CHAPITRE XXXI
Les délégués firent rapport à Bienne. Le conseil décide le 13 mars 1530 qu’ordre sera donné à Péry, à Sombeval et à Gourtelary, de supprimer les idoles dans les églises et dans les maisons particulières. 1
Pour avoir raison de Saint-Imier, on a de nouveau recours, le 18 mars 1530, à Envoyer et au conseil de Berne; puis on envoie en Erguel une nouvelle députation portant une délibération libellée d'avance: on l’impose au peuple qui cède à cette pression et se soumet, par un vote forcé, à la volonté de Bienne. 2
Saint-Imier cependant continue sa résistance et repousse toute proposition des députés biennois. La majorité reste fidèle à la foi de ses pères. Les Biennois ne tiennent aucun compte de cette manifestation du vœu populaire, et, poursuivant leur œuvre de destruction, ils abolissent violemment le culte catholique à Saint- Imier, renversent les autels, brûlent le corps de S. Imier, les reliques et les images et abolissent la messe (18 au 24 mars 1530). 3 L’évêque de Bàle essaya de se plaindre auprès du conseil de Bienne, menaçant de porter ses plaintes aux cantons confédérés (24 mars 1530). Tout fut inutile. Bienne, fort de l’appui de Berne, resta sourd à toutes ces réclamations et Saint-Imier demeura protestant.4
L’antique chapitre fut remplacé par une classe de prédicants ayant à leur tête un doyen (25 novembre 1530). Le prévôt Belleney, d’accord avec les chanoines, demeurés tous, sauf un, 5 fidèles à l’Église catholique, porta plainte aux confédérés qui accueillirent ces réclamations. Bienne, de son côté, essaya de justifier sa conduite. Les confédérés renvoyèrent l’affaire, le 14 avril 1534, à un tribunal arbitral composé des États de Berne et de Bàle, sous la présidence de l’évêque Philippe de Gundelsheim. La conférence eut lieu à Bâle. L’évêque se fit représenter par trois députés, Berne par Messieurs Pierre de Werdt et Grispin Fischer. Après mûr examen, les arbitres décidèrent, le 3 septembre 1534, que le chapitre et Bienne nommeraient ensemble un administrateur des biens de la collégiale de Saint-Imier; que les revenus de ce chapitre seraient affectés d’abord au traitement des pasteurs de Saint-Imier et de Tramlan nommés par Bienne, à l’entretien de l’église de Saint-Imier, puis remis au prévôt et aux chanoines qui pourraient s’établir où il leur conviendrait. 6 Tous les titres du chapitre, sceaux, calices, croix d’argent et autres ornements précieux devaient être inventoriés et déposés dans un coffre confié à la garde de l’évêque et dont les clefs seraient entre les mains du prévôt et du conseil de Bienne. 7 L’acte fut scellé des sceaux du chapitre et de la ville de Bienne et signé par Henri Ri ch lier, pronotaire du sénat de Bàle. 8
Ainsi disparut le chapitre de Saint-Imier et avec lui la foi catholique qui avait eu tant d’éclat dans cette terre illustrée par l’ermite qui lui laissa son nom. 9
La prévôté de Moutier-Grandval suivit l’exemple de Bâle et de Laufon. Son traité de combourgeoisie avec Berne l’enhardit à embrasser la réforme. Déjà en 1527, les prévôtais s’étaient plaints aux Bernois des chanoines de Moutier qui étaient seigneurs et maîtres de toute la contrée, comme héritiers des droits de
1 Protocole du conseil de Bienne. = 2 Archives de Bienne, GXXVII, 1<S1. 182. — Blôsch. p. 130. =
■' Ibid. = 4 Archives de Bienne, XXII, 30. = 6 Ce chanoine apostat s’appelait Émer Beynon; il fut
curé ii Serrières près Neuchâtel. Il accompagna Farel à Porrentruy en 1557. = 0 Archives de Bienne.
XVI U, 221 ; XIII, 14; XXIIf, 158. — 7 De Mulinen, Notice hist. sur le chapitre de Saint-Imier. Actes de
la société d’émulation 1807, p. 120. — Archives de Bienne, XIII, 12; GXXVII, 102. — 8 Jonas Boyve,
t. II, p. 346. = 9 Nous avons emprunté ces détails authentiques à un travail de M. Mamie, curé de
Saint-Imier, qui a paru dans la Berne (le la Suisse catholique (N°* d’octobre 1871 et janvier 1872) sous
ce titre: De la légende de S. Imier dans nos livres liturgiques.