‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 141 sur 612 · LE PRINCE DE BLARER ET LA VALLEE DE LAUFON · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE BLARER ET LA VALLEE DE LAUFON

Bàle de traité de combourgeoisie, dut garder l’autel et la messe. C’était un premier succès: la campagne était ouverte. — Le 21 novembre 1581, l’évêque de Bàle ordonna à son bailli de Pfeffingen, Hans Werner de Flachsland, de faire dresser un autel dans l’église de ce village, et de tout préparer pour qu’on y puisse dire la messe. Le bailli et sa famille, étant catholiques, devront entendre la messe chaque dimanche dans l’église de Pfeffingen. Tout se fait au gré de l’évêque. Le curé d’Arlesheim, le Dr Jacques Meyer, qui a si puissamment travaillé à la restauration du culte catholique dans cette paroisse, dit aussi la messe à Pfeffingen. Le prédicant, intimidé par la présence de ce rude jouteur, n’ose plus paraître à Arleshinn que l’après midi; il trouve l’église fermée et ne se montre plus. A Pfeffingen, les choses se passent de même. Bàle s’étonne et réclame. L’évêque écrit à Bàle, le 10 janvier 1582, qu’il n’a aucune intention hostile contre MM. de Bàle; il use d’un droit qu'il tient du Saint-Empire et de sa conscience. Le 1 1 février, il vient lui-même à Pfeffingen célébrer la messe et fait aux gens de la paroisse accourus à cette cérémonie un discours pathétique sur la force et la vérité de la foi catholique. Pfeffingen accepte sans murmurer les paroles et les ordres de l’évêque.

Après Pfeffingen, Christophe de Blarer tourne ses batteries sur Laufon; il s’attend à une résistance opiniâtre de la part de cette ville, qui a deux prédicants à demeure et paraît très attachée à la réforme. La veille de son arrivée, l’évêque envoie à Laufon le prévôt du chapitre de Moutier, le savant Dr Jean Setterich, qui était en même temps protonotaire apostolique et chanoine de la cathédrale ; avec lui se trouvaient le custode du même chapitre, Jean Hugué, et d’autres prêtres de Delémont. Les envoyés de l’évêque font part au conseil de la ville de l’arrivée prochaine de Christophe de Blarer. Le conseil s’étonne; la foule s’émeut; trente bourgeois vont à l'hôtel de ville où se trouvent les deux prédicants bàlois Gugger et Rupp, et font la motion d’attaquer dans leur logis les prêtres de l’évêque et de les expulser de la ville. Les prédicants les rappellent au calme et à la prudence. La nuit même, le conseil écrit à Bàle et demande aide et protection.

Le lendemain, c’était le dimanche de la Sexagésime (18 février 1582), l’évêque arrive de Pfeffingen. L’église, dont les clefs avaient été remises aux prêtres la veille par le maire Barthé Frey, était prête. Ordre est donné au peuple par les officiers du prince de se rendre au service divin. Le peuple s’agite el murmure: on parle d’aller clouer les portes de l’église; les prédicants repoussent ces moyens violents et engagent les habitants à se rendre aux ordres de l’évêque, sauf à quitter l’église au moment de la messe. La foule sort de la ville et se dirige vers Saint- Martin ; avec Laufon, se trouvent Brislach, Rôschenz, Wahl en, Dittingen et Zwingen qui font partie de la paroisse de Laufon. Christophe de Blarer est assis sur un siège d’honneur: il parle avec autorité et conviction. Il conjure son peuple de revenir à la foi de ses pères, à cette Église qui pendant tant de siècles a fait le bonheur de ces contrées. Il est leur évêque, il est leur père; il veut leur salut, il veut les empêcher de s’égarer et de périr . . . Après le prélat, le Dr Jacques Meyer, curé d’Arlesheim et de Pfeffingen, monte en chaire et développe l’évangile du jour, l’évangile du semeur. Après le sermon, l’évêque se dispose à dire la messe; aussitôt tout le peuple quitte l’église; il ne reste que la suite du prince et trois personnes, curieuses de voir ce qui se passerait. 1

1 Tous ces détails sont extraits de documents originaux. Evêques de Bâle *

Page 1