‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 142 sur 612 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Après midi, le pasteur Gugger fit son service à la chapelle de Sainte-Catherine. Il prit pour thème de son discours la passion de Jésus Christ, et s’attacha à réfuter point par point le sermon catholique du matin. Le prévôt de Moutier et un autre prêtre étaient mêlés à la foule, recueillant les paroles du prédicant, comme le matin le pasteur Rupp écrivait au pied de la chaire celles du Dr Meyer. 1

L’évêque quitta Laufon le même jour et retourna à Delémont; quelques heures après, arrivait la réponse des Bâlois. Ils engageaient les Laufonnais à la prudence et à la modération: ils devaient garder à leur seigneur et maître le respect et l’obéissance, et ne rien faire qui pût provoquer des actes de rigueur. Bâle invitait Laufon à recueillir exactement les paroles de l’évêque et à les lui envoyer.

Après le départ de Christophe de Blarer, Laufon et les maires des cinq villages faisant partie de la paroisse résolurent de se réunir le lendemain, lundi: chaque maire devait amener avec lui un homme de sa commune et former de la sorte une importante députation qui porterait à Bâle les plaintes de ses combourgeois. L’assemblée eut lieu au jour fixé ; une lettre collective, signée par les maires au nom des sept communes, fut adressée au conseil de Bâle et portée par des députés chargés d’appuyer les plaintes et de demander secours aux Bâlois. Le mardi (20 février) les envoyés étaient déjà de retour ; ils rapportaient une lettre adressée au prince par MM. de Bâle, qui avaient en même temps écrit au Vorort helvétique, et avaient promis d’envoyer à l’évêque une députation pour revendiquer les droits du val de Laufon.

Christophe de Blarer accueillit fièrement les Bâlois qui venaient réclamer en faveur de ses sujets de Laufon : il leur déclara qu’il était prince d’empire, qu’il s’en tenait aux recez des diètes impériales et qu'il voulait avant de donner réponse avoir une copie vidimée du t rait é de coin bourgeoisie conclu entre Bâle et les Laufonnais (23 février). La lettre adressée par les deux bailliages de Zwingen et de Pfeffingen à l’évêque, le même jour, reçut le même accueil. Deux jours après, Christophe de Blarer envoyait à Laufon le châtelain de Delémont, Jean Hügin, et celui de Laufon, Christophe Schenck de Castel, avec quelques prêtres pour ramener le peuple à l’obéissance due à l’évêque. Les châtelains vont droit à l’hôtel de ville ; le pasteur Rupp leur déclare qu'il ne craint pas le bras séculier et qu’il fera son devoir. On convoque le peuple à l’église : mais on craint un guet-apens et on refuse de s’y rendre. Des attroupements se forment dans la rue ; on s’agite, on discute; un homme de Dittigen, nommé Jacques Theubli, crie tout haut qu’il lui faut un de ces prêtres (pfaffen), qu’il en veut tuer un et qu’il ne le manquera pas. A ces cris, les prêtres de la suite des châtelains se cachent sous le toit de l’auberge de Jacques Beinen où ils étaient logés. La nuit calme et disperse les braillards: on se sépare pour se retrouver en nombre le lendemain.2

Le lendemain (26 février), trois cents hommes sont réunis en assemblée générale à la Rennmatte, tout près de Laufon. Ils protestent tous ensemble de leur attachement à leur foi : ils décident de faire auprès de l’évêque de Bâle toutes les démarches nécessaires pour la conserver et la défendre. On blâme le maire de Laufon d’avoir livré au prince de Blarer les clefs de l’église. On se sépare en se promettant appui et défense mutuelle.

1 Lettre de J. J. Gugger, curé à Laufon, à Melchior Hornlocher, du 18 février 1582. — Lettre de

Tobie Rupp, curé, au Dr Ulrich Essig, du 18 février 1.582. = 2 Lettre du pasteur Rupp au Dr U. Essig du 25 février 1582. — Lettre du pasteur Gugger à son beau-frère Wolfgang Satller, du 25 février 1582

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