CHAPITRE XXXII
les acclamations d’usage. Si l'évêque de Bâle n’eut pas la consolation d’assister de sa personne au saint concile de Trente, il y fut dignement représenté par un des premiers dignitaires de son diocèse, qui apportait à Trente, avec le nom de l’antique Église de Bâle, les lumières du docteur et du théologien. Nous verrons plus tard avec quel empressement le successeur de Melchior de Liechtenfels fit promulguer dans son diocèse les décrets et les canons du concile œcuménique.
Tandis que l'Église, à Trente, cherchait à poser une digue aux envahissements du protestantisme, l'évêque de Bâle s’effrayait de voir les prédicants venir jusque dans sa ville épiscopale, prêcher la nouvelle doctrine et se faire des partisans jusqu’au sein du conseil et parmi les personnages les plus influents de la cité. En 1564 (21 octobre), on signalait à l'archevêque de Besançon un sieur Didier Belleney „qui discutait de la prédestination, branlait la tête au sermon contre le curé; lui et sa famille n’allaient pas à l'église comme les autres; ses filles restaient sur les portes pour se moquer de ceux qui y allaient; il charroyait tous les dimanches pour son négoce 1 On constatait les mêmes dispositions dans plusieurs familles importantes, qui ne cachaient pas leurs sympathies „pour la nouvelle opinion". L’archevêque de Besançon, attribuant au défaut d’instruction religieuse ces défections dans la foi catholique, envoya à Porrentruy des prédicateurs, chargés d’enseigner le peuple. En 1566, c’est un Père de l’ordre de S. François qui prêche le carême à l’église Saint-Pierre. Avant son départ, le conseil l’invite à souper à l’hôtel-de-ville et le congédie honorablement. 2 Chaque année, à la même époque, le couvent des Jacobins de Besançon députe un de ses meilleurs Pères à Porrentruy pour y prêcher, pendant le carême, une station destinée à combattre la réforme. 3 Malgré ces prédications, les partisans de la nouvelle doctrine, au lieu de diminuer, augmentent tous les jours. Les pays voisins, Montbéliard en particulier, sont en pleine révolution religieuse. Les seigneuries d’Hérieourt, Châtelat et Piémont acceptent la réforme. De Porrentruy, on se rend à Audincourt où l'on assiste au prêche; le prédicant vient de temps à autre à Porrentruy où il visite en secret ses auditeurs d’Audincourt. En 1568, une panique s’empare de la ville; on annonce un passage d’hérétiques par l’évêché de Bàle et l’Ajoie; le chapitre de Saint-Michel „ réfugie dans deux petits tonneaux ses meilleurs effets et ses archives à Bienne". 4 On en fut quitte pour la peur: la paix ne fut pas troublée. Cependant Melchior de Liechtenfels se rendait luimême à Besançon pour se concerter avec l’archevêque sur les mesures à prendre pour arrêter les progrès de la réforme dans ses états et assister avec les évêques de Lausanne et de Belley, suffragants comme lui de Besançon, à un concile provincial convoqué par Claude de la Baume pour la publication des décrets du concile de Trente. Ce concile s’ouvrit le 24 octobre 1571, en présence du clergé réuni à cette occasion. Tous les assistants jurèrent solennellement d’observer les canons de Trente; à leur retour du concile, les curés publièrent ces décrets dans leurs paroisses; c’est, alors que Porrentruy et l’Ajoie, dix ans avant Delémont
1 Archives de Porrentruy. Affaires de religion, N° 1. — 2 „Le mercredi après Pâque charnel, il
fut invité à souper à l’iiôtel-de-ville avec messieurs du conseil; dépensé pour l'honneur de la ville treize sols deux deniers. “ = 3 „Le 5 mars 1561, arriva en ceste ville ung beaux père de Troye en Champagne, qui se tenait à Besançon, de l’ordre des Jacoppins pour prêche le carême. — En 1572, frère Jean Barillat jacobin reçut sur sa requête pour l'honneur de Dieu vingt sols; en 1574 et 1575, père Robert Voylepin
jacobin. “ Archives de Porrentruy. Livre des dépenses, N° 12. — X. Kubler. Porrentruy au XVIe siècle,
page 8. = 4 Annales du chapitre de Saint-Michel, aux archives de Porrentruy.