CHAPITRE XXXII
Melchior de Liechtenfels inaugura son règne en confirmant les franchises et les libertés de Porrentruy (29 novembre 1554). C’était la condition sine qua non de sa résidence dans cette ville: les bourgeois ne reconnaissaient leur seigneur et maître que lorsqu’ils tenaient entre leurs mains la charte scellée qui attestait solennellement leurs droits et leurs privilèges. A peine installé au château de Porrentruy, le nouvel évêque s’occupa activement d’améliorer la position financière de l’évêché. Un grand nombre de châteaux et de localités importantes étaient entre des mains étrangères, qui les retenaient comme gages de prêts considérables. Melchior, pour rembourser les sommes dues et rentrer en possession des biens hypothéqués, songea d’abord à imposer ses sujets. Mais il trouva une résistance et une opposition que n’expliquait que trop l’indépendance dans laquelle les peuples de l’évêché avaient vécu depuis les troubles de la réforme. Les treize mairies de la vallee de Delémont recoururent à Bâle et demandèrent à être admises à la combourgeoisie de cette importante cité. Bâle accueillit leur demande et conclut, en décembre 1554, un traité d’alliance qui irrita très fort l’évêque de Bâle. Sur ses plaintes réitérées, les Bâlois envoyèrent à Porrentruy Sébastien d’Oppenstein, Jacques Rüden et Gaspard Krug chargés de remontrer à l’évêque les avantages qu’il retirerait lui-même d’une fédération qui réunirait dans une commune alliance, sous son gouvernement suprême, le peuple de ses États. Melchior laissa faire ce qu’il ne pouvait empêcher: Delémont jura fidélité aux Bâlois, le 14 février 1555, à Bassecourt, et le 15 du même mois à Courroux ; les Franches-Montagnes suivirent cet exemple et furent reçues dans la combourgeoisie de Bâle le 13 mars de la même année. Les Bâlois reconnaissants prêtèrent sans intérêts à l’évêque une somme importante avec laquelle il put dégager la mairie de Bienne et le baillage d’Erguel qui avait été hypothéqué par le chapitre de Bâle en 1 554 aux Biennois pour sept mille couronnes d’or. 1
Malgré ces avances faites par les riches de Bâle, Melchior de Liechtenfels se trouvait toujours dans une position précaire et voisine de la gêne. Comme son prédécesseur, il multipliait ses plaintes et les faisait présenter aux diètes de l’empire, attendant toujours de cette haute assemblée un secours qui n'arrivait pas. Au mois de janvier 1556, il envoie son mémoire à Worms où les États sont réunis. Il rappelle les dettes anciennes qui n’ont fait qu’augmenter depuis 1552. Pendanl l’administration de l’évêché, on a dû emprunter huit mille florins d’or; deux mille écus d'or dépensés pour fortifier et mettre en bon état les châteaux : mille deux cents florins pour les bulles de confirmation, qu< tique le pape ait refusé les redevances ordinaires exigées à l’avènement d’un évêque de Bâle. Pour vivre, le pauvre évêque a dû emprunter quatre mille florins, sans lesquels il serait mort de misère, lui et son évêché qui reste grevé de seize mille florins d’or de dettes contractées par ses prédécesseurs. Les mêmes plaintes retentirent aux diètes de 1558 et de 1 559 : l'évêque ne reçut ni secours, ni réponse d’aucune sorte. Sa triste position trouvait peu de sympathie auprès des membres de l’empire occupés de questions bien autrement importantes. Les luttes terribles, les bouleversements sans nombre qui naissaient de la réforme, faisaient oublier aux seigneurs de l’empire le pauvre évêque de Bâle, qui n’avait plus à lui qu’un lambeau de territoire où il cachait sa misère, en dehors de son diocèse et loin de son chapitre.
1 Archives de l’ancien évêché de Bâle.