CHAPITRE XXXII
qui était bien capable de persuader les Bernois. Il leur offrit la ville de Bienne contre la cession de leur combourgeoisie avec Moutier. Berne accepta l'offre et le traité d’échange fut passé à la Neuveville le 17 septembre 1598. Mais Bienne réclama par ses autres combourgeois, Fribourg et Soleure, qui intervinrent en sa faveur. D’un autre côté, Berne ayant déclaré que Moutier restait sous sa protection, quoique cessant d’être son combourgeois, le prince de Blarer reconnut que la cession de Bienne ne lui servirait pas à ramener la prévôté au catholicisme, et renonça de lui-même au contrat conclu à Neuveville. Bienne resta à l’évêché, et Moutier à Berne et à la réforme.
Plus heureux dans l’augmentation de ses ressources, il réussit à faire rentrer dans la mense épiscopale tous les fiefs de l’évêché qui tombaient en caducité et qui demeuraient d'ordinaire entre les mains des occupants.
Par un statut dressé avec le chapitre de Bàle le 3 décembre 1596 et le 9 septembre 1602 et approuvé par le pape Clément VIII le 14 août 1599, il décréta que: „ l'Évêché de Bàle, qui dans le principe avait été un État considérable et puissant en autorité et moyens, ayant été singulièrement affaibli par les guerres les plus destructives, par ses grandes dettes et hypothèques réelles de quantité de ses terres et seigneuries, par lesquels la plupart de ses revenus, droits, bien-fonds, châteaux et villes ci-devant destinés à la mense épiscopale et au soutien de sa dignité et juridiction étaient tombés en aliénation, et puisque en outre les vassaux eux-mêmes n'étaient plus en grande partie d’aucune utilité à l'Évêché, les uns ayant été soumis à d’autres puissances, les autres ne lui fournissant plus aucune assistance, d’autres encore ayant transmis à des mains étrangères leurs fiefs et d'autres enfin s’en étant emparés propriétairement ou les ayant donnés en dot à leurs filles et les fiefs mêmes étant en grande partie tombés en décadence et en ruine, désormais tous les fiefs anciens et nouveaux qui tomberaient dans la suite en caducité, soit par la mort des vassaux ou d’autre manière, seraient réunis à l’instant et sans autre forme à la mense épiscopale pour servir à l’avantage de l'Église, à la conservation de l’Évêché, et à l’entretien des personnes éclairées et capables d’en être un appui et de travailler à récupérer son ancienne grandeur." 1 Cette décision, revêtue de la sanction pontificale, assurait à l’évêque de Bàle de vastes domaines qui appartenaient autrefois à l'évêché et qui, d’abord donnés en fiefs à des vassaux importants, avaient fini par demeurer propriété sans redevance, de familles qui n’avaient aucun droit réel à la jouissance de ces terres. Christophe de Blarer savait multiplier les ressources et faire face par des moyens inespérés aux grandes dépenses que lui causaient ses nombreuses entreprises.
Ressuscitant un droit qui avait été accordé aux évêques de Bàle par les empereurs et qui était tombé en désuétude, il fit battre de nouveau monnaie. Quinze ouvriers, appelés par lui de l’étranger, s’établirent à Delémont et frappèrent des pièces de quinze sols et de six deniers (1596 — 1599). 2
Vers le même temps, il établit à Porrentruy un imprimeur auquel il accorda le monopole du papier dans l’Ajoie et l’impression des livres liturgiques du diocèse, moyennant une légère redevance annuelle qui fut plus tard fixée à vingt livres de Bâle. Jean Faber ou Faivre fut le premier imprimeur de Porrentruy; en 1592, il publia Les Épttres familières de Cicéron, petit in-8°, destiné aux élèves du nouveau
1 Arch. de l’évêché. — Morel, Hist. de l’évêché de Bàle. = 2 Arch. de l’évêché.