‹ Histoire des Évêques de Bale (volume 2)Chapitre 159 sur 612 · LES CAPUCINS A PORRENTRUY · texte numérisé non relu

LES CAPUCINS A PORRENTRUY

Commencée en 1581, la conversion du val cle Laufon, 1 de Bâle à Soyhières, avail duré quatorze années; nous avons vu au prix de quels efforts et de quels sacrifices Christophe de Blarer rendit à l’Église catholique cette partie de son diocèse. Nous n’avons produit que des documents authentiques, et nous avons suivi pas à pas le grand évêque dans son œuvre difficile. Nous avons fait l’histoire véridique de cette curieuse époque. Qu’on nous permette de mettre en regard de notre récit celui de l’historien le plus autorisé de la Suisse, dont le livre fait foi en matière de ce genre, et l’on jugera de quelle façon et avec quel sans-gène on écrit l’histoire. Sous la plume de cet écrivain, Christophe de Blarer n’est plus qu’un histrion qui joue la comédie devant un tas de niais ébahis.

Or donc, nous lisons dans V Histoire de la Confédération naisse, par Jean de Miiller, continuée par Louis Vullemin, au tome 12, page 187, ces lignes étranges et mensongères: „ Blarer descendit à Arlesheim. Tandis qu’il recevait les compliments du bourgmestre de Bâle, Bonaventure de Broum, un curé remplaça le pasteur et rétablit la messe dans le village. L’évêque se rendit à Lauffon et monta en chaire. Il employa tes arguments, les caresses, les menaces pour ramener la petite ville à l’ancienne foi. Tout à coup s’oubliant: „Si la religion catholique n’est pas la vraie, dit-il, que le diable m’emporte!" Mais se ravisant aussitôt : „ Comment puis-je mieux vous témoigner que votre salut m’est cher, qu’en priant Dieu de vous donner ce signe et de laisser le diable m’emporter, si la religion catholique n’est la véritable." Ayant dit, il baissa la tête et attendit dans le silence son destin. Puis se relevant, „A moi la victoire, s’écria-t-il, car me voici encore ! “ "

Nous livrons cette page à l’appréciation de nos lecteurs. Et voilà comme on écrit l’histoire !

Tandis que Laufon revenait à la vieille foi de ses pères, Porrentruy sentait se dilater les enseignements et la ferveur de la vie catholique. Christophe de Blarer reportait sur sa résidence épiscopale l’activité et le zèle qu’il avait mis en œuvre pour la conversion des Laufonnais. Sous son action puissante, la ville se transformait et d'indifférente ou de frondeuse qu’elle était, elle devenait solidement et inébranlablement catholique. L’histoire de cette renaissance religieuse a ses pages intéressantes.

A cette époque, la paroisse de Porrentruy avait à sa tête un homme qui n'apportait à ses importantes fonctions, ni le zèle, ni le dévouement qu’elles réclamaient. Il se nommait François Basuel: il avait succédé en 1573 à Jean Penot comme curé de Porrentruy. Connu et estimé à Besançon, il s’était fait un nom dans le diocèse par un ouvrage que le savant M. Weiss n'a pas craint d’appeler „ exquis" : ce livre était dédié à l’archevêque de Besançon et avait pour titre : Le pain dont in ira/ des paroisses. Basuel pouvait être un écrivain distingué; mais il fut un pauvre curé. Pendant la peste qui sévit à Porrentruy durant l’automne de 1582, et qui

1 Un tableau dressé en 1586 établit, comme suit, la population protestante dans le val de Laufon, à l’époque de sa conversion au catholicisme. 11 est tiré des archives de Bâle. — Bailliage de Zwingen: Laufon. la ville. 86 maisons calvinistes, Laufon, faubourg, 28. Liesberg, 27. Rôschenz, 33. Wahlen, 23. Blauen, 26. Nenzlingen, 13. Brislach. 27. Tuttingen, 10. Zwingen, 21. Total : 1 ville, 0 villages et 294 maisons. — Bailliage de Pfeffingen: Pfeffingen. 15 maisons calvinistes. Æsch, 48. Tuckingen, 29. Grellingen, 6. Total: 6 villages et 88 maisons. — Bailliage de Birseck : Birseck, 1 maison calviniste. Oberwyl. 61. Tenvyl. 55. Reinach, 45. Alschwyler, 35. Sehœnenbuch, 4. Ettingen, 32. Arlesheim, 32. Total : 6 villages et 264 maisons.

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