temps que le sien propre. En 1148, il se rendit au concile de Paris, où Von devait discuter les propositions de Gilbert de la Porée, son maître, qui l'avait cité comme témoin de ses leçons. Quatre ans après, comme il allait à Rome avec Vévêque d'Avranches, il fut pris par des brigands qui ne le relâchèrent qu'à la sollicitation du bienheureux Guillaume d'Evreux, prieur de Sainte- Barbe-en-Auge, avec lequel il se trouva ensuite à Rome, à la fête de Ste Barbe. En 1155, Rotrodus alla de nouveau à Rome; c'était en qualité d'ambassadeur des rois de France et d'Angleterre auprès du souverain-pontife.
Hugue, archevêque de Rouen, étant mort en 1164, Rotrodus fut élevé à sa place au siège archiépiscopal en
Pendant qu'il était évoque d'Evreux^ Rotrodus a attaché son nom à la fondation ou confirmation de plusieurs églises du diocèse. Dès l'année de son avènement, il fit la dédicace de l'église deGrestain. En 1143, il confirma les donations faites par ses prédécesseurs aux moines du Bec et reçut deux prébendes fondées dans sa cathédrale par le nouveau
comte d'Evreux, Simon de Montfort. Cest lui-même qui, Tannée suivante, fil la dédicace de l'église Sainte-Mariede-la-Noë, fondée par Mathilde, fille de Henri I", roî d'Angleterre, et dont il signa l'acte de confirmation daté de 1 160. En 1 162, la dédicace de l'église des Monts-du-Bourg fut faîte encore par Rotrodus. L'abbaye de TEstrée a été fondée en 1 144 par Raherius Domton, seigneur de Meuzy, avec approbation de Rotrodus, évêque d'Evreux. Les abbayes de la Noë et de l'Eslrée suivaient toutes deux la règle de Cil eaux.
\* Un écrivain dEvreux a intercalé, entre Rotrodus et Egidius son successeur, deux évêques dont les noms ne se trouvent pas dans le catalogue dressé sous Egidius niènie. Le premier est Richard qui souscrivit, dit cet auteur, à un diplôme donné en 1162 par Henri U, roi d'Angleterre, en faveur de Saint-Jean-de- Falaise. Or, en 1162, Rolrodus occupait encore le siège d'Evreux et ce n'est qu'en 1165 qu'il fut élevé à celui de Rouen. Le second est Waller ou Gautier, au sujet duquel l'auteur ne s'appuie que sur une seule charte de Henri 11 en faveur des Lépreux du Mont, à Rouen, à laquelle il n'assigne point de date et qu'un écrivain de Rouen rapporte ù l'an 1175, et l'éditeur des Conciles de Normandie, à l'an 1166. Mais où est cette charte? Pourquoi ce désaccord entre les
historiens? Et pourquoi WaKer n'est-il pas nommé dan^ les catalogues de ce temps-là même? Au contraire, dans une charte de Saint-Pierre-de-Chartres, datée de l'an 1227, on lit le nom deRotrodus, évèque d'Evreux, et, aussitôt après, celui de Gilles ou Egidius, de même évèque d'Evreux (ainsi abrégé : Eg.).
Cependant il reste une lacune entre la promotion de Rotrodus ù l'archevêché de Rouen (1165) et l'avcnement d'Egidius à l'évéché d'Evreux (ll70). Cela s'explique: c'était une époque de troubles en Normandie, comme en Angleterre; alors étaient en lutte Louis Vil, roi de France, Henri II, roi d'Angleterre et duc de Normandie et S. Thomas, archevêque de Cantorbéry, Il est probable que Rotroduâ n'aura point pris immédiatement possession de sa nouvelle église de Rouen et que, même après sa prise de possession, il aura encore administré quelque temps ou fait administrer par un délégué le diocèse d'Evreux.
EGIDIUS ou GILLES I
(du perche) ; 1170—1179.
Egidius ou Gilon (Gilles) , issu de la noble famille des comtes du Perche, parent de Rotrodus et archidiacre de Rouen, fut fait évêque d'Evreux en 1170. L'année suivante il alla ù Rome avec Rotrodus, devenu archevêque de Rouen, comme ambassadeur de Henri II, auprès duquel il était en grand crédit, pour y traiter des affaires de l'église de Gantorbéry et de la mort de S. Thomas. A son retour de Rome, il passa en Angleterre pour y assister au
couronnement de Henri, fils de Henri II; mais il se l âla de rentrer ensuite dans son diocèse (1). Cependant , il le quitta encore, en 1176, pour conduire en Sicile, à Palerme, Jeanne, fille du roi d'Angleterre, et il y assista au mariage de cette princesse avec Guillaume, roi de Sicile. Au mois de septembre 1177, il se trouva à la signature de la paix entre les rois^e France et d'Angleterre. Egidius est le seul des évêques de la province de Rouen qui se soit rendu au concile de Latran de l'an 1179 (2).
Suivant le nécrologe de l'abbaye de Saint - Leufroy, Egidius mourut d'un catharre le 5 ou le 6 des ides de septembre (8 ou 9 septembre) de la même année 1179. Ce qu'il y a de certain, c'est quaux ides de janvier 1179 (15 janvier 1180) (3), le siège dEvreux était vacant. On a attribué à Egidius quelques lettres adressées au pape
(1) Masseville , dans son Histoire de Normandie, soutient que le couronnement du fils de Henri II et de Marguerite de France, fille de Louis VII, se fit à Ypres en 1170, par l'évêquc du lieu, qui était assisté des évêques de Londres, de Salisbury, de Bayeux et de Séez seulement. Voy. t. II, p. 52.
(2) Gilles fui, en effet , le seul évêque de Normandie qui assista à ce concile . mais non pas ai nom de celle province qui ne le chargea d'aucune mission. De toute la France , il n'y eut que six évêques qui se rendirent à ce concile. (Voy. l'hist- Eccles., t. XV, p. 406, édit. in-12 de Holl.)
(3) L'année commençait alors à Pâques.
Alexandre; mais il est permis d*en contester l'authen» ticîté.
La dédicace de l'église nouvelle du Bec fut faite pendant répiscopat d'Egidius, dans le carême de Tan 1177, par lui et plusieurs autres évêques.