CHAPITRE XXXI
de quelle autorité ils sont venus dans leur paroisse. ,,Nous ne sommes envoyés, répondent les ministres, que de haut Prince et souverain Seigneur de Dieu le créateur." Sur quoi les maîtres-bourgeois répliquent, „puis qu’ils étaient venus au nom de Dieu, que au nom de Dieu ils eussent à se retirer et que d’eux ni de leurs doctrines métier ne nous faisait, vu que nous avons pasteurs qui nous annoncent la parole de Dieu comme eux." 1 Devant cette résistance ouverte et déclarée, la réforme ne put pénétrer dans les Franches-Montagnes qui restèrent catholiques.
1 Voici la lettre que les maîtres-bourgeois de la Franche-Montagne écrivirent à cette occasion à l’évêque Melchior de Liechtenfels. — ,A très haulx, Révérend, redoubtez Seigneur et Prince, Monseigneur Melchior, par la grâce de Dieu, evesque de Baille, notre naturel Prince et Seigneur. — Très haulx Redoubtez Seigneur et Prince. Touttes obéissance promisses selon quilz l’appartient à vous pouvres soubjetz. Cette seara pour advertyr votre bonne grâce que ce jourduy, date de cestes, au lieu de Saignelegiez sont comparuz personnellement ung nomez Farelle, prédicant de Neuffchastel et Jehan du Paic-quie, prédicant de S. Ymier (ne savons par quelle hortation cella pouer estre advenuz). De ce advertyr nous nous sûmes transportez par devers eulx en leurs logis et avons voulsu scavoir sus quel intenduz et a quel propos ils estoient venu au dit lieu et de quelle auctorités, f'ust de votre bonne grâce ou daultre. Nous craignants qu'ils ne nous voulleurent semer de leurs semences aultres que du passez. Lesquelx nous ont dit el responduz quils n’estoient de nul ci envoyez que de haux Prince et souverain Seigneur de Dieu le Créateur. Sur laquelle chosses leurs avons donné de response, puisqu'ils estoient venuz au non de Dieu, que au non de Dieu se eussent à retirer et que de eulx ny de leurs doctrines mestier ne nous faissoit, vehu que avons pasteurs que nous annoncent la parolle de Dieu comme eulx. Et à celle fin que plus grande faulcherge ne viegne, prions votre bonne grâce pour l’amour de Dieu et la manutencion de notre mère sainte église, incontinent avoir le conseil et l’avis en quelle sorte sert que nous nous deibvons contenir avec eux ou d’aultre que nous vouldrient fere tuelle fâcherie. Cas de notre part, ne les voulons soubstenir en manière quelconque, et en telles ny aultres chosses ne voulions faire que par votre benigne grâce, selon que notre serrement de fidélité contient, priant Dieu le vray créateur, que sera pour fin de cestes, pour l’estât de votre grâce à préserver heureusement. — De Saignelegiez, ce dixième jour du inoy de Décembre l’an Notre Seigneur courant MDLVI. — Vous poures humbles obéissants soubjets. Nous maistre bourgeois, conseilz de votre Franche-Montagne-des- Boys.“ — Aux archives de l’ancien évêché de Bâle.
Armoiries de Philippe de Gundelsheim.
Signature de l’évêque Jacques Christophe de Blarer.