‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 126 sur 612 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

et à la commune bourgeoise", pour lequel il reçut six livres en reconnaissance. En octobre et en décembre, Chardon reparaît à Porrentruy, mais il semble plus occupé de ses vers et des corrections à y apporter que du ministère évangélique; une dernière fois, il est traité à l’hôtel-de-ville, le 4 septembre 1579, mais rien ne signale une mission ou quelque tentative de prosélytisme. 1 Il

Cependant, il existait toujours des relations suivies d’un certain nombre de bourgeois avec les prédicants du voisinage. Le 3 juin 1577, l’archevêque de Besançon écrivait au maître-bourgeois de Porrentruy qu’il savait que „ trois hommes de sa ville ont été au jour de Pentecôte prendre la communion à Villars-sous- Blamont, et se sont entretenus avec le prédicant; qu'il doil les punir, sinon que l’archevêque le fera, et veiller à ce que ce mal ne se dilate davantage". Plus tard, nouvelle lettre de l’archevêque, Claude de la Baume: „ Veuillez tenir la ferme main et stable, écrit le cardinal au magistrat de Porrentruy, le 1 1 août 1579, à ce que la religion catholique ne soit altérée en votre ville et que si ne voulez considérer le hazard de vos conférences, du moins prenez exemple à la désolation et ruine où sont réduites et tombées les villes voisines qui se sont aliénées de l’Église ancienne. “ Lorsque le nonce du Saint-Siège en Suisse, le célèbre Bonhomo, évêque de Verceil, vint à Porrentruy, faire, au nom du souverain pontife, la visite de la paroisse, 2 on lui dénonça quelques habitants de la ville, entre autres les Belleney, comme partisans déclarés du nouvel évangile; aussitôt le nonce, par une lettre écrite au château, sans doute sur l’avis de l’évêque de Bâle, qui n’avait aucune juridiction spirituelle sur les habitants de Porrentruy, menaça d’excommunication les Belleney, s’ils ne se purgent aussitôt de l’accusation d’hérésie (20 septembre 1580). Les magistrats, favorables aux idées de la réforme, s’indignèrent de cette menace insolite et, croyant soulever un conflit de juridiction entre le nonce et l’archevêque de Besançon, ils écrivirent au cardinal de la Baume „pour savoir si c’est de son avis que le nonce s’est entremis contre aulcuns de leurs combourgeois et même les lieutenants de la ville, conus estant par luig soupçonnez estre de la nouvelle opinion. Ils requièrent qu’on les laisse vivre comme de toute ancienneté a été observé en cette ville. . . sans scandale" (21 octobre 1580). L’archevêque répondit qu’il était „ grandement esbay de voir cette lettre par laquelle l’on connaît manifestement une division entre ceux de leur ville, tendant à la subversion totale de leur république, comme l’on a vu par exemple aux actes et lieux où il y a une diversité de religion". Le cardinal donne raison au nonce qui a agi dans la plénitude de ses droits. 3

L’excommunication laissait indifférents les partisans de la réforme; que leur importait d’être séparés d’une église qu’ils abandonnaient volontairement et de plein gré? Gristophe de Blarer résolut d’en venir à des mesures qui lui paraissaient seules capables de couper le mal dans sa racine. Il s’assura d’abord de

1 X. Kohler, Porrentruy au XVI8. siècle, p. 12, 13 et 14. = 2 Le 26 août 1579, Christophe de Blarer écrit au nonce qu’il a reçu avec joie la lettre qui lui annonce sa visite dans le diocèse de Bâle, ayant pour but le maintien et la restauration de l’Église catholique. Il l'en remercie. Bien ne lui serait plus agréable que d’extirper entièrement l’hérésie et de rendre à la vraie religion son ancienne splendeur.

Il s’excuse de ne pouvoir aller à Saint-Gall pour conférer avec le nonce; il n’ose s’absenter par ces temps dangereux; il faut quatre jours pour se rendre audit monastère. — Le 16 septembre, l’évêque de Bâle prie le nonce de l’informer quand il compte arriver dans ce pays et être rendu à Soleure ou dans le voisinage. Il enverra quelqu’un à sa rencontre pour le chercher et il fera venir son suffragant qui demeure presque à trois journées de Porrentruy. Archives de l’ancien évêché de Bàle. = 3 Aux archives de Porrentruy. „ Affaires de religion. “

LES CONFEDERES PROTESTANTS A PORRENTRU Y

l’assentiment et au besoin de l'appui de Lucerne et des cantons alliés ; le nonce l'encourageait et le pressait de ses lettres qui devenaient des ordres.

Il n'y avait que l’exil qui put délivrer Porrentruy des agitateurs perpétuels qui divisaient les esprits et entretenaient les aspirations vers la réforme. Le 30 octobre 1579, Christophe de Blarer écrivait à l’archevêque de Besançon que ses sujets de Porrentruy persistaient dans leur désobéissance tant à l'Église qu’au pouvoir séculier. Sans craindre l’excommunication, ils n’obéiront pas à un ordre d’exil. Il a communiqué aux cantons catholiques son dessein, qu’il confie au cardinal, sous le sceau du secret de la confession, de forcer tous les hérétiques de rentrer dans le sein de l’Église ou de quitter le pays. Il espère donc que, dans peu de temps, avec le secours de Dieu et des Confédérés, la ville de Porrentruy sera purgée de toute tache d’hérésie. Cependant, l’évêque de Bâle ne précipite rien; il veut apporter dans cette affaire tous les délais de la prudence et de la maturité. „U n’a rien de plus à cœur, écrit-il le 8 décembre à l’évêque de Verceil, il n’a rien d’autre dans l’esprit nuit et jour que l’expulsion des hérétiques et la restauration de l’Église, mais il faut choisir le temps opportun. Il a besoin des secours et des conseils des Confédérés, hommes prudents qui pensent qu’il faut se hâter lentement."

En attendant les mesures extrêmes pour lesquelles il requérait l’assentissenrent des cantons alliés, Christophe de Blarer signalait les chefs du mouvement au cardinal de Besançon et au nonce. Le maître-bourgeois Nicolas Rossel, Laurent Belleney, le lieutenant, et d’autres habitants ., adonnés à la confession évangélique" furent frappés par ces deux prélats, agissant l’un comme chef spirituel de Porrentruy, l’autre comme légat du Saint-Siège, d'une sentence solennelle d’excommunication. A cette nouvelle, les cantons de Berne, Zurich, Bâle et Schaffhouse envoyèrent à l’évêque

de Bâle des députés chargés de se plaindre de ces mesures vexai oires et obtenir réparation. Les ambassadeurs arrivent à Porrentruy le 20 décembre. Ils expriment à Christophe de Blarer leur bienveillance pour sa personne; sous son prédécesseur et jusqu’à ce jour, le gouvernement de l’évêque de Bâle a été pacifique; ils rappellent au prélat que dans un même pays on peut exercer des cultes différents, témoin les juifs en Égyple, les grecs en Italie, les Hussites en Bohème et en Suisse, dans le canton de St.-Gall et le Toggenbourg, une même église sert aux catholiques et aux réformés. Après de longues guerres, Charles Y n’a-t-il pas dû promulguer l’édit de tolérance? Les excommunications et les persécutions augmentent le nombre des réformés. L'excommunication des deux prélats causera des troubles dans la ville dont l’évêque est le seul maître. Les députés, au nom de leurs gouvernements, invitent le prince à laisser en paix ses sujets et à retirer 1 excommunication. L’intérêt qu’ils portent à l’évêque de Bâle est le seul mobile de leur démarche. L’évêque répondit qu'il examinerait avec soin l’objet de leur démarche et qu'il leur enverrait sa réponse. Il voulait avoir le temps de consulter les Confédérés. Les députés se retirèrent sans promesse de la part de l’évêque, mais non sans avoir encouragé ouvertement les partisans de la réforme auxquels ils faisaient espérer l'appui des cantons protestants. If en résulta une

Christophe de Blarer.

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