‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 160 sur 612 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

fit de nombreuses victimes, il fit preuve de peu de courage et céda à la peur que lui inspirait le fléau. Le peuple indigné „ refusa d’assister à ses messes et prônes et le délaissa et abandonna". Basuel fut curé de Porrentruy vingt ans; il mourut en avril 1592. 1

Pour remédier à l’inaction du pasteur indigne, l’évêque de Bâle songea d’abord à établir dans sa ville épiscopale un couvent de capucins qui apporteraient au clergé paroissial le concours de leur zèle et de leur parole si goûtée du peuple. Sur sa demande, le provincial suisse, le P. Etienne, lui envoya quelques religieux de son ordre qui firent à Porrentruy un très grand bien: le chapitre de Saint-Michel les logea dans sa maison voisine de l’église paroissiale. Le 9 décembre 1588, l'évêque de Bâle écrivait au commissaire général des capucins suisses „ qu’on se trouve très bien des Pères de son ordre envoyés à Porrentruy; on finira par ne plus rien désirer pour les besoins de la religion". Le même jour, il répondait au nonce de Lucerne, Octave Paravicini, évêque d’Alexandrie, qui lui avait recommandé les capucins (21 juin 1588), que ces Pères rendaient à Porrentruy de grands services à la religion. «Depuis le peu de temps qu’ils sont arrivés ici, chaque fois qu’ils célèbrent la messe, et ils la disent tous les jours, deux cents, trois cents et même plus de paroissiens y assistent, tandis qu’auparavant, même les dimanches et fêtes, malgré les édits sévères, on ne pouvait les contraindre à se trouver au service divin." Malheureusement ces capucins étaient allemands et n’avaient aucun usage de la langue française. Seul, le P. Bernard savait un peu de français. „ Il travaille si bien, écrivait le prince au nonce de Lucerne (29 décembre 1588), que seul, ces jours derniers, il a entendu quatre-vingt quatre confessions et que l’on a compté à Noël cent dix-neuf communiants, tandis qu’à pareille époque il y en avait quatre ou cinq. 2 La vie exemplaire des capucins produit toujours de bons effets à Porrentruy."

Malgré toutes les démarches de l’évêque et les efforts du provincial, il fut impossible de trouver des capucins français pour Porrentruy. Il aurait fallu les faire venir d’une autre province, de Bourgogne; et l’évêché de Bâle faisait partie de la province suisse. Christophe de Blarer dut renoncer à ces religieux qui ne pouvaient répondre aux besoins d’une population parlant presque exclusivement le français. Ce ne fut que soixante-six ans après, à la suite de longs et interminables débats, que les capucins purent s’établir à Porrentruy et y avoir un couvent. L’évêque de Bâle ne perdit pas courage : la renommée des pères de la compagnie de Jésus était venue jusqu’à lui. Il les avait vus à l’œuvre dans la vallée de Laufon où ils ramenaient au catholicisme le peuple de cette contrée; il avait, pu apprécier les vertus et le zèle apostolique de ces hommes de Dieu. Il résolut de les attacher pour toujours à son diocèse et il décida la fondation à Porrentruy d’un collège qui serait tout à la fois une maison d’éducation pour la jeunesse de ses Etats, un séminaire pour les aspirants au sacerdoce, et une réserve précieuse de missionnaires toujours prêts à porter, où besoin serait, le précieux concours de leur parole et de leur dévouement.

Le 12 juillet 1590, Christophe de Blarer écrit au nonce de Lucerne, Octave

1 Voir aux archives de Porrentruy, dans la liasse: Curés de Porrentruy, difficultés et procès, la correspondance entre le magistrat de Porrentruy et l’archevêque de Besançon, juillet 1577, août 1578,

1579; les lettres de l’évêque de Bâle au curé Basuel, etc. = 2 Correspondance de Christophe de Blarer, aux archives de l’ancien évêché.

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