LES TROUPES DU ROI DE NAVARRE DANS L’EVECHE
qui est cause que la voyant preste de cheoir en ruine par la continuation de ceste
guerre , il s’est résoluz de mestre tous ses efforts avec ung bon nombre de
gens de bien de toutes qualitez joincts avec luy, pour faire poser les armes à ceux qui l'ont troublez et rendre sa majesté libre de restablir son droit de pacification qu’ils luy ont fait rompre. Et pour ce que en une œuvre si nécessaire, il désire estre assisté d’une armée étrangère tant Allemans que des Suisses, qui seroient affectionnés de servir en ceste bonne occasion pour la restauration de la France, il m’a commandé de faire une levée de Suisses pour cest effet et de quelque cavalerie et régimens d’infanterie françoyse. Lesquels pour joindre aux auttres forces estrangères, (selon qu’il me sera commandez) il pourra advenir qu’il faudra que j’assemble ou passe par nécessitez par vos païs où je scai que le roy de Navarre désire qu’on se comporte avec toute douceur comme en pays amys, sachant que depuis ces troubles, il n’a été fait aulcun desplaisir à ceux de la religion passant et séjournant par vos dits pays. A ceste cause, je vous ay voulu députer ce pourteur avec la présente, pour vous prier vouloir commestre quelques personnes bien informées de l’adresse et commoditez des passages, pour me venir trouver le 25 ou 26 de ce mois, en quelque lieu que vous adviserez, proche d’ici qui vous serat le plus comode, afin de prendre advis avec eux des chemins que nous pourrons prendre à la moindre foulle et oppression du peuple qu’il se pourra ; vous assuran 1 que j’y apporterai tout ce qui dépendrai de mon pouvoir et de l’autorité que le roy de Navarre m’at donné sur lesdits Suisses, comme bien désireux que je suis de vous faire service. . . Et sur ce, en vous baisant bien humblement les mains, je supplieray le créateur vous donner, Monseigneur, en parfaite santez, très heureuse et longue vie. “ 1
Au reçu de cette lettre, le prince de Blarer prit toutes les mesures que réclamait la sûreté de ses États et en particulier de sa résidence. Le 20 juin, le conseil de ville faisait une revue générale des armes et munitions des bourgeois ; le jour de la S. Jean, on lirait de l’arsenal et on déchargeait l’artillerie; le 27 du même mois, on visitait les murailles de la ville : on réparait les brèches que le temps y avait faites. Le 1er juillet, le prince mandait au château MM. des trois conseils et les douze de la commune et leur déclarait que comme il devait passer seize ou vingt mille hommes de guerre pour aller au service du roi de Navarre, il serait nécessaire de faire provision de grains pour le dit passage. Le 3 juillet, visite générale de tous les greniers des bourgeois de Porrentruy.
En même temps, le conseil faisait acheter pour 1713 livres 8 sols de grains, .,qui furent moulus nuit et jour". Déjà les troupes attendues étaient arrivées en Ajoie, et occupaient les villages de Gornol, Aile, Yendelincourt et Bonfol. Chaque jour on leur conduisait le pain et les provisions nécessaires à leur subsistance. Pour s’assurer protection en cas d’attaque, le maître-bourgeois Rosse! et son lieutenant L’hoste vont à Bâle demander appui de leurs bons voisins; les Bàlois envoient des commis chargés de pleins pouvoirs qui s’établissent à Gornol avec leurs serviteurs, dans la maison de Jean-Pierre Sanglant. Delémont, Saint- Ursanne et les Franches-Montagnes se font également représenter au même lieu par des députés ayant mission de venir en aide à ceux de Porrentruy, dans ces circonstances difficiles et périlleuses. Le 2 juillet, l’évêque fait délivrer aux troupes
1 Archives de Porrentruy, 1" partie N° 4.