‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 139 sur 612 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Les traités de combourgeoisie conclus avec les Bàlois par une partie des communes du val de Laufon rendaient l’attaque plus difficile. L'évêque de Bâle avait affaire à forte partie; derrière les bonnes gens de ses bailliages de Pfeffmgen, de Zwingen et de Birseck, il trouvait les Bàlois prêts à défendre leurs combourgeois et à les soutenir dans l’exercice du culte réformé. Avec les Bàlois, il avait à redouter les trois autres villes protestantes Berne, Zurich et Schaffhouse qui leur prêtaient main forte et en appelaient à la diète de Baden. Mais il avait, pour l’appuyer dans sa campagne, ses alliés les cantons catholiques qui lui avaient promis une active coopération dans cette œuvre tant désirée de contre-réformation. Christophe de Blarer était par-dessus tout, un homme de courage et d’énergie que les obstacles ne savaient arrêter, quand il croyait remplir un devoir et faire œuvre juste et utile.

Le 28 octobre 1581, il arrivait de Delémont avec une suite nombreuse et dix-huit chevaux, au château de Birseck où il passait la nuit. Le lendemain, dimanche, le peuple, prévenu par le maire d’Arlesheim, se groupait devant l’église et attendait l’évêque. Christophe de Blarer paraît avec sa cour; on l’introduit dans l’église; il monte en chaire et fait un discours pathétique et pressant; il conjure ses sujets d’Arlesheim de revenir à la vieille religion de leurs pères, de rejeter les novateurs et de reprendre avec la foi catholique le culte sacré de leurs ancêtres. Pendant que l’évêque parlait, on dressait au chœur de l’église un autel; on y plaçait les ornements liturgiques, la croix, les chandeliers, les canons, le missel, les vêtements sacerdotaux: le peuple se taisait et prêtait une oreille attentive. Après son discours, l’évêque monte à l’autel et célèbre la sainte messe qui depuis plus de cinquante ans n’avait pas été dite dans cette église. Un prêtre de la suite du prélat explique à la foule l’évangile du jour. On était au 23e dimanche après la Pentecôte: l’Église catholique chantait dans tous ses sanctuaires l’évangile où le Seigneur explique les droits de Dieu et ceux de César: le denier dû à César et le culte dû à Dieu. Le prédicateur avait un champ facile dont il sut tirer bon parti. La cérémonie close, l’évêque retourna à Birseck. 1 Dans la journée, il écrivait au cardinal de Milan, S. Charles Borromée: „ J’ai célébré aujourd’hui la messe à Arlesheim située à deux lieues de Bâle; le culte en était proscrit depuis plus de cinquante ans." 2

A l’arrivée de Christophe de Blarer, le pasteur qui de Bàle desservait Arlesheim, Jacques Langhans, était allé faire son prêche à Pfeffmgen. Quand il revint, la messe était dite; — il se hâta de faire sonner les cloches et d’appeler le peuple, comme d’ordinaire, au service du culte. Personne ne manqua à l’appel; parmi les assistants se trouvaient plusieurs officiers du prince, curieux d’entendre ce que dirait le ministre. Le pasteur, son service fait, se hâta de retourner à Bâle et de faire au conseil de la ville un rapport détaillé sur tout ce qui venait de se passer à Arlesheim. Bàle envoya la lettre de Langhans à Berne et à Zurich. Berne députe à Porrentruy un messager porteur de ses plaintes; l’évêque explique ses droits et ses devoirs; ce qu’il a fait, il a cru devoir le faire, rien ne saura le détourner de son projet de contre-réformation et personne ne peut lui contester un droit qu’il tient de Dieu et de sa dignité. Arlesheim, qui n’avait pas avec

1 Lettre du pasteur Langhans au conseil de Bàle, du 29 octobre 1581. = 2 Archives du château

de Porrentruy.

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