‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 127 sur 612 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

recrudescence de zèle pour le nouvel évangile et de nouvelles défections du côté des catholiques. Aussi le 1er mars 1581, Christophe de Blarer écrivait au cardinal de Besançon: „La grande partie des habitants de Porrentruy a rejeté le catholicisme pour embrasser l'hérésie. “ Pour connaître plus exactement le nombre des partisans de l’erreur, il engage le cardinal à faire tenir par le curé une liste de ceux qui, pendant le carême, se confesseront et communieront. Le cardinal voulut tenter un dernier effort; il envoya à Porrentruy un prédicateur distingué, docteur en théologie et versé dans l'administration des choses saintes, le chanoine Moreau du chapitre de Salins. Les choses allèrent si bien que le 8 avril, quelques jours après Pâques, l'evêque de Bâle pouvait écrire au nonce ces lignes consolantes et inattendues: „Les habitants de Porrentruy, à peu d’exeption près, sont revenus à de meilleurs sentiments et ont rempli leur devoir pascal. “ 1 Pour affermir ces dispositions et empêcher un retour à la réforme, le prince signifia aux chefs du mouvement et à ceux qui étaient restés fidèles de ,, vider la ville" et d’aller chercher asile ailleurs. Le maître-bourgeois Rossel, ayant abjuré la religion de sa grâce (l’évêque de Bâle) avait eu trois mois pour quitter Porrentruy. Il se retira à Montbéliard : plusieurs bourgeois le suivirent et se fixèrent dans le voisinage où leurs descendants existent encore, conservant sur les terres de l’ancien comté de Montbéliard des noms qui figurent sur les vieux registres de la bourgeoisie de Porrentruy.

Devant ces mesures énergiques, pourchassée à la fois par l'archevêque, le nonce et l’évêque de Bâle, la réforme disparut de Porrentruy qui a gardé à peine un vague souvenir de ces tentatives avortées. L’autorité de Christophe de Blarer s’affermissait tous les jours davantage et sa prodigieuse activité imposait la soumission et l’obéissance. Porrentruy lui avait prêté serment de fidélité le 1 7 août 1575 en la forme accoutumée; par exception, les bourgeois ne revendiquèrent pas, avant le serment, la confirmation des franchises et des libertés de la cité: ils se contentèrent d’une promesse verbale; l’acte authentique qui ratifiait leurs droits séculaires ne leur fui délivré que le 3 mars 1598. A cette première solennité de la prestation du serment d’obéissance, la ville avait voulu ajouter l’éclat d'une réception magnifique qui fût pour le nouveau prince le gage de la joie générale et des espérances de tous. Nous laisserons la parole à un témoin oculaire qui a relaté dans un des protocoles de la ville les détails de cette fête, dans un style qui n’est pas sans grâce et sans valeur.

Christophe de Blarer revenait de Delémont où il avait reçu le serment de fidélité de ses sujets de la vallée, de la prévôté de Moutier et des autres baillages. „ Le lundi, 29e jour d’août, estans lesdits sieurs du conseil informés que sa grâce (l’évêque de Bâle) devait le même jour arriver en cette ville, fut incontinent de bon matin sonné avec tabourin qu’un chacun eut à préparer et à mettre en tel ordre qu’un chacun était ordonné. Que fut fait et alla-t-on au devant de sa grâce jusques au Baysesnes d’Alle, où par quelque espace l'on attendit sa dite grâce. Et illec estant arrivé (l’évêque) avec sa noblesse, Messieurs les trois maîtresbourgeois et chefs de la ville, Perrin Bruenin, Jehan Faibure dit rougecul, et Germain Gindre, lesquels étaient â cheval, chacun en bon ordre, ayant tous chacun des manches ou chemises de mailles, avec la cornette qui marchait devant eux.

1 Lettre de l’évêque de Bàle, le 8 avril 1581.

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