CHAPITRE XXXII
appelait alors ces levées d’hommes faites pour la cause du roi de Navarre. Cette nouvelle contribution fut répartie entre toutes les communes de l’évêché. 1 Porrentruy fut taxé à 33,001 livres bâloises; il fut résolu par la commune que „pour recouvrer les dits deniers, l’on voyhierait les prels derrière les Vaulches; item que l’on prendrait sur la compagnie des crainpets la somme de 100 florins et sur les revenus d’une chacune compagnie, gaigneurs 10 livres, marchands 10, cordonniers 20, tisserans 25, jusqu’à ce que la dite somme ait été entièrement amassée par ensemble". Bienne refusa de prendre sa part de la contribution navarrienne. Les remontrances et les menaces ayant été inutiles, l’évêque se décida à en appeler à la diète de Baden et à lui soumettre le jugement de cette affaire. Lui-même se rendit, le 20 novembre 1587, avec quelques notables de ses États devant Messieurs des ligues et apporta aux membres de la haute assemblée ses motifs de défense. Les réclamations de l’évêque furent trouvées fondées et la cense navarienne imposée à loutes les communes de l’évêché. 2
Forcé de pourvoir à la défense et à la sauvegarde de ses Etats que des troupes pillardes traversaient plutôt en ennemis qu’en alliés, ayant à ses frontières l’armée des Cfuises qui envahissait et dévastait le comté de Montbéliard et poussait ses ravages jusqu’à Villars-les-Blamont, à quelques pas de la frontière de l’évêché (1587 — 1588), Christophe de Blarer n’en poursuivait pas moins ses bâtisses et ses fondations. C’était une intelligence vaste et pleine de ressources; les événements ne savaient l’abattre et il trouvait dans l’activité et l’énergie de sa grande âme des moyens de succès qui paraient à toutes les circonstances. Sans armée pour défendre et protéger ses frontières, du côté de Montbéliard, envahies par les hommes du duc de Lorraine, il se décida à faire disparaître de la cime voisine son château de Roche d’or qui n’ayant pas de garnison pouvait devenir, entre les mains de l’ennemi, une menace contre Porrentruy et l’évêché. Il mit dans ses projets les bourgeois de Porrentruy qu’il trouva disposés à le secourir. Il leur livra le château de Roche d’or à condition qu’ils le démoliraient et le détruiraient de fond en comble. Les bourgeois se mirent en campagne et travaillèrent si bien du pic et de la pioche qu’en trois jours (4, 5, 6 août 1595), ils mirent à bas le vieux manoir, son donjon, ses tours et tourelles; il n’en reste que quelques
1 Voici, d’après un document des archives de Porrentruy, quelles furent les munitions fournies par l’évêché en dehors de la contribution de 10,000 écus. En juillet 1587, Delémont, 13,262 pains cuits; Porrentruy, 7328; Saint-Ursanne, 1100; Cheveu ez, 880; Bressaucourt. 600; Villars et Fontenais, 120; Montignez, 150; Boncourt, 460; Damphreux et Lugnez, 725; Gœuve, 4 sacs de farine; Beurnevésain, 160 pains; Courtemaiche, 160; Vendelincourt, 72; en somme 25,552 livres de pain. = 2 Les députés de l’évêché voulurent se faire assister devant la diète de Baden par l’ancien greffier de Porrentruy Docourt qui s’était retiré à Montbéliard, après la condamnation de l’évèque de Bâle. La requête présentée au comte Frédéric fut rejetée par ce dernier: il écrivit en marge de la pièce: „Pour aultant que nostre conseiller Docourt a plusieurs affaires pour nous et qu’en bref teins fumes délibéré de l’employer en quelque voiage, nous ne pouvons pour ce coup accorder le congé cy requis. Actum en nostre château de Montbéliard le 15 novembre 1592.“ Le député des Etats, Henri Farine, a consigné dans son journal l’état des dépenses supportées par lui dans ces circonstances: „Le 24 novembre, soupé en la maison dudit sieur Docourt, donné à ses domestiques et chambrières 7 sols 6 deniers, et le lendemain pour le diner du S. Docourt, du secrétaire Thevenat et moy, 45 sols et le soir au soppé et le lendemain audisner et pour mon cheval 32 sols, au serviteur d’étable 1 sol. Le samedi, 28 du même moi, au lieu de Delémont, allant contre Baden, assister la grâce de Monsieur avec le sieur Germain du Nouhier, lieutenant de Delémont, 3 livres, 2 sols, 6 deniers. Le dimanche au soir à Dornach 32 s. 6 d. Le lundi, dernier du mois au diner de Reinfelden, 30 s. Le lundi au sopper à Arnissen 46 s. 10 d.; à Baden pour refarrer les chevaux et pour refaire la selle du cheval, 13 s.; à Baden, depuis le mardi au diner ier décembre, jusqu’au vendredi au diner I P’ du mois pour les deux, 91 liv. 2 s. 6 d. Le chancelier Thomas Heudel, avec Régnault Faibvre et Dedier Salvestre, vœble, étaient aussi à Bàle.“ (Arch. de Porrentruy, N° 4,
lre partie: Contributions de guerre de Navarre et passage des troupes de Châtillon.)