JACQUES I
(davy-du-perron. ) ISrS— 1606.
Voici venir l'homme le plus célèbre de son temps , lumière éclatante deTé-^lise gallicane, qui dissipa les ténèbres et la nuit de l'hérésie, le cardinal Davy Du Perron. ,
Né en Basse-Normandie, à Saint-Lô, de la maison des- Du Perron de Créteville et de Languerville, Jacques eut pour mère Ursine le Cointe et pour père Julien Du Perron. Celui-ci d'abord réfugié à Genève, parce qu'il était protestant, y exerça quelque temps la médecine et cultiva les
lettres. De Genève il passa à Berne; c'est là que naquit Jacques son fils, le 25 novembre 1556.
Doué des plus belles qualités du corps et de l'esprit , Jacques Du Perron apprit d'abord, sous la direction de son père, la langue latine et les mathématiques; ù peine âgé de dix ans , il se mit à étudier seul le grec, puis à écrire en vers français. Enfin il s'appliqua avec succès à l'étude des Péripatéticiens.
Philippe Desportes, abbé de Tiron , plein d'admiration pour les talents et la haute capacité du jeune Du Perron, le produisit à la cour de Henri III qui conçut pour lui beaucoup d'estime. Ceci conduisit Jacques à abjurer la religion protestante dans laquelle il avait été élevé. Ses études se tournèrent alors vers la théologie scholastique et les Pères de l'église. Ensuite il entra dans les ordres ecclésiastiques. Dès ce moment il se distingua par la force de son esprit et la profondeur de ses connaissances , dans des discussions contre les hérétiques, dans la poésie et l'éloquence.
A la mort de Henri III, il s'attacha au cardinal de Bourbon et, lors du siège de Rouen, il alla saluer Henri IV qui, charmé de sa conversation et de son esprit, remploya dans des affaires importantes. La défense du catholicisme soutenue à Mantes par Du Perron contre les pro-
testants ne contribua pas médiocrement à la conversion du roi. C'est par son conseil que Henri IV provoqua une réunion devêques, afin de s'éclairer lui-même avant de se déterminer à abjurer la religion réformée; et c'est alors que ce prince, voulant que Du Perron tînt un rang convenable parmi ces grands personnages réunis , le désigna évêque d'Evreux (juillet lô93).
Henri IV abjura dans l'église de Saint-Denis, le jeudi 22 juillet 1593. Mais restait à obtenir l'absolution du pape, et l'influence de Philippe II d'Espagne rendait la chose si difficile que les envoyés du roi de France ne furent pas même écoutés d'abord. Enfin Du Perron, évêque d'Evreux, fut chargé de cette mission avec le duc deNevers et Tévêque du Mans et il aplanit toutes les difficultés. Alors Du Perron et d'Ossat, représentants d'Henri IV, humiliés et prosternés à la porte de l'église de Saint-Pierre, reçurent l'absolution pour le roi et le dégagèrent ainsi des liens de l'hérésie.
Le pape Clément VIII plein d'admiration pour Du Perron, lui remit l'anneau épiscopal, en consistoire, le 16 décembre 1595. Le 27 du même mois , Du Perron fut sacré évêque d'Evreux, à Rome, dans Téglise Saint-Louis par le cardinal de Joyeuse, archevêque de Rouen. Il quitta Rome le 28 mars 1596 et prit possessicn de scn éjlise le
8 juillet suivant par l'archidiacre Jean Deschamps, son procureur; lui-môme arriva à la fin du mois. A partir de ce moment il adressa plusieurs lettres aux ministres du roi pour le soulagement de l'église d Evreux qui avait été pendant neuf ans sans pasteur (1).
Cependant Philippe de Mornay ayant publié son livre sur l'Eucharistie, Du Perron déclara qu'il voulait relever les nombreuses erreurs contenues dans ce livre, et il provoqua le célèbre colloque de Fontainebleau où il remporta sur Mornay un triomphe complet, en Tan 1600.
Du Perron, cvêque d'Evreux, fut après cela chargé d'instruire dans la religion catholique Catherine de Navarre, sœur du roi Henri IV.
Au milieu deces occupations diverses, Tévèque d'Evreux toujours actif, toujours infaiigable, ne laissait pas de prodiguer ù son troupeau la semence de la parole évangélique(2) et de multiplier les écrits contre les réformés. Tant de
(1) Les lettres se trouvent dans les Ambassades et Négociations de cet évoque, publiées à Paris, en 1633, en 1vol. info.
(2) Il fit pour son diocèse un Rituel, dans lequel il ordonna qu'on suivît, pour la règle de la pénitence, les décisions de la fameuse bulle» in cœna Domini, ce qui, comme le fait observer l'historien Le Brasseur, est tout à fait contraire aux saintes libertés de l'église et ce qu'on a rejeté de France avec une fermeté invariable. — En 1602 il travailla lui-même à une
combats le couronnèrent enfin du chapeau rouge. A la demande de Henri IV, le pape Clément Vlll accorda à Jacques Davy Du Perron le chapeau de cardinal le 17 septembre 1603 et le titre de Sainte- Agnès le 9 juin 1604. Après avoir assisté au congrès convoqué par Clément VIII et rappelé en 1605 par Paul V, successeur de Clément, le cardinal Du Perron quitta Rome pour rentrer en France. L'archevêché de Sens étant venu à vaquer, Du Perron fut placé dans ce siège métropolitain et fait grand-aumônier de France au mois d'octobre 1606 (1). Dès-lors Du Perron n'appartient plus au diocèse d'Evreux.
nouvelie édition du Bréviaire d'Evreux, dont l'impression fut achevée en leOi. Ce Bréviaire est Irès-dcfectucux.
M. de Burigny, de l'Académie des inscriptions et belles- Icllres, a donne une vie du cardinal Du Perron, publiée en 1768 en 1 vol. in-12, chez Debure père*.
On peut voir son portrait dans les hommes illustres de Perrault. Dans les Ambassades et Négociations de ce cardinal, publiées par son secrétaire en 1 vol. in-fo, on trouve beaucoup de ses lettres écrites lorsqu'il était évoque d'Evreux.
(1) Cet évèque a beaucoup écrit. Il serait difficile ici de donner la nomenclature de ses œuvres ; nous nous bornerons à citer une publication qui les renferme toutes, intitulée les diverses œuvres du cardinal Du Perron , contenant plusieurs livres, conférences, discours, harangues, lettres d'étals etaulres, traductions, poésies, etc....
Paris, ant. Etienne, 1622, in-P,