CHAPITRE XXXII
chapitre de Saint-Michel, qui avait été disposée pour les recevoir, et où ils ouvrirent solennellement leurs classes, en présence du prince et de toute sa cour, le 1 1 octobre de la même année. Le collège naissant comptait soixante élèves. Un des pères fit à l’église paroissiale un discours de circonstance; quelques élèves récitèrent un dialogue dans une des grandes salles de la maison de ville; puis les professeurs commencèrent leurs leçons; ils étaient quatre chargés d’enseigner les humanités et la grammaire ; la rhétorique ne fut enseignée que l’année suivante.
Christophe de Blarer ne put s’occuper de suite de la bâtisse du collège; le château, qui était sa résidence ordinaire, tombait en ruines et réclamait d'urgentes restaurations. Ses murailles de défense présentaient de larges brèches qu'il importait de combler si l'on voulait être à l’abri d’un coup de main. Le prince fit élever, sur les ruines de l’incendie de 1559, le bâtiment qui fut dès lors affecté à la résidence des évêques de Bâle. C’est une grande et solide demeure, à deux étages, ornée de quelques rares sculptures aux fenêtres et aux portes, pouvant offrir de vastes logements, et répondant aux besoins d’une petite cour épiscopale. Au-dessus de la porte principale, Christophe de Blarer fil placer une inscription et ses armes, d’argent au coq de gueules. Au rez-de-chaussée, voûté à plein-cintre, se trouvait la salle à manger: c’est aujourd’hui la chapelle du château. Les trois salles suivantes servaient aux tables où mangeaient les serviteurs et domestiques de la cour: la cuisine était à l’ extrémité du bâtiment. On arrivait au premier étage par un escalier de pierre en spirale qui porte encore le coq des de Blarer et la date de 1591. Un corridor dallé longeait toute la maison du côté du nord; cinq appartements destinés aux hôtes du prince s’ouvraient sur cette galerie. Le prince logeait au second étage. C’était là que se trouvaient les salons de réception, la grande salle du trône et les appartements particuliers de l'évêque de Bâle. La salle du trône avait quatre croisées sur la cour; le plafond, formé de lambris peints et dorés, était rehaussé de sculptures. De grandes tapisseries de haute lice couvraient les murs; le trône, surmonté d’un dais de soie rouge, se dressait sur une estrade élevée de quelques marches; les portraits en pied des douze derniers princes garnirent successivement cette salle qui avait un grand air et ne s’ouvrait qu’aux jours de solennelle réception.
Les travaux, poussés avec activité par le prince de Blarer, firent du château tout à la fois une résidence convenable et une place forte, défendue par de solides murailles et capable de soutenir au besoin un siège. Une des tours, celle qui dominait la route et protégeait le château du côté de l’est, reçut sur ses larges flancs un colossal écusson portant peint en rouge le coq qui figure dans les armes des nobles de Blarer. On l’appelle encore aujourd’hui la Tour du Coq.
L’évêque de Bâle, en fortifiant son château, voulait se mettre à l’abri des surprises qui n’étaient que trop à craindre dans ces temps de guerre et de passage de troupes. Déjà en 1587, l’évêché avait été traversé à plusieurs reprises par des bandes armées qu’il fallait nourrir pour éviter le pillage. C’étaient des régiments suisses qui s’engageaient sous le drapeau du roi de Navarre et qui passaient par les terres du prince de Blarer pour rejoindre les troupes du parti huguenot, armé contre le roi de France Henri III. Un des chefs de ces régiments, Claude- Antoine de Vienne, seigneur de Clermont, était à Bâle le 1 7 juin 1587 ; il écrivait de cette ville à Christophe de Blarer: „Vous n’ignorez pas le rang que le roy de Navarre, mon maistre, lient en France et l’intérêt qu’il a à la conservation d’icelle.